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Commentaire Lettre Persane n°30 Montesquieu

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Par   •  19 Septembre 2015  •  Commentaire de texte  •  2 055 Mots (9 Pages)  •  2 361 Vues

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Les Lettres Persanes de Montesquieu

Lettre 30 : "Comment peut-on être Persan ?"

RICA AU MEME.

A Smyrne.

Les habitants de Paris sont d'une curiosité qui va jusqu'à l'extravagance. Lorsque j'arrivai, je fus regardé comme si j'avais été envoyé du ciel: vieillards, hommes, femmes, enfants, tous voulaient me voir. Si je sortais, tout le monde se mettait aux fenêtres; si j'étais aux Tuileries, je voyais aussitôt un cercle se former autour de moi; les femmes mêmes faisaient un arc-en-ciel nuancé de mille couleurs, qui m'entourait. Si j'étais aux spectacles, je voyais aussitôt cent lorgnettes dressées contre ma figure: enfin jamais homme n'a tant été vu que moi. Je souriais quelquefois d'entendre des gens qui n'étaient presque jamais sortis de leur chambre, qui disaient entre eux: Il faut avouer qu'il a l'air bien persan. Chose admirable! Je trouvais de mes portraits partout; je me voyais multiplié dans toutes les boutiques, sur toutes les cheminées, tant on craignait de ne m'avoir pas assez vu.
    Tant d'honneurs ne laissent pas d'être à la charge: je ne me croyais pas un homme si curieux et si rare; et quoique j'aie très bonne opinion de moi, je ne me serais jamais imaginé que je dusse troubler le repos d'une grande ville où je n'étais point connu. Cela me fit résoudre à quitter l'habit persan, et à en endosser un à l'européenne, pour voir s'il resterait encore dans ma physionomie quelque chose d'admirable. Cet essai me fit connaître ce que je valais réellement. Libre de tous les ornements étrangers, je me vis apprécié au plus juste. J'eus sujet de me plaindre de mon tailleur, qui m'avait fait perdre en un instant l'attention et l'estime publique; car j'entrai tout à coup dans un néant affreux. Je demeurais quelquefois une heure dans une compagnie sans qu'on m'eût regardé, et qu'on m'eût mis en occasion d'ouvrir la bouche; mais, si quelqu'un par hasard apprenait à la compagnie que j'étais Persan, j'entendais aussitôt autour de moi un bourdonnement: " Ah! ah! monsieur est Persan? C'est une chose bien extraordinaire! Comment peut-on être Persan ? "

A Paris, le 6 de la lune de Chalval, 1712.


Les Lettres persanes est un roman épistolaire écrit par Montesquieu mais paru anonymement en 1721 à Amsterdam. Au XVIIe siècle, le monde oriental et le goût des voyages sont à la mode et dans ce roman, le thème du "regard étranger" y est abordé pour critiquer sous certaines formes le monde occidental. L'histoire réside dans la correspondance fictive échangée entre deux voyageurs persans, Usbek et Rica, et leurs amis respectifs restés en Perse. Leur séjour à l'étranger dure neuf ans.

Dans la lettre 30, Rica est à Paris et porte l'habit traditionnel persan. Il devient alors un objet de curiosité pour la société mondaine de Paris. Il raconte la réaction des Parisiens devant l'apparence d'une personne.

Dans le but de répondre à une problématique fixée, quelle image le texte nous donne des Parisiens par un jeu de regard regardés, nous étudierons premièrement les qualités d'une lettre judicieusement construite, puis deuxièmement la mise en place d'une expérience de regard qui nous amènerons à l'image des Parisiens que ce texte nous donne.  

        Nous pouvons souligner certains éléments montrant que l'extrait est une lettre, premièrement le titre du roman "Les Lettres persanes" nous l'indique très clairement puis la présence d'un locuteur et d'un destinataire en tête de texte "Rica au Meme". Le texte d'achève par un lieu, "à Paris" et par une date du calendrier persan et une année "le 6 de la lune de Chaval, 1712" certainement le lieu et la date d'énonciation. La date en persan nous informe sur l'origine de l'auteur et nous permet de situer l'histoire, la fiction romanesque ramène fin du règne de Louis XIV. La présence récurrente de pronoms personnels "j'", "je" (l.)1 et possessifs "me" (l.3) et l'utilisation de l'imparfait de description opine un locuteur extrêmement présent et impliqué et racontant une histoire à une connaissance. On est bien là dans une anecdote personnelle.

On reconnait à Rica une qualité de conteur dans sa lettre, il nous décrit ici avec un certain humour la façon dont il est dévisagé par les Parisiens. Il se moque des Parisiens et de leur curiosité excessive, notamment avec l'hyperbole l.2 "comme si j'avais été envoyé du ciel"  ils le prennent presque pour un envoyé de Dieux, et celle l.6 "jamais homme n'a tant été vu que moi". Ici, le regard des Parisiens est remis en cause, n'est-il pas exagéré ? Les Parisiens ont une curiosité superficielle, ils ne sont que cuistre et par le biais de Rica, Montesquieu reproche aux Parisiens leur indiscrétion. La curiosité est de plus en plus croissante et irrespectueuse "se mettait aux fenêtres", "autour de moi", cent lorgnettes dressées contre ma figure"... Les Parisiens vont jusqu'à faire des portraits, l.8-9 " Je trouvais de mes portraits partout", là le terme "portrait" reprend une idée d'icône, de saint.  A la fin du texte, Montesquieu appuie sur leur ignorance " Ah! ah! monsieur est Persan? C'est une chose bien extraordinaire! Comment peut-on être Persan ? ". Mais malgré que tous les regards se portent sur lui, Rica n'est point orgueilleux et se moque même de lui-même l.11-12 " un homme si curieux et si rare", le ton est ironique et emphatique. Curieux peut avoir deux sens : bizarre ou qui a de la curiosité ici. A la première ligne, Montesquieu souligne, avec "Les habitants de Paris", une généralité, une idée de foule. Par opposition, Rica est différent, il est comme placé au milieu de ces yeux par un point de vue interne de la scène. L'anaphore de "Si je sortais [...] si j'étais aux Tuileries [...] si j'étais au spectacle..." produit les regards répétitifs sur Rica, il est placé au centre de l'attention comme un animal. Il utilise des métaphores descriptives pour rendre son histoire plus vivante, l.4-5 " un arc-en-ciel nuancé de mille couleurs", ici les couleurs désignent les robes des femmes et une nouvelle fois.

Cependant, Rica observe les Parisiens et prend du recul par son sens de l'humour et de l'ironie. Il fait ressentir à son interlocuteur et aux lecteurs qu'il n'est pas naïf de la situation. Au deuxième paragraphe, il se met dans la peau de ces Parisiens, l.14 "à quitter l'habit persan, et à en endosser un à l'européenne". Le persan fait là deux expérience. Premièrement en costume persan et deuxièmement en costume européen. A la fin, il tente même une troisième expérience, celle-ci inverse, pour voir s'il va arriver à la même conclusion. Finalement lors de la seconde expérience, il perd tout son intérêt auprès des parisiens. Les parisiens ne le regardaient que pour l'habits persan. Il désigne ainsi les Parisiens comme superficielle, qui ne s'intéresse qu'à l'apparence. On voit que Rica est assez intelligent pour faire ces expériences, il mène une démarche scientifique. L'idée de parallèle est également renforcée à la fin de chaque paragraphe grâce aux deux discours directs des Parisiens.

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