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La tension entre libération et déshumanisation au coeur de la réflexion d'Hannah Arendt dans La Condition de l'homme moderne

Commentaire de texte : La tension entre libération et déshumanisation au coeur de la réflexion d'Hannah Arendt dans La Condition de l'homme moderne. Recherche parmi 304 000+ dissertations

Par   •  15 Juin 2026  •  Commentaire de texte  •  1 971 Mots (8 Pages)  •  13 Vues

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Depuis la Renaissance, le progrès scientifique a permis à l’humanité de s’affranchir des croyances religieuses et de dominer la nature. Pourtant, ce mouvement d’émancipation, qui semblait garantir la liberté de l’homme, tend aujourd’hui à remettre en cause la condition même de l’homme, en faisant de la vie un objet de fabrication technique.

Cette tension entre libération et déshumanisation est au cœur de la réflexion d’Hannah Arendt dans La Condition de l’homme moderne.

THÈSE : L’homme, en voulant se libérer de la Terre et de la nature par la science, menace la condition humaine elle-même : il risque de devenir un être sans monde, sans pensée, sans compréhension.

Hannah Arendt (1906-1975) est une philosophe politique d’origine allemande et juive, élève de Heidegger et de Jaspers puis réfugiée aux États-Unis. Elle analyse les conditions de l’existence humaine à l’époque moderne, en particulier à travers les transformations de la science, du travail, de l’action et de la politique.

Dans Condition de l’homme moderne (1958), Arendt interroge ce qu’elle appelle la vita activa — le domaine des activités humaines (travail, œuvre, action) — face aux bouleversements techniques et scientifiques du monde moderne. Le Prologue dont ce texte est extrait s’ouvre sur un constat : les progrès scientifiques et techniques ont rompu le lien de l’homme avec la Terre, ce qui menace la condition même de l’humanité. Problématisation

Arendt interroge ici la modernité : la volonté de dominer la vie et la Terre est-elle un progrès de la liberté humaine ou une révolte contre la condition humaine ?

L’HOMME CHERCHE AVEC LA MODERNITÉ A ÉCHAPPER A SA CONDITION TERRESTRE

1. L’ancrage terrestre comme condition intrinsèque à l’humain

        Arendt commence par rappeler une base, une vérité première : l’homme est un être terrestre. Et en effet on  ne connais pas d’homme qui s’épanouissent en dehors de la Terre. Ici la « Terre » représente plus qu’un lieu géographique ou qu’un élément physique parmi d’autre : elle représente le monde habitable par l’homme dans sa totalité, elle est vitale a l’homme. Mais elle est même plus que vitale : elle est la « quintessence même de la condition humaine ». Cela signifie que si l’on pouvait désigner l’extrait le plus pur de cette condition humaine, ce qui en est le plus représentatif, on désignerai la Terre.

Car c’est le seul environnement (jusqu’à maintenant connu) qui permette à l’homme de « se mouvoir et respirer sans effort et sans artifice ». Donc cette « nature terrestre » produit la possibilité d’une liberté de l’homme dans ses mouvements et dans ses actions vitales, comme respirer. Cette nature terrestre subvient donc aux besoins humains puisqu’il peut y survivre sans artifices, elle est même une condition de sa survie.  Autrement dit, notre être biologique et vital dépend d’un milieu naturel, non artificiel.

        « L’artifice humain du monde » fait référence à tout ce qui est le produit de la main et/ou de l’intelligence de l’homme et qui n’appartient pas à la nature. Comme l’art par exemple, il est de la main de l’homme et n’appartient pas à la nature. Ce sont ces artifices humains qui « séparent l’existence humaine de tout milieu purement animal ». Il y a ici une idée d’émancipation du milieu purement animal par les artifices (la technique notamment). Cependant, même si l’être humain peut rêver de se détacher de la nature avec la science, la technique et les outils, il est un être vivant, cela fait partie de sa condition d’homme que d’être lié à la nature. En effet la vie n’est pas artificielle mais elle est bel et bien naturelle, elle « est en dehors de ce monde artificiel » décrit ci-dessus. Et c’est la vie qui lie l’homme au autres organismes vivants, eux- même naturels.

Ainsi Hannah Arendt souligne ici une tension constitutive de la condition humaine : l’homme est à la fois un être de la nature et un être d’artifice. Mais l’artifice du monde humain, bien que séparant l’homme de la pure animalité, ne doit pas le couper de la nature puisque qu’elle rend sa vie possible sur terre.

Si cette coupure devenait totale, l’homme perdrait logiquement une condition de son humanité.

2. Le projet moderne : échapper à la condition terrestre

L’homme veut fabriquer la vie elle même, être l’auteur de sa propre espèce. Corps et mort = des limites

« Depuis quelque temps, un grand nombre de recherches scientifiques s’efforcent de rendre la vie artificielle elle aussi… »

Arendt décrit ici les ambitions prométhéennes des « recherches scientifiques » de la science moderne : créer la vie en laboratoire, manipuler les gènes, produire des êtres « supérieurs ». En effet le 20ème siècle est caractérisé par ce genre de tentatives, de groupes ou d’individus qui pensent possible de faire des ‘surhommes’ en manipulant la nature humaine en elle-même, en manipulant les secrets de la vie, de la biologie. (Ou encore de sélectionner des caractéristiques considérées comme nobles et de les favoriser dans la reproduction pour ‘créer un homme nouveau’ à l’instar des régimes totalitaires du début du 20ème siècle.) Or ils n’ont pas réussit à recréer du vivant de leurs mains et donc à se placer comme un créateur de l’artificiel et du naturel ou plutôt d’une vie artificielle.

Ainsi, la vie, chez Arendt, est « le dernier lien qui maintient encore l’homme parmi les enfants de la nature ». C’est la vie qui lie l’homme à son environnement terrestre et aux autres organismes vivants. Ce qui signifie également que si de la vie artificielle pouvait être créée grâce à la science (notamment expérimentale) l’homme ne serait plus en aucun point un enfant de la nature. Cette volonté d’« échapper à l’emprisonnement terrestre » et donc à la condition humaine, grâce aux progrès techniques, traduit une révolte contre la condition humaine elle-même. C’est une révolte contre les limites qu’imposent la condition humaine comme la « durée de l’existence » qui se limite (en général) à cent ans. Ce que vise l’homme moderne, selon Arendt, c’est la négation de toute finitude : prolonger indéfiniment la vie, abolir les limites de la nature qui le contraigne, car l’homme est évidement mortel. La condition humain implique des réalités que l’homme à « l’espoir » de dépasser, dont il cherche à s’émanciper, et donc il cherche à s ‘émanciper de sa condition humaine. La science moderne devient alors un outils, un moyen d’augmenter ses chances de surpasser l’homme dans sa condition terrestre et mortelle.

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