Eluard, La courbe de tes yeux
Commentaire de texte : Eluard, La courbe de tes yeux. Recherche parmi 304 000+ dissertationsPar Nicolas Fouquet • 4 Mai 2026 • Commentaire de texte • 1 890 Mots (8 Pages) • 10 Vues
« La courbe de tes yeux » de Paul Eluard est un poème extrait de son premier recueil : Capitale de la douleur, paru en 1926 et dédié à sa première femme : Gala, sa muse.
Lire le poème « La courbe de tes yeux » (texte)
Nous verrons dans cette lecture analytique que ce poème d’Eluard qui célèbre la femme (I) est marqué par l’influence du surréalisme (II). La femme aimée vient celle qui permet la renaissance du poète et la création poétique (III)
Questions possibles à l’oral sur « la courbe de tes yeux » :
♦ Que représente la femme pour le poète ?
♦ En quoi ce poème reflète-t-il l’influence du Surréalisme ?
♦ Commentez la progression du poème.
♦ Montrez de quelle manière ce texte fait l’éloge de la femme.
I – La célébration de la femme
A – Un poème qui se présente comme un blason
La femme est essentiellement décrite à travers ses yeux, par métonymie.
La référence aux yeux est doublement marquée dans la première strophe : au vers 1, elle est mise en valeur à la césure (« La courbe de tes yeux/fait le tour de mon cœur », 6/6) puis reprise au vers 5 (« C’est que tes yeux/ne m’ont pas toujours vu », 4/6). On a presque un parallélisme.
Les yeux sont également mis en valeur à la dernière strophe où ils apparaissent en fin de vers et soulignés par une épithète méliorative : « Le monde entier dépend de tes yeux purs » (v. 14).
L’éloge de la femme à travers ses yeux fait du poème un blason (court poème qui fait l’éloge d’un objet – généralement le corps féminin ou une de ses parties – dont on énumère les vertus singulières).
Les yeux, au centre du poème, interagissent avec le cœur du poète : « La courbe de tes yeux fait le tour de mon cœur » (v. 1), « Et tout mon sang coule dans leurs regards » (v. 15).
Ce chiasme traduit un partage entre le poète et la femme aimée, à travers les yeux et le cœur qui représentent les sentiments.
La forme courbe des yeux, présente dans le titre (« La courbe de tes yeux ») envahit le poème : « courbe », « tour » (v. 1), « rond », « auréole », « berceau » (v. 2-3), « ailes » (v. 8), « couvée » (v. 11).
Elle est redoublée par l’assonance en « ou » présente quasiment à chaque vers et qui rappelle la sonorité du mot courbe : « douceur » (v. 2), « tout » (v. 4 et 15), « toujours » (v. 5 et 12), « jour », (v. 6 et 13), « mousse », « sourires » (v. 6-7), « couvrant » (v. 8), « sources », « couleurs » (v. 10), « couvée » (v. 11), « coule » (v. 15).
Cette assonance et celle en « o » traduisent également l’idée de rondeur : « rond » (v. 2), « auréole », « nocturne » (v. 2), « rosée », « roseaux » (v. 6-7), « éclos », « aurores » (v. 11).
Les yeux sont omniprésents.
En outre, la forme circulaire renvoie à l’idée de plénitude et d’unité : « tout » (v. 4 et 15), « toujours » (v. 5 et 12), « couvrant » (v. 8), « entier » (v. 14).
La femme est tout pour le poète. Elle est divinisée par Paul Eluard.
B – Divinisation de la femme
On trouve dans le poème « La courbe de tes yeux » des connotations religieuses : « Auréole » (v. 3), « Ailes » (v. 8), « ciel » (v. 9). La « paille des astres » (v. 12) peut faire écho à la Vierge Marie.
La femme apparaît comme une déesse toute-puissante et créatrice.
Cette idée est soulignée par un bref champ lexical de la maternité et de la naissance : « berceau » (v.3), « éclos », « couvée » (v. 11).
La femme est associée au monde à travers la représentation des quatre éléments :
♦ L’air : « rosée », « vent » (v. 6-7), « Ailes », « ciel » (v. 8-9)
♦ La terre : « Feuilles », « mousse », « roseaux » (v. 6-7)
♦ L’eau : « Bateaux », « mer », « sources » (v. 9-10)
♦ Le feu : « jour » (v. 6), « lumière » (v. 8)
Ses yeux donnent naissance au monde (« Le monde entier dépend de tes yeux purs », v. 14) et apportent la lumière : « Feuilles de jour » (v. 6), « couvrant le monde de lumière » (v. 8), « sources des couleurs » (v. 10), « couvée d’aurores » (v. 11).
Le jaillissement d’images associées aux yeux donne lieu à une accumulationet à une accélération du rythme à la seconde strophe, marqués par la multiplication des virgules (à la fin de chaque vers et à l’intérieur au v. 7) et de la conjonction « et » (vers 6, 9 et 10).
Ce jaillissement d’images correspond au jaillissement de la lumière, du monde et de l’amour.
On retrouve dans cet hymne à la femme, sacralisée par le poète, l’influence du mouvement surréaliste auquel Paul Eluard a contribué.
II – L’influence du Surréalisme
A – Une redéfinition de la réalité à travers les images
Le poème « La courbe de tes yeux » développe à partir des yeux une série d’images et de correspondances insolites.
On note ainsi la présence d’hypallages (figure de style qui consiste à attribuer à un mot ce qu’il conviendrait d’attribuer à un autre) : « Auréole du temps », « berceau nocturne » (v. 3), « Feuilles de jour » (v. 6), « sourires parfumés » (v. 7), « couvée d’aurores » (v. 11), « paille des astres » (v. 12).
Paul Eluard associe à ces images des impressions visuelles, sonores, tactiles et olfactives, à la manière des synesthésies baudelairiennes : « rond de danse et de douceur » (v. 2), « mousse de rosée » (v. 6), « sourires parfumés » (v. 7), « Chasseurs des bruits et sources des couleurs », « Parfums éclos d’une couvée d’aurores » (v. 10-11).
Il libère ainsi les mots et les images de leur sens classique, ordinaire, fidèle au projet surréaliste de porter sur les objets et sur les mots un regard nouveau.
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