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Cyrano de Bergerac, Acte 3, scène 10

Dissertation : Cyrano de Bergerac, Acte 3, scène 10. Recherche parmi 273 000+ dissertations

Par   •  24 Juillet 2017  •  Dissertation  •  1 810 Mots (8 Pages)  •  4 750 Vues

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Cyrano de Bergerac est la pièce de théâtre la plus célèbre d’Edmond Rostand. Parue en 1897, cette pièce est une comedie heroique en vers et en cinq actes. Elle appartient au registre comique et pathétique, dans laquelle un personnage argumente pour séduire et obtenir un baiser de sa belle. A la fois lyrique et poétique, Edmond Rostand a pour but d'émouvoir les spectateurs. En quoi cette scène de séduction est-elle originale ? Nous montrerons dans un premier temps que la stratégie de séduction de Cyrano est singulière. Ensuite, dans un second temps, nous montrerons comment le texte mélange les registres comique, lyrique et pathétique de manière originale.

L’originalité de cette scène de séduction repose d’abord sur la stratégie déployée par Cyrano, qui mêle badinage, savantes gradations et virtuosité poétique. Dans un premier temps, en effet, Cyrano s’efforce d’attirer Roxane par un badinage plaisant et léger, en employant un langage précieux, tout à la fois délicat et raffiné. Cette délicatesse et ce raffinement du langage se font jour dans les multiples définitions du baiser qu’invente Cyrano.

En effet, notre séducteur a recours à une métaphore filée qui associe maintes définitions au baiser : ‘’Un serment fait d’un peu plus près, une promesse Plus précise, un aveu qui veut se confirmer’’. Ce baiser symboliserait une assurance de l’amour que Cyrano porte à Roxane et servirait à attester la vérité de ses sentiments envers elle. En scellant celui-ci, il lui montrerait son engagement. Aussi, ces définitions comportent des aspects valorisants qui garantissent la sincérité des gestes de l’amoureux.

Ce badinage se caractérise également par une légèreté que manifestent les formules d'atténuation employées par Cyrano, qui préfère le glissement insensible à l’affirmation tranchée. La première réplique du personnage éponyme s’efforce de banaliser ce baiser, que Roxane n’ose envisager : la négation restrictive ne… que réduit ainsi la distance qu’il y a entre les larmes et le baiser : « Des larmes au baiser il n’y a qu’un frisson », tandis que l’utilisation des adverbes d’atténuation, « insensiblement », « un peu » et la répétition du verbe « glisser » s’efforcent de dissiper les angoisses de la jeune femme. Et ce faisant, Cyrano persuade insensiblement Roxane, d’autant plus que son discours s’organise selon un subtil et savant crescendo.

Ensuite, dans un second temps, il change de discours et suscite le trouble dans la tête de Roxane. Il utilise différents procédés qui remettent en question la gravité d’un tel abandon afin de la rassurer et peu à peu de la tenter. À l’ascension physique de Christian qui enjambe les balustres pour atteindre le balcon répond la savante progression qui organise le discours de Cyrano. Les questions qu’il pose à Roxane illustrent ce crescendo. La première d’entre elles, « S’il la brûle déjà, que sera-ce la chose ? », est ainsi destinée à susciter le trouble de son interlocutrice ; la seconde, à la forme interro-négative, est l’équivalent d’une affirmation qui l’oblige à avouer ce trouble : « N’avez-vous pas tantôt, presque insensiblement / Quitté le badinage et glissé sans alarmes / Du sourire au soupir, et du soupir aux larmes ! ». Quant à la troisième : « Un baiser, mais à tout prendre, qu’est-ce ? », il s’agit d’une question rhétorique qui permet au héros d’emporter la jeune femme dans un tourbillon de métaphores qui l’enchantent et la ravissent. De la même manière, Roxane est progressivement élevée au rang de reine.

En effet, le séducteur procède à la flatterie et assimile Roxane a un personnage de sang royal: “ la reine que vous êtes ’’. Il fait aussi une référence historique au baiser glorieux de la reine de France à Buckingham. Il arrive donc à faire flancher Roxane et elle cède au désir mutuel qui règne entre eux deux. Il la rassure en lui montrant qu’il s'agit seulement de l’aboutissement d'un parcours sentimental innocent et qui ne demande qu'à se dévoiler. Cyrano parvient à lui faire avouer ce trouble. Ainsi, il utilise des procédés oratoires tel que la question rhétorique, afin d’encourager la réflexion de Roxane sur l'innocence de ce baiser. Elle finit par admettre le trouble dont il est question. Il parvient à rassurer son interlocutrice en minimisant la gravité d’un tel baiser et utilise la flatterie qui ne peut que ravir une simple bourgeoise comme Roxane. Cyrano, par la suite a recours à l'emploi d'une langue poétique ensorcelante.

Enfin, la virtuosité de Cyrano lui permet de séduire Roxane en usant de procédés et de tours poétiques. Les rimes internes, les assonances et les allitérations ainsi que les répétitions rythment la scène et confèrent une musicalité envoûtante aux paroles de notre séducteur. « Quitté » rime ainsi avec « glissé », accentuant l’équivalence entre les deux expressions qui composent ce vers. L’assonance en « i » dans la première réplique de Cyrano – « insensiblement », « quitté »,

« badinage », « glissé », « glissé », « sourire », « soupir » (2 fois), « glisser », « insensible », « il »,

« n’y », « frisson » - annonce peut-être la célèbre métaphore de la réplique suivante qui fait du baiser « un point [...] sur l’i du verbe aimer ».

Cyrano a recours à une métaphore filée afin de créer un vertige chez Roxane par la reprise du mot « baiser » et du même tour syntaxique pour juxtaposer les définitions de ce « baiser ».

En effet, les vers constituent la seconde réplique

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