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(Acte III scène 8) Britannicus Jean racine

Commentaire d'oeuvre : (Acte III scène 8) Britannicus Jean racine. Recherche parmi 274 000+ dissertations

Par   •  16 Mars 2022  •  Commentaire d'oeuvre  •  2 439 Mots (10 Pages)  •  231 Vues

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Commentaire - Acte III scène 8

            En 1669, la première représentation de Britannicus a lieu à l'Hôtel de Bourgogne à Paris. Le spectacle n'a été qu'un succès mitigé. Fait intéressant, Britannicus a été la première pièce de Racine inspirée de l'histoire romaine, mettant en vedette le célèbre empereur fou et cruel Néron, dont Racine s'inspirera plus tard plus largement, et dont il tire le thème de sa pièce Bérénice. Néron, à l'aube de son premier crime : l'assassinat de son frère Britannicus, il a donné son nom à la tragédie.

Néron, fils d'Agrippine et fils adoptif de l'empereur Claude, devint empereur à tour de rôle après la mort de ce dernier, au détriment du fils légitime de Claude, Britannicus, trop jeune à l'époque pour hériter. Non content de voler le titre d'empereur à son frère adoptif, Néron entend désormais voler le cœur de son amante, Junie, dont il tombe follement amoureux au premier regard. Cette scène est celle d'une confrontation entre Néron et Britannicus, frères ennemis, cherchant chacun à posséder les faveurs de la jeune et innocente Junie.

Comment cette scène marque-t-elle l'apogée du conflit entre Britannicus et Néron ?

Après avoir exploré les différents aspects du conflit entre Néron et Britannicus qui s'expriment dans cette scène nous nous intéresserons à la façon dont celle-ci marque la naissance de la tension tragique de la pièce.

            La tension dramatique de cette scène vient d'abord de la rivalité amoureuse entre les deux frères. Junie était l'amant de Britannicus, mais Néron l'a kidnappée au milieu de la nuit et l'a amenée de force au palais avant de découvrir qu'il était amoureux d'elle. Il était déterminé à la garder pour lui, la forçant à rompre tout lien avec son frère adoptif. Malheureusement, Junie, ignorant que Néron les espionnait, a dit toute la vérité à Britannicus et a réitéré son engagement amoureux. Au début de la scène, ils sont brusquement interrompus par Néron, furieux de retrouver Britannicus aux pieds de Junie.

           Cette colère de Néron est évidente dès le début de la scène, l'ironie avec laquelle il parle à son frère. Ainsi, au vers 1025, alors qu’il feint de trouver « charmants » les transports de Britannicus et Junie, il ironise, tout comme au vers 1029-1030, lorsqu'il prétend, de façon moqueuse, avoir kidnappé Junie pour la rapprocher de Britannicus « Ce lieu le favorise, et je vous y retiens, pour faciliter de si doux entretiens » c’est clairement faux. Par conséquent, sa colère s'exprime à travers le sarcasme qu'il affiche

           Dans le reste de la scène, les deux frères tentent de séduire Junie. Britannicus lui réaffirme son amour qui lui porte, "Je puis mettre à ses pieds ma douleur ou ma joie, partout où sa bonté consent que je la voie" vers 1031, il se présente comme un amoureux triomphant grâce aux faveurs accordées « partout » par Junie. Il affirme sa soumission totale à son amante, c'est elle seule qui peut décider de sa joie ou de son malheur « Sa seule inimitié peut me faire trembler » vers 1062. « Le bonheur de lui plaire est le seul où j'aspire » vers 1064. Néron, de son côté, fait étalage de sa toute-puissance d'empereur pour, sinon séduire Junie, en tous cas la contraindre. « Du moins si je ne sais le secret de lui plaire / Je sais l'art de punir un rival téméraire » vers 1060. Ainsi, même s'il admet ne pas savoir comment séduire Junie, Néron promet tout de mème à son frère qu'il le punira pour ne pas avoir renoncé à elle.

              Ainsi, la première raison du conflit entre les frères est un conflit d'amour avec Juni comme objet.

               Après le conflit amoureux, la deuxième cause de conflit entre les deux frères était un conflit politique. Tous deux prétendaient exercer le pouvoir : Britannicus était le fils légitime de l'empereur Claude, tandis que Néron n'était que son fils adoptif. Cependant, Néron a pris le pouvoir après la mort de Claude car il était l'aîné. Chacun des deux frères utilise la scène pour rappeler à l'autre la légitimité de son trône. Britannicus rappelle deux fois à Néron qu'il est l'héritier légitime du trône. La première fois au vers 1033-1034 « Et l'aspect de ces lieux où vous la retenez n'a rien dont mes regards doivent être étonnés », Britannicus rappelle à Néron que ce palais était auparavant celui de son père, et donc qu'il lui appartient. Plus loin, au vers 1039-1040 « Et ne s'attendaient pas lorsqu’ils nous virent naître, qu'un jour Dominus dut me parler en maitre » en appelant Néron par le nom de son père biologique, Britannicus lui rappelle qu'il n'est pas un descendant légitime de l'empereur Claude.

               Face à lui, Néron fait à nouveau étalage de sa puissance. En effet, si Britannicus est bien le fils légitime de l'empereur Claude, c'est cependant Néron qui est empereur, Néron insiste sur ce point au vers 1042, « J'obéissais alors, et vous obéissez » l'emploi du verbe obéir, à l'imparfait pour Néron mais au présent pour Britannicus, illustre bien leur rôle respectif : Néron n'est plus ni un enfant ni un fils adoptif, il est un empereur. Britannicus lui n'est pas encore adulte et n'est pas empereur, il doit donc obéir et se soumettre.

              Alors si cette scène de confrontation commence par une scène de conflit amoureux, elle révèle bientôt un autre conflit, celui-ci politique, contre les deux frères.

Cette scène est la première fois dans la pièce que Britannicus et Néron sont réunis, c'est donc une scène de confrontation verbale et de violence verbale.
            Néron n'a pas hésité à menacer publiquement son frère. Ainsi vers 1036 « Qu'il faut que l'on me respecte, et que l'on m'obéisse » ainsi qu'au vers J'obéissais alors et vous obéissez / Si vous n'avez appris à vous laisser conduire / Vous êtes jeune encore, et l'on peut vous instruire » vers 1042 à 1044, la menace est à peine voilée : si Britannicus n'obéit pas de lui-même à Néron, Néron se chargera de lui apprendre à obéir. Enfin, au vers 1050, lorsque Néron affirme « Je sais l'art de punir un rival téméraire » c'est bien entendu à Britannicus qu'il fait référence.

              Cette violence verbale est également perceptible dans le rythme même de la scène : à mesure que la pièce avance, les répliques des personnages se font plus courtes, plus cinglantes. Du vers 1053 au vers 1070, les personnages n'ont que des répliques d'un ou deux vers. Ces répliques courtes, qui s'enchainent rapidement, s'appellent des stichomythies et marquent une accélération dans le dialogue et donc dans le développement du conflit.

              Ainsi, l'hostilité entre les deux frères est maintenant ouverte et ils ne se forcent plus à des politesses, comme le remarque Britannicus au vers 1053 « Ainsi Néron commence à ne plus se forcer », c'est-à-dire à ne plus camoufler sa nature tyrannique, ce à quoi Néron répond au vers suivant « Néron de vos discours commence à se lasser », menaçant à nouveau son frère.

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