Le camp de Montreuil-Bellay (1940-1946)
Étude de cas : Le camp de Montreuil-Bellay (1940-1946). Recherche parmi 304 000+ dissertationsPar sosolsnt • 13 Septembre 2026 • Étude de cas • 1 584 Mots (7 Pages) • 2 Vues
Grand Oral HGGSP :
La Seconde Guerre mondiale (de 1939 à 1945) a marqué un tournant dans l’histoire européenne, notamment par la persécution systématique de groupes considérés comme « indésirables » par le régime nazi. Parmi eux, les tsiganes, aussi appelés les roms, les sintis, les gitans ou bien encore les gens du voyage ont été ciblés en raison de leur prétendue « infériorité raciale ». Stigmatisés bien avant l’ascension du nazisme, ils ont subi des internements arbitraires, des travaux forcés, et pire encore des exterminations de masse sous l’Occupation. En France, le régime de Vichy, collaborateur de l’Allemagne nazie a mis en place des mesures discriminatoires à leur encontre, illustrées par l’ouverture de camps d’internement, comme celui de Montreuil-Bellay, en Anjou (situé approximativement à une heure d’ici). Ce camp est aujourd’hui un symbole de la reconnaissance tardive des crimes commis et il permet d’interroger la construction de la mémoire tsigane. Nous allons nous demander dans quelle mesure la découverte du camp d’internement de tsiganes à Montreuil-Bellay est-elle représentative de l’évolution de la mémoire des tsiganes ? Pour répondre à cette question, nous analyserons d’abord le cas particulier de Montreuil-Bellay, puis nous verrons sa « révélation » ainsi que les conséquences qui en suivent avant d’élargir notre réflexion à l’échelle européenne du génocide des tsiganes, le Porajmos (Samudaripen).
Tout d’abord , le camp de Montreuil-Bellay est un cas local emblématique de l’internement des tsiganes en France, puisqu’il incarne la répression vichyste et l’effacement initial de la mémoire tsigane. En effet, le camp est un symbole de la politique discriminatoire de Vichy car, dès 1940, le régime de Vichy applique le décret du 6 avril 1940 (signé alors par Albert Lebrun) une loi qui impose aux « nomades » une résidence forcée sous surveillance policière. Ce texte marque le début d’une politique discriminatoire systématique. C’est par ce décret alors qu’à Montreuil-Bellay, un camp est ouvert en novembre 1941 sous l’administration française. Un terrain de 5 hectares est alors transformé en un camp de concentration à vocation régionale spécifique pour les roms. Selon le Conseil Régional des Pays de la Loire, plus de 2000 personnes voire 3000 (hommes, femmes et enfants) y ont été internées jusqu’à janvier 1945. Les conditions de vie y étaient difficiles puisqu’ils subissent la faim, le froid et l’absence d’hygiène. Les internés désignés comme des « nomades », des « forains » ou bien encore des « sans domicile fixe » subissent une double exclusion : sociale et raciale (jugés sur le mode de vie, et leur ethnicité). Selon le juriste Serge Klarsfeld, le sort des Gitans français qui y furent enfermés pendant la guerre rappelle je cite « le sort des Indiens d’Amérique et de toutes les peuplades libres, fières et pauvres, qui sont objet de la persécution de ceux que leur mode de vie agace, irrite et dérange ».
Les autorités françaises, bien que moins impliquées dans les déportations vers l’Allemagne que pour d’autres groupes, ont interné entre 3000 et 6000 tsiganes en zone occupée et non occupée. Très peu mais certains tsiganes français ont été envoyés dans les camps allemands comme Buchenwald, Dachau et Ravensbrück.
Après la guerre, les tsiganes subissent l’oubli. Comme le souligne l’historien Emmanuel Filhol dans son ouvrage La Mémoire et l’oubli : l’internement des tsiganes en France (1940-1946), les tsiganes sont je cite : « restés absents de la mémoire collective française » pendant des décennies. En effet, leur mémoire est étouffée par celle des juifs (Shoah) et celle des résistants (résistancialisme). Il y a une absence de reconnaissance, les tsiganes sont exclus des commémorations de la Libération. Il n’y a aucune mention dans les manuels scolaires ou les discours offciels. Les causes de l’oubli sont multiples : il y a toujours une stigmatisation persistante des Tsiganes (des préjugés sociaux) et, de plus, un manque de témoignages (population nomade, dispersion des survivants).
Pourtant, à partir des années 1980, ce silence commence à se briser…
Après une période d’amnésie, l’histoire du camp de Montreuil-Bellay n’est révélée qu’à partir des années 1980, grâce aux travaux de l’historien local Jacques Sigot (le premier à mettre en lumière le camp). Emerge alors une mémoire locale, une première stèle est posée en 1988, suivie en 1990 par l’institution d’une commémoration annuelle. Ces initiatives, d’abord individuelles marque le début d’une prise de conscience plus collective. Dans les années 2010, la ville de Montreuil-Bellay s’engage activement pour préserver le site : en 2012, le site est classé comme monument historique. C’est en avril 2016 qu’un projet de valorisation des lieux en mémorial est annoncé par la préfète Béatrice Abollivier puis le 29 octobre 2016, une cérémonie d'hommage national des 70 ans de la fermeture des derniers camps français d'internement de nomades est tenue et une stèle commémorative est inaugurée en présence du président de la République François Hollande, lequel reconnaît à cette occasion la responsabilité de la France dans ces internements, dans les souffrances des Tsiganes. La reconnaissance officielle : une mémoire nationale. Cette déclaration marque un tournant dans la reconnaissance officielle de leur martyre. Enfin en 2024, le Conseil Régional des Pays de la Loire accorde une subvention de 100 000 euros pour un projet mémoriel, incluant un sentier d’interprétation et un lieu d’exposition permanent, prévue pour fin 2026. Ce projet, porté par le Centre Régional « Résistance et Liberté », dirigée par Virginie Daudin a pour but de valoriser le site de l’ancien camp d’internement de Montreuil-Bellay et vise à lutter contre l’antitsiganisme à travers des actions pédagogiques (des visites, des ateliers, des expositions itinérantes). La découverte du camp marque un tournant dans la reconnaissance de la mémoire tsigane, d’abord locale, puis nationale.
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