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Edmond ROSTAND, Cyrano de Bergerac, Acte III Scène 10 (1897)

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Par   •  31 Mai 2026  •  Synthèse  •  1 132 Mots (5 Pages)  •  11 Vues

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Explication linéaire n°8

Edmond ROSTAND, Cyrano de Bergerac, Acte III Scène 10 (1897)

Introduction

- Cyrano de Bergerac : pièce la plus célèbre du dramaturge Edmond Rostand, qualifiable de comédie dramatique, jouée pour la 1ère fois en 1897, à l’aube du XXe siècle.

- L’histoire se passe au XVIIe siècle ; Cyrano est amoureux de sa cousine Roxane, mais il est complexé par son physique ingrat. Il décide, pour la courtiser, d’aider un jeune homme beau mais peu talentueux nommé Christian qui souhaite la conquérir. Nous les retrouvons tous les trois dans cette 3e scène de l’acte III. Caché dans l’ombre sous le balcon de Roxane, Cyrano souffle à Christian sa déclaration d‘amour, puis va jusqu’à séduire la jeune femme en déclamant lui-même des vers, la laissant totalement charmée mais ignorante de cette imposture.

PB : En quoi Cyrano ouvre-t-il son cœur par les jeux du langage ?

Dans un premier temps, Cyrano fait du baiser une tentation.

Dans un second temps, il en donne la définition poétique.

Premier mouvement : Un baiser, une tentation (v. 1 à 11)

- On note l’absence de répliques de Christian : il est présent mais se tait (voir didascalie relevant les personnages : Cyrano, Christian, Roxane mais aussi l’indication scénique « Roxane, s’avançant sur la balcon » : l’intertexte est sans doute la pièce de Shakespeare, Roméo et Juliette, datant de 1597 (3 siècles plus tôt)

- La réplique sous la forme interrogative « C’est vous ? » indique le quiproquo (Roxane pense s’adresser au beau Christian) ; la suite ponctuée de points de suspension et de répétitions montre son trouble : « Nous parlions de… de… d’un… ». Cyrano complète la phrase de Roxane par le complément « Baiser ». Union symbolique de leurs âmes, déjà manifestée par le pronom personnel « nous ».

- On note la rime « vous » / « doux » : Roxane est assimilée à la douceur. « Le baiser est un « mot » puis on relève la reprise pronominale « ne l’ose » : Roxane n’ose prononcer le mot par pudeur… ici ambiguïté : s’agit-il de prononcer le mot ou d’embrasser Christian, action matérialisée par la périphrase « la chose » ? La double négation « Je ne vois pas pourquoi votre lèvre ne l’ose » équivaut à une incitation affirmative, la lèvre étant la métonymie de la parole, celle du cœur. Métaphore de la brûlure pour signifier le désir : « S’il la brûle déjà, que sera-ce la chose ? », question rhétorique soulignant la passion de l’embrassade et usage du futur prophétique qui indique que le baiser sera échangé quoi qu’il en soit.

- Invitation à se rassurer par l’impératif « ne vous en faites pas un épouvantement » (ce dernier mot faisant figure d’hyperbole : l’exagération prête à sourire)

- Cyrano argumente en rappelant la progression inéluctable et en pente douce des émotions de Roxane : toujours sous la forme d’une question rhétorique et cette fois sur le mode interro-négatif, il indique cette progression naturelle par l’adverbe de manière « insensiblement » en écho au groupe nominal « d’insensible façon » ; il substitue au participe passé « quitté » celui de « glissé », ce champ sémantique étant continué par l’impératif « glissez »… cette glissade se faisant en douceur, avec la locution adverbiale « un peu ». La continuité est soulignée par la concaténation « du sourire au soupir / du soupir aux larmes / des larmes au baiser » + renforcement par l’assonance en i (jeu avec les sonorités)

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