La fonction du rire dans Gargantua de Rabelais
Dissertation : La fonction du rire dans Gargantua de Rabelais. Recherche parmi 304 000+ dissertationsPar Nathan Cerisier • 29 Mars 2026 • Dissertation • 1 439 Mots (6 Pages) • 17 Vues
Dans Gargantua, le rire ne sert-il qu’à créer une distance critique envers le savoir ?
Introduction
[Accroche]
Anecdote en lien avec le sujet : Dans l'Antiquité, une histoire très répandue est celle du rire de la servante de Thrace. Le mathématicien Thalès se promenait en observant les étoiles, mais à force de regarder le ciel, il finit par tomber dans un trou, déclenchant le rire d'une servante qui se trouvait là.' Ainsi, à cette époque déjà, le rire semble avoir pour vocation de mettre à distance le savoir, de se moquer du savant, et de regarder d'un œil critique toutes les connaissances humaines.
[Analyse du sujet]
Raisons pour lesquelles le sujet s’applique à l’œuvre : Dans Gargantua, célèbre récit paru en 1534, contant les aventures d'un géant, Rabelais semble lui aussi adopter la même distance critique à l'égard du savoir : en effet, on rit franchement des élucubrations de certains personnages dits « savants ».
Objection qui permet de montrer que le sujet est en fait réducteur : Cependant le rire n’est pas uniquement synonyme de moqueries : la « distance critique envers le savoir » suppose que le lecteur ou la lectrice prennent du recul par rapport aux connaissances de son époque, mais aussi par rapport à ses propres certitudes. Elle permet au lecteur d’être plus lucide, mais peut aussi conduire à renoncer à toute forme de savoir.
Problématique : Cependant le rire se réduit-il seulement à cette fonction critique ou est-il conciliable avec l'éloge des connaissances et de la réflexion ?
[Annonce du plan]
Si le savoir fait effectivement l'objet d'une satire au fil du récit, on peut aussi relever l'éloge du savoir auquel ce rire contribue. Le rire est donc ambivalent, ce qui suppose que c'est au lecteur de construire par lui-même un savoir individuel qui le conduira vers la sagesse.
Développement
I. La satire des savoirs
1. Désacraliser les savoirs institués
Différents savoirs font l’objet d’une satire dans Gargantua, et ce dès le début du roman, lorsque la narration est explicitement prise en charge par Alcofribas, dont l’instruction est aussi prétentieuse que ridicule. Par exemple, la fin du chapitre 6, qui raconte la naissance de Gargantua par l’oreille, se moque de l’Histoire naturelle de Pline qui raconte des naissances invraisemblables. À l’époque, les savants avaient l’habitude de toujours citer les auteurs de l’Antiquité pour appuyer leurs propos. Rabelais imite ce style savant de manière exagérée pour qu’on le regarde avec méfiance et qu’on en comprenne le ridicule.
2. Discréditer la figure du savant
Ce n’est pas seulement dans la narration que le savoir est mis à distance, c’est aussi dans l’histoire elle-même, à l’aide de personnages comme Thubal Holoferne, le mauvais maître sophiste, au chapitre 14, et Janotus de Bragmardo, le mauvais rhétoricien sorbonnard, au chapitre 19. Pour ce dernier, on remarque en effet que ce n’est pas seulement le lecteur ou la lectrice qui rit de son savoir ridicule et prétentieux, mais les personnages eux-mêmes : « Le sophiste avait à peine achevé́ que Ponocrates et Eudémon éclatèrent de rire, si fort qu’ils crurent rendre l’âme à Dieu » (chap. 20).
[Transition]
Mais Rabelais ne se moque pas de tout type de savoir. Il critique surtout les savoirs inutiles ou mal enseignés. À d’autres moments, il célèbre un savoir vrai, qui aide à mieux comprendre le monde.
II. Le rire met en valeur le savoir
1. Produire du comique à l’aide d’un savoir authentique
On doit d’abord noter que dans les passages comiques, le savoir n’est pas forcément la cible de Rabelais, il peut au contraire accompagner la mise en scène d’un épisode comique. Revenons par exemple sur le chapitre 6, racontant la naissance de Gargantua : nous avons un passage drôle avec l’utilisation d’un vocabulaire médical technique, mais ce n’est pas une critique du savoir médical : « À cause de ce contretemps, une partie du placenta se relâcha. L’enfant le traversa d’un sursaut, entra dans la veine cave et, grimpant par le diaphragme jusqu’au-dessus des épaules, continua son chemin vers la gauche puis sortit par l’oreille de ce même côté. ». De plus, si l’on reprend cette fois l’épisode où les personnages rient de Janotus de Bragmardo, on constate que le savoir est mentionné́ pour ajouter un effet comique supplémentaire et n’est en aucun cas mis à distance : « Ils rirent tant que les larmes leur vinrent aux yeux par suite du violent traumatisme subi par la substance du cerveau, qui fit naitre et s’écouler les humidités lacrymales près des nerfs optiques. » (chap. 20).
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