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Doit-on craindre la technique ?

Fiche : Doit-on craindre la technique ?. Recherche parmi 257 000+ dissertations

Par   •  29 Mars 2021  •  Fiche  •  793 Mots (4 Pages)  •  94 Vues

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Doit-on craindre la technique ? Article philo – Bruno J. Lebeau

Voici donc bientôt venu le temps où, tels les Dieux de la mythologie Grecque, l’homme créateur se retrouvera face à sa créature. Lui, nu, qui n’avait pour seul privilège que son intelligence, lui permettant de faire de ses mains, comme le dit Aristote, l’instrument de son règne sur le monde animal, « arme ou outil ». Qu’importe que Prométhée les volât dans l’atelier d’Athéna et Héphaïstos, pour la donner aux hommes, comme le rapporte Platon, cette habilité, sa maîtrise des « arts utiles à la vie », dont celui du feu, comme autant de ressources, furent le socle de leur essor, de leur désormais insolente supériorité sur le monde. L’homme nu, devenu maître des techniques façonna le monde à l’exercice de sa survie puis de son règne sur celui-ci.

Si Descartes s’interrogea sur le sens de l’acquisition de la technique et  de la responsabilité des hommes devenus « maîtres et possesseurs de la nature », des « artifices » les éloignant du principe premier de la santé et de la médecine, les hommes étaient-ils capables de gagner autant en sagesse qu’en technicité ? Selon Platon, Socrate ne rapporta-t-il pas à Phèdre, comment le Roi d’Egypte interroge Theuth et son invention de l’écriture, se demandant si entraînant négligence de la mémoire, les hommes n’auraient plus que l’apparence de savants en perdant le sens du jugement ?

« Qui suis-je désormais » se demanderait Prométhée aujourd’hui, écrit Günter Anders, en voyant la « honte » s’abattre sur l’homme « devant l’humiliante qualité des choses qu’il a lui-même fabriquée ». Lui qui n’était né que d’une procréation aléatoire se mesurait soudainement à « la précision et au raffinement » des machines. La ressentait comme le « caractère obsolète » de son origine, constatant son intime imperfection face à ses créations. Prométhée vaincu par son propre triomphe y perdrait sa fierté en constatant son inexorable infériorité à la machine, dont il n’est plus créateur mais dérisoire producteur. « Il est déjà trop tard » face aux « choses » mieux adaptées, disent, cinglantes, les hymnes molussiennes à l’industrie.

Est-il « trop tard » effectivement ? Alors qu’à l’aube encore à peine naissante du millénaire, l’intelligence artificielle, les robots toujours plus perfectionnés, prennent une place de plus en plus prépondérante. La génétique et les biotechnologies avançant vers l’abolition de la frontière entre le vivant et la machine, est-il « trop tard » pour empêcher l’accomplissement des pires scénarios dystopiques, dont les œuvres littéraires et audiovisuelles de la science-fiction et de l’anticipation, ont comme annoncé la sinistre perspective depuis 1984 d’Orwell, publié en 1949. Et encore celui-ci supposait-il bien « naïvement » une société totalitaire encore dominée par l’homme, utilisant la technologie à son pouvoir.

Si Boris Vian avait esquissé en 1948 dans un esprit sarcastique l’idée de l’eugénisme, que reprendront d’autres œuvres ensuite jusqu’à « Bienvenue à Gattaca », le film « 2001, l’odyssée de l’espace » avait initié dès 1968 la véritable crainte que la créature inspirait à son créateur : une intelligence artificielle supérieure à l’intelligence humaine. Le triomphe mortifère de Prométhée était-il d’avoir volé dans l’atelier d’Athéna « les arts » qui feraient des hommes les créateurs de leur funeste et propre destin ? Plus que l’accusation de vol que rapporta Platon, accablant Prométhée, ne serait-ce pas d’avoir confié aux hommes une maîtrise des Dieux dont Descartes doutait déjà de la sagesse qu’ils auraient à l’employer ?

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