L'État unitaire en France
TD : L'État unitaire en France. Recherche parmi 303 000+ dissertationsPar Enzo Kergroas • 22 Novembre 2025 • TD • 2 246 Mots (9 Pages) • 21 Vues
« La France a eu besoin d’un pouvoir fort et centralisé pour se faire. Elle a
aujourd’hui besoin d’un pouvoir décentralisé pour ne pas se défaire. » Cette déclaration de
François Mitterrand, prononcée le 15 juillet 1981, illustre la transformation progressive de
l’État français, passé d’un modèle unitaire absolu, hérité de la Révolution et de l’Empire, à
une forme plus moderne. Ce modèle centralisé a profondément marqué la Constitution de
1958, qui définit la République comme « indivisible ». Dans son acception stricte, l’État
unitaire concentre le pouvoir au niveau national, les autorités locales étant subordonnées au
centre. Par souci d’unité, les compétences ne sont pas transférées, mais simplement déléguées
à des représentants de l’État chargés d’en assurer l’exécution. Ce principe, appelé
déconcentration, établit une hiérarchie d’autorités locales agissant sous le contrôle du pouvoir
central. Comme le résume Odilon Barrot, journaliste français, « c’est le même marteau qui
frappe, mais on en a raccourci le manche ».
En 1982, les lois Defferre instaurent la décentralisation, marquant la naissance de
l’État unitaire moderne et une rupture avec le centralisme traditionnel. Ce modèle repose sur
la reconnaissance de la personnalité juridique à certaines collectivités, qui disposent
d’organes propres exerçant un pouvoir de décision sous le contrôle de légalité de l’État.
Autrement dit, l’État transfère une partie de ses compétences à des collectivités territoriales
chargées de gérer leur territoire, tout en demeurant soumises à un encadrement juridique.
Cette dynamique s’est renforcée avec la loi de 1992 relative à l’administration territoriale de
la République (ATR), qui confie à l’administration centrale la conception et le contrôle, et
l’exécution aux services déconcentrés. La révision constitutionnelle du 28 mars 2003
consacre définitivement ce principe en l’inscrivant dans l’article 1er de la Constitution : « La
France […] assure l’égalité devant la loi […] Son organisation est décentralisée. ». L’État
unitaire français moderne se distingue ainsi de l’État composé par son unique centre de
décision — Parlement et gouvernement —, les collectivités n’ayant qu’une autonomie
politique restreinte malgré la décentralisation.
Certains États unitaires, néanmoins, accordent à leurs collectivités décentralisées une
autonomie parfois comparable à celle d’une entité fédérée. On les appelle États régionaux ou
autonomiques : voulant rester unitaires, ces États permettent à leurs collectivités d’appliquer
un droit différent de celui de l’État par le transfert d’une partie du pouvoir législatif. Cet
emprunt au fédéralisme, par l’idée d’un partage de souveraineté étatique, remet en cause le
caractère unitaire de ces États, souvent caractérisés d’États hybrides. C’est le cas de l’Italie
qui, bien qu’elle conserve un pouvoir central fort, voit sa Constitution reconnaître aux 20
régions des compétences législatives propres dans des domaines comme la santé, l’éducation
ou les transports, certaines bénéficiant d’un statut spécial avec une autonomie renforcée.
Contrairement à un État fédéral, les régions italiennes ne disposent pas de souveraineté
constitutionnelle, et leur autonomie reste encadrée et contrôlée par l’État central.
Dans Le pouvoir régional. Mobilisations, décentralisation et gouvernance en France
(2012), Romain Pasquier analyse l’évolution du statut unitaire de la France à travers la
montée en puissance des régions comme acteurs autonomes. Il montre que, bien que la
France demeure officiellement un État unitaire, les régions disposent aujourd’hui de
compétences importantes en matière d’aménagement du territoire, d’économie ou de
politiques sociales. Cette évolution traduit une régionalisation du pouvoir, et confère au
modèle français des traits proches du fédéralisme, faisant de la France un État hybride. Le
statut transitoire de la Nouvelle-Calédonie et les projets constitutionnels de la Corse
renforcent d’ailleurs cette tendance vers un État davantage régionalisé.
Dès lors, dans quelle mesure l’organisation territoriale remet-elle en question le
caractère unitaire de l’État français fixé dans la Constitution de 1958 ? Ainsi, il conviendra de
montrer que la France reste un État essentiellement unitaire, adaptant son organisation par la
décentralisation (I), tout en articulant l’autonomie de ses collectivités avec ses spécificités
territoriales (II).
I – La permanence de l’unité de l’État français malgré les évolutions
La Constitution de 1958 affirme l’indivisibilité de la République, avec un gouvernement et un
Parlement uniques. Toutefois, cette indivisibilité n’impose pas un centralisme rigide et
autorise
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