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Prise de parole en public

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Par   •  28 Octobre 2022  •  Guide pratique  •  3 521 Mots (15 Pages)  •  66 Vues

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RESUME DES ETAPES SUCCESSIVES DE LA PREPARATION D’UNE INTERVENTION ORALE EN PUBLIC

Repérer toutes ces étapes et les analyser.

« Je me suis ordonné d’oser dire tout ce que j’ose faire » (Montaigne- Essais)

Ce jour-là, c’était le grand jour. Je devais, en ma qualité d’adjoint au Maire d’une petite commune languedocienne, relever un défi de taille. J’avais été, de longs mois auparavant, à l’initiative d’un projet aussi fou qu’ambitieux : ouvrir une carrière d’extraction de calcaire sur la commune, dotée d’équipements ultra modernes. Les retombées promises, et dûment consignées dans un contrat préalable, étaient faramineuses : une redevance annuelle trois fois supérieure au budget de la commune et une douzaine d’emplois qualifiés, formation assurée par le groupe, réservée aux résidents du village

Comme prévu, une association « anti » vit rapidement le jour et devint de plus en plus virulente au fur et à mesure que le temps passait. Il fallait remettre de l’ordre dans ce tohu-bohu. J’annonçai donc une réunion publique d’information et de débat ouverte à tous. Ce qui fit retomber la tension. Et monter la mienne. Au point d’en perturber mon sommeil pendant plusieurs jours. Des heures à imaginer le scénario.

C’est alors que commença pour moi un défi d’un autre genre : réussir cette réunion, la préparer méticuleusement avec l’aide du groupe et réussir le grand oral. Le dossier, je le connaissais par cœur. Mais des techniques d’expression orale, rien ou presque. Oser prendre la parole en public, je savais le faire ponctuellement, pour les apéritifs du 14 juillet ou les hommages traditionnels. J’étais rompu à cet exercice. Par contre, convaincre 150 personnes massées dans une salle qui attendent les armes à la main pour vous passer par le fil de l’épée, je me demandais bien comment j’allais y arriver. L’anxiété d’être jeté en pâture au jugement des autres me minait, comme un examen à passer devant un jury qu’on sait par avance impitoyable.

Faisant l’amalgame avec les défis sportifs que je mène depuis quelques 40 ans, je me jetai sans délai dans un entraînement intensif. D’abord, seul dans le garage, à convaincre des murs gris et peu causants. Le chronomètre en main : une heure pour la présentation, une heure pour les débats. Une heure préparée, une heure d’improvisation, avec quelques incontournables que je pouvais prévoir.

Chaque soir, je parle aux murs, le les regarde de plus en plus, délaissant au fil des entraînements les notes. Bien, mais les murs, je peux bien leur raconter ce que je veux, ils s’en foutent, ils ne répondront jamais. Les exercices continuent donc dans la salle de bain, face au miroir de pied qui me renvoie impitoyablement mon image.  Je suis terrorisé par ce personnage que je ne reconnais plus, qui bafouille, lit ses notes, a l’air idiot. De plus, je subis les assauts de mère et fille qui n’entendent pas me laisser aussi longtemps dans leur espace réservé. Je négocie des plages horaires. Mais je me sens toujours nul, gauche, moche, mes yeux trahissent un stress certain. Qu’est-ce que ce sera devant une salle comble ? Je redoute d’être tétanisé, bloqué, ridicule.

Au bout de quelques jours, je me décide à fermer la boîte à critiques. Finie, l’autodérision et la dévalorisation. Psychologiquement, je sens que c’est un pas important de relativiser, repousser les jugements négatifs, revoir son échelle de l’échec. Après tout, être intimidé, angoissé, ça doit arriver à tout le monde.  Je sais le texte, je vais le jouer, naturellement. Je me souris, je me parle, je me remotive au moindre progrès. Je suis ravi le jour où j’ai eu enfin l’impression de vraiment parler à quelqu’un d’autre. Bizarre, il faudra analyser plus tard… Pour l’heure, je suis ravi de mon nouvel ami : le miroir. Celui-là même que je fuyais, craignais et redoutais est enfin devenu mon meilleur conseiller. « Tiens la tête plus haute, un seul coup d’œil aux notes et surtout pas de lecture, souris, regarde dans toutes les directions, parle avec conviction, laisse aller tes mains où elles veulent, pourvu qu’elles ne ressemblent pas à un moulin à vent. » Bref, il m’a appris à être plus naturel. Mon miroir, il m’a beaucoup enseigné, mais lui non plus ne parle pas.

Hop ! Je convoque mon petit public : mère et fille, sur le fauteuil. J’ai un exposé à faire. N’ayez pas peur d’avoir la dent dure, au contraire, cela ne peut que m’aider. Fin de l’exercice : « tes notes, c’est illisible, tu t’y perds, et tu auras un micro dans les mains. Il faudra te passer de l’un ou de l’autre. Reste peut être à jeter quelques idées clés sur un papier, et travaillées en traitement de texte. » La fille m’éreinte d’entrée de jeu. La mère en rajoute une couche : « …et tu es raide comme un piquet. » Zut, c’est vrai je n’ai plus mon reflet conseiller!  

Deux interventions, et j’ai lassé mon public, qui connaissait déjà le sujet, au point d’en être saturé par les conversations du repas du soir depuis plusieurs mois. Alors, prêt ? Si on veut … Psyché me manque. Je dis qu’il me faudrait une auto observation. Allez, sortons le caméscope et le trépied. Bonne pioche ! Je débusque une foule de petits défauts. Je ne m’autorise plus aucune concession. Fautes de français, syntaxe à améliorer, vocabulaire imprécis ou lourd, sigles incompréhensibles, tout est passé au peigne fin. Je me rends compte qu’il faut en vérité avoir aussi peur de soi-même que du public.

Entre temps, j’ai pu organiser le débat : préparation de la salle, organisation des débats et des interventions. Je suis contraint de me positionner en première ligne. Hors de question que les professionnels du groupe ne le fassent à ma place, même si ils sont plus aguerris. Je vois bien qu’ils redoutent cet engagement et ne m’accordent qu’un crédit timide. J’ai porté le projet, je le défendrai, je le dois aux administrés. Les représentants du groupe ne seront là que pour la présentation technique de leurs installations.

J’ai quand même préparé avec leur concours l’intervention. Une bonne sécurité : en cas de problème, ils pourront me relayer ou m’appuyer. J’ai préparé une synthèse à présenter sur écran. Mon intervention est résumée sous forme d’un plan très général, histoire de ne rien oublier d’essentiel. Je me méfie de moi-même. Les tableaux, schémas, cartes et autres analyses prospectives des finances communales seront projetés par rétroprojecteur. Le strict minimum sur les points clés : pas question de se taper une heure de PowerPoint en continu, c’est assommant. Je tiens bon face aux réticences du groupe qui y voyaient une solution de facilité. J’ai préparé une vidéo de dix minutes résumant la visite de site proposée à l’ensemble de la population qui n’a connu qu’un succès mitigé, malgré son attrait. J’ai fini par trouver un « Monsieur Loyal » qui se chargera de distribuer le micro et rappeler les temps impartis.

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