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Recourir Au Langage, Est-ce Renoncer à La Violence ?

Note de Recherches : Recourir Au Langage, Est-ce Renoncer à La Violence ?. Recherche parmi 275 000+ dissertations

Par   •  23 Février 2013  •  5 059 Mots (21 Pages)  •  9 492 Vues

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L’actualité offre de nombreux exemples de conflits sociaux dans lesquels, bien que des négociations soient engagées entre les partenaires sociaux, les salariés concernés manifestent leur impatience en menant des actions de grève. Ils n’hésitent pas dans certains cas à recourir à la violence comme mode d’expression : destructions matérielles, séquestration de dirigeants… Ils ne croient plus au dialogue, qu’il considère comme inutile et passif, et privilégient l’action concrète et brutale. Cet exemple met en lumière l’opposition que la doxa fait généralement entre dialogue et violence. La violence apparaît ici comme une réaction naturelle pour l’homme qui porte des revendications. La violence désigne l’emploi illégitime et disproportionné de la force dans le but de nuire à quelque chose ou à quelqu’un. Elle est non seulement un fait social - au sens où elle est présente dans toutes les sociétés et affecte tous les individus - mais elle est également un fait naturel. En effet, ont la remarque dans nature, chez l’Homme mais également chez toutes les espèces animales. Le langage au contraire est le propre de l’homme. C’est la faculté d’exprimer et de communiquer sa pensée au moyen d’un système de signes. Il est donc la marque de la rationalité de l’homme. C’est une construction culturelle. Langage et violence semblent donc a priori opposés. Le problème suivant se pose alors à nous : la communication rationnelle permet-elle durablement d’échapper à la violence naturelle de l’Homme ?

Dans un premier temps, l’établissement du dialogue et la raison permettent en effet de repousser la violence. Cependant, le langage, lorsqu’il n’est plus purement communicationnel, devient un outil de domination comme un autre et s’accompagne de violence. Enfin, l’usage du langage, même s’il transforme la violence initiale de l’homme, ne permet pas la disparition de la violence humaine en général.

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Dans un premier temps, le langage permet de repousser la violence à travers le dialogue. En effet, le dialogue est un moyen de pacifier les relations mais aussi de reconnaître autrui ainsi que ma propre rationalité, en tant que le langage est une spécificité humaine.

Le langage est avant tout un système de communication. En société, il se manifeste souvent par le dialogue. Or, dialoguer atténue les conflits, en retire la violence. Choisir librement de dialoguer, c’est choisir d’écarter les impulsions, les emportements qui pourraient nous mener à la violence physique. Choisir le dialogue, c’est engager la discussion, exprimer nos problèmes et comprendre ceux d’autrui. Ainsi, le dialogue permet d’écarter ma propre violence, mais également la violence d’autrui envers moi, de me protéger. En effet, chercher à expliquer et être à l’écoute permet de régler de nombreux problèmes ; et ce pour la raison simple que les conflits entre les hommes n’ont souvent pas d’autre origine que l’incompréhension de l’autre. Il existe de nombreux exemples historiques dans lesquels l’instauration d’une communication a permis à deux pays, même antagonistes de ne pas basculer dans le violence. En 1962 par exemple, la crise des missiles de Cuba aurait pu faire basculer la Guerre Froide dans un conflit ouvert entre les Etats-Unis et l’URSS. Cependant, l’instauration du « téléphone rouge » entre la Maison Blanche et le Kremlin a permis d’engager le dialogue entre les deux pays, marquant ainsi le début de la « coexistence pacifique ». Ainsi, le dialogue apparaît comme un élément pacificateur, un préalable à instaurer pour ne pas basculer dans la violence.

Cependant, si le dialogue atténue de fait le conflit, cela ne signifie pas pour autant que toute forme de conflit disparaisse. Les conflits prennent la forme de débats, où il s’agit, grâce au langage, de n’être pas violent mais d’être fort. Ce sont les arguments qui priment, et le déroulement d’une réflexion construite et rationnelle. Cette forme de dialogue a permis au langage de remplacer en grande partie la violence physique dans la société, et jusque dans le système politique. Les sociologues Elias et Dunning ont ainsi mis en évidence la corrélation positive entre la pacification de la vie politique et sociale et l’apparition du parlementarisme (Sport et Civilisation. La violence maitrisée, 1994). En effet, le système parlementaire privilégie le débat et la discussion autour de tous les sujets. Les lois sont par exemple discutées par le Parlement avant d’être adoptées. La norme du dialogue s’est par la suite répandue dans la société, et y a remplacé la norme de la violence. Le dialogue devient alors la base de l’organisation sociale. Il est ce qui organise et rend possible de durables interactions entre des citoyens rationnels éduqués au dialogue pacifique. Ainsi, le langage modifie mon rapport à autrui.

Le langage, toujours dans sa dimension communicationnelle, me permet de renoncer à la violence à travers la reconnaissance d’autrui. Dans un premier temps, la première certitude que je peux obtenir est celle de ma propre pensée. C’est le cogito selon Descartes, le « je pense donc je suis », dans lequel je me reconnais comme sujet pensant. L’homme est donc d’abord seul avec sa propre pensée. Autrui, comme toutes les choses extérieures, lui est étranger. Or, si autrui est différent de moi, que je ne reconnais pas son humanité a priori, qu’est-ce qui m’interdit de me montrer violent envers lui ? Le dialogue justement. C’est dans le dialogue que je reconnais l’humanité en autrui, que je le considère comme un « alter ego », en même temps semblable et différent. Ainsi le dialogue établit un échange, un accord tacite de respect et de non-violence avec autrui. En effet communiquer, c’est d’abord se retrouver face à autrui, dans une relation directe. Dialoguer, c’est laisser advenir, en face de moi, un « Tu » qui me somme de l’admettre dans son écart par rapport à moi. Autrui est d’abord visage. Mais ce visage n’est pas un masque qu’on pourrait regarder comme un objet quelconque. Le visage est expression, discours. Pour Lévinas, il est le signe vers l’invisible de la personne qu’il donne à voir, vers son intériorité. Le visage implique la responsabilité à l’égard d’autrui, et met en évidence un impératif éthique : « tu ne commettras pas de meurtre ». C’est sa présence même qui garantit le respect d’autrui. Ainsi, le visage d’autrui exige le renoncement à la violence. Cette reconnaissance est aussi ce qui fonde l’humanité. Ainsi, l’usage du langage concourt à fonder une communauté humaine

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