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Phèdre, Racine, les aveux à Oenone

Commentaire de texte : Phèdre, Racine, les aveux à Oenone. Recherche parmi 303 000+ dissertations

Par   •  5 Janvier 2026  •  Commentaire de texte  •  613 Mots (3 Pages)  •  19 Vues

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Etude 1 : I,3 Les aveux à Oenone

PHÈDRE.

            Mon mal vient de plus loin. À peine au fils d'Égée[1],

Sous les lois de l'hymen je m'étais engagée,

Mon repos, mon bonheur semblait être affermi,

Athènes me montra mon superbe ennemi.

5         Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue.

Un trouble s'éleva dans mon âme éperdue[2].

Mes yeux ne voyaient plus, je ne pouvais parler,

Je sentis tout mon corps et transir[3], et brûler.

Je reconnus Vénus, et ses feux redoutables,

10        D'un sang qu'elle poursuit tourments inévitables.

Par des voeux assidus[4] je crus les détourner,

Je lui bâtis un temple, et pris soin de l'orner.

De victimes moi-même à toute heure entourée,

Je cherchais dans leurs flancs[5] ma raison égarée.

15        D'un incurable amour remèdes impuissants !

En vain sur les autels ma main brûlait l'encens.

Quand ma bouche implorait le nom de la déesse,

J'adorais Hippolyte, et le voyant sans cesse,

Même au pied des autels que je faisais fumer,

20       J'offrais tout à ce dieu, que je n'osais nommer .

Je l'évitais partout. Ô comble de misère !

Mes yeux le retrouvaient dans les traits de son père .              

Contre moi-même enfin j'osai me révolter.

J'excitai mon courage à le persécuter.

Pour bannir l'ennemi dont j'étais idolâtre[6],

25        J'affectai les chagrins[7] d'une injuste marâtre,

Je pressai son exil, et mes cris éternels

L'arrachèrent du sein, et des bras paternels.

Je respirais, Oenone ; et depuis son absence,

Mes jours moins agités coulaient dans l'innocence.

30        Soumise à mon époux, et cachant mes ennuis,

De son fatal hymen je cultivais les fruits[8].

Vaines précautions ! Cruelle destinée !

Par mon époux lui-même à Trézène amenée

J'ai revu l'ennemi que j'avais éloigné.

35        Ma blessure trop vive aussitôt a saigné.

Ce n'est plus une ardeur dans mes veines cachée :

C'est Vénus tout entière à sa proie attachée.

J'ai conçu pour mon crime une juste terreur.

J'ai pris la vie en haine, et ma flamme en horreur.

Je voulais en mourant prendre soin de ma gloire,

40        Et dérober au jour une flamme si noire.

Je n'ai pu soutenir tes larmes, tes combats.

Je t'ai tout avoué, je ne m'en repens pas,

Pourvu que de ma mort respectant les approches

Tu ne m'affliges plus par d'injustes reproches,

45        Et que tes vains secours cessent de rappeler

Un reste de chaleur, tout prêt à s'exhaler[9].


[1]         Fils d’Egée : Thésée

[2]         Éperdue : désemparée

[3]         Transir : glacer

[4]         Voeux assidus : prières constantes

[5]         Flancs : flancs des animaux qu’elle sacrifie en offrande à Vénus.

[6]         dont j’étais l’idolâtre : que j’adorais comme un dieu.

[7]         J’affectais les chagrins : je simulais être une belle mère hostile à son beau-fils

[8]         Fruits : enfants nés de son mariage avec Thésée.

[9]         S’exhaler : s’évaporer

...

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