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Extrait du roman La Bête Humaine de Zola

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Par   •  6 Décembre 2012  •  366 Mots (2 Pages)  •  583 Vues

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Enfin, Jacques ouvrit les paupières. Ses regards troubles

se portèrent sur elles, tour à tour, sans qu'il parût les

reconnaître. Elles ne lui importaient pas. Mais ses yeux

ayant rencontré, à quelques mètres, la machine qui

expirait, s’effarèrent d'abord, puis se fixèrent, vacillants

d’une émotion croissante. Elle, la Lison, il la reconnaissait

bien, et elle lui rappelait tout, les deux pierres en travers

de la voie, l’abominable secousse, ce broiement qu’il avait

senti à la fois en elle et en lui, dont lui ressuscitait, tandis

qu’elle, sûrement, allait en mourir. Elle n'était point

coupable de s'être montrée rétive ; car, depuis sa maladie

contractée dans la neige, il n'y avait pas de sa faute, si elle

était moins alerte ; sans compter que l’âge arrive, qui

alourdit les membres et durcit les jointures. Aussi lui

pardonnait-il volontiers, débordé d’un gros chagrin, à la

voir blessée à mort, en agonie. La pauvre Lison n’en avait

plus que pour quelques minutes. Elle se refroidissait, les

braises de son foyer tombaient en cendre, le souffle qui

s'était échappé si violemment de ses flancs ouverts,

s’achevait en une petite plainte d’enfant qui pleure.

Souillée de terre et de bave, elle toujours si luisante,

vautrée sur le dos, dans une mare noire de charbon, elle

avait la fin tragique d’une bête de luxe qu’un accident

foudroie en pleine rue. Un instant, on avait pu voir, par

ses entrailles crevées, fonctionner ses organes, les pistons

battre comme deux cœurs jumeaux, la vapeur circuler

dans les tiroirs comme le sang de ses veines ; mais,

pareilles à des bras convulsifs, les bielles n’avaient plus

que des tressaillements, les révoltes dernières de la vie ; et

son âme s’en allait avec la force qui la faisait vivante,

cette haleine immense dont elle ne parvenait pas à se vider

toute. La géante éventrée s’apaisa encore, s’endormit peu

à peu d'un sommeil très doux, finit par se taire. Elle était

morte. Et le tas de fer, d’acier et de cuivre, qu’elle laissait

là, ce colosse broyé, avec son tronc fendu, ses membres

épars,

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