L’universalisme républicain français permet-il un traitement indifférencié des citoyens possédant une identité socialement et historiquement différenciée ou produit-il leur invisibilisation ?
Dissertation : L’universalisme républicain français permet-il un traitement indifférencié des citoyens possédant une identité socialement et historiquement différenciée ou produit-il leur invisibilisation ?. Recherche parmi 303 000+ dissertationsPar Lynham • 15 Février 2026 • Dissertation • 2 031 Mots (9 Pages) • 10 Vues
Le 21 juillet 2025, Michel Brousson, usager de X, anciennement Twitter, publie une photo d’une place sur laquelle a lieu un rassemblement musulman. Au dessus, il commente: « L’espace public n’a pas à se transformer en un lieu de culte religieux, communautaire, identitaire, prosélyte! Initiative séparatiste totalement contraire à l’universalisme républicain! ». L’utilisation de ces deux derniers mots (« universalisme républicain ») peut sembler étonnant dans ce contexte.
En effet, dans le domaine politique et philosophique français, l’universalisme républicain désigne une conception de la citoyenneté et de l’organisation politique dans laquelle tous les citoyens sont égaux devant la loi, quelle que soit leur origine, leur culture, leur nation ou leur appartenance communautaire. Cela signifie que l’État se montre neutre vis-à-vis de ces dernières et qu’il ne doit ni discriminer, ni privilégier un citoyen en raison de ces caractéristiques personnelles: il assure les mêmes droits à tous. Dans ce cas, il ne devrait pas être hostile à la pratique de certaines religions ou certaines partie de l’identité, c’est à dire à certaines parties de l’ensemble de données de fait et de droit qui permettent d’individualiser quelqu’un (date et lieux de naissance, nom, prénom, filiation, etc.), d’un citoyen. Or, ici, M. Brousson fait exactement l’inverse: il utilise le concept d’universalisme politique pour diaboliser une communauté, la rejetant de la sphère publique française et lui enlevant donc sa légitimité à faire partie de la République. Il semble donc que ce concept ne soit pas systématiquement en faveur de la diversité, en d’autres termes de la variété et de l’hétérogénéité des identités présentes en France. Cela nous pousse donc à nous questionner sur les limites du concept d’universalisme politique.
Ce sujet présente tout d’abord des enjeux historiques. En effet, l’universalisme républicain trouve ses fondements idéologiques durant les Lumières et se concrétise avec la proclamation de la Déclaration des Hommes et des Citoyens en 1789 qui déclare la République « une et indivisible » et les citoyens sont égaux. Cela sera par la suite renforcé par la mise en place du Code Civil par Napoléon Ier, qui va remplacer les lois de chaque région par un droit commun, ce qui a pour conséquence d'effacer les privilèges de l’Ancien Régime. Après cela, cet idéal universaliste va être mobilisé par la IIIe République à travers différentes lois afin de créer cohésion nationale et d’instaurer la laïcité comme principe républicain.
De plus, ce sujet propose aussi des enjeux d'actualité politique: on remarque notamment que l’universalisme républicain est un concept de plus en plus contesté de nos jours, causant une véritable crise de la légitimité du modèle universaliste. Par exemple, en 2024, durant les révoltes contre la vie chère en Martinique, beaucoup ont critiqué cet idéal en le décrivant comme à « géométrie variable ». D’après eux, il n’est appliqué et applicable qu'au sein l’hexagone. L’universalisme n’existe pas pour les populations d’Outre Mer qui sont traitées comme des citoyens de seconde zone, et dont l’importance politique est moins centrale que celle des habitants de la métropole, car la France ne leur autorise pas les mêmes opportunités et les mêmes droits qu’eux. À ce sujet, le scandale sanitaire du chlordécone est souvent revenu dans les prises de parole des manifestants pour montrer les différences de traitement entre l’hexagone et les territoires ultramarins en termes de santé.
Il est aussi à noter que l’utilisation contemporaine d’universalisme politique est mobilisée par des personnes excluant certaines parties de la population, comme nous l’avons vu plus haut.
Enfin, l’idée d’universalisme politique se manifeste dans la sphère des sciences sociales et scientifiques. De fait, en France, afin de suivre une logique universaliste, il est interdit de faire des statistiques ethniques de la population (sauf cas très précis), ce qui peut causer des problèmes lors de recherches ou d'enquêtes. Cela limite ainsi la possibilité de mesurer les discriminations, et donc les dynamiques profondes sur lesquelles reposent nos sociétés.
On observe ainsi que le concept d’universalisme politique et de sa place dans la société française contient bien plus de tensions, de limites et d’interrogations, semblant avoir du mal à s’adapter à la diversité de la société française. Ainsi, on est en capacité de se demander: l’universalisme républicain français permet-il un traitement indifférencié des citoyens possédant une identité socialement et historiquement différenciée ou produit-il leur invisibilisation ?
En théorie, l’universalisme républicain est un idéal juridique, politique et philosophique prétendant accueillir toutes les identités présentes en France (I), alors qu’en pratique, il mène à l’invisibilisation des identités produisant des violences sociales (II).
Universalisme républicain: un idéal juridique, politique, philosophique censé accueillir toutes les identités présentes en France
L’intégration des identités au sein de la République est permise grâce aux fondements juridiques de l’universalisme républicain (A) et au projet politique d’unité nationale pacificateur (B) qui le constitue.
Universalisme républicain: les fondements juridiques
Dans un premier temps, on peut affirmer que le droit français contient des éléments qui permettent un traitement indifférencié des citoyens: la loi y est la même pour tous, indépendamment des caractéristiques personnelles. Par exemple, l’article 1 de la Constitution de 1958 dispose que « elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion ». De la même manière, la Déclaration de la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen appartenant au bloc de constitutionnalité énonce dans son premier article que « les Hommes naissent et demeurent libres et égaux en droit ». On observe donc que l’égalité devant la loi des citoyens, élément caractéristique de l’universalisme politique est garantie par la Constitution française, soit la loi suprême du pays.
Ensuite, la neutralité de l’État français se manifeste particulièrement à travers le concept de laïcité. En effet, il s’agit d’un principe cardinal, présent dans plusieurs textes juridiques (loi de 1905 sur la séparation de l’Eglise et de l’État, art 9-1 de la Convention européenne des droits
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