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Thérèse Raquin

Analyse sectorielle : Thérèse Raquin. Recherche parmi 265 000+ dissertations

Par   •  4 Décembre 2013  •  Analyse sectorielle  •  1 493 Mots (6 Pages)  •  387 Vues

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Thérèse Raquin, j'ai voulu étudier des tempéraments et non des caractères. Là est le livre entier. J'ai choisi des personnages souverainement dominés par leurs nerfs et leur sang, dépourvus de libre arbitre, entraînés à chaque acte de leur vie par les fatalités de leur chair. Thérèse et Laurent sont des brutes humaines, rien de plus. J'ai cherché à suivre pas à pas dans ces brutes le travail sourd des passions, les poussées de l'instinct, les détraquements cérébraux survenus à la suite d'une crise nerveuse. Les amours de mes deux héros sont le contentement d'un besoin ; le meurtre qu'ils commettent est une conséquence de leur adultère, conséquence qu'ils acceptent comme les loups acceptent l'assassinat des moutons ; enfin, ce que j'ai été obligé d'appeler leurs remords, consiste en un simple désordre organique, en une rébellion du système nerveux tendu à se rompre. L'âme est parfaitement absente, j'en conviens aisément, puisque je l'ai voulu ainsi.

On commence, j'espère, à comprendre que mon but a été scientifiquement avant tout. Lorsque mes deux personnages, Thérèse et Laurent, ont été créés, je me suis plu à me poser et à résoudre certains problèmes : ainsi, j'ai été tenté d'expliquer l'union étrange qui peut se produire entre deux tempéraments différents, j'ai montré les troubles profonds d'une nature sanguine au contact d'une nature nerveuse. (...)

Extrait de la préface de la deuxième édition de Thérèse Raquin

***

Paris, 13 juillet 1868

Monsieur et cher maître,

Si je me suis permis d'insister pour avoir votre opinion sur Thérèse Raquin, c'est que je savais à l'avance combien votre critique serait juste et sympathique. Les jeunes gens comme moi ont tout à gagner à connaître le jugement de leurs illustres aînés sur leur compte. J'accepte vos critiques avec plus de reconnaissance encore que vos éloges.

Permettez-moi, cependant, de me défendre contre un de vos blâmes. Vous me dites que j'ai menti à la vérité en ne jetant pas Laurent et Thérèse dans les bras l'un de l'autre, le lendemain du meurtre. Si j'ai cru devoir les séparer, leur donner des répugnances et des lassitudes, c'est ce que je n'ai pas voulu peindre une passion tragique, âpre, insatiable. Lorsqu'ils tuent, ils sont déjà presque dégoûtés l'un de l'autre. Leur crime est une fatalité à laquelle ils ne peuvent échapper. Ils éprouvent comme un affaissement après l'assassinat, comme une paix d'être débarrassés d'un effort trop violent pour leur nature. Je ne sais si je m'exprime clairement. Mes héros n'ont que des instincts ; plus tard, quand ils se marient après une année d'indifférence, ils obéissent aux conséquences des faits. A la vérité, ils ne s'aiment jamais, dans le sens français et italien du mot. Le jour où Laurent jette Thérèse sur le carreau, il a à peine des désirs ; toujours cette femme, le troublera ; quand il la possédera tout à fait, elle achèvera de détraquer son être. Le drame est surtout physiologique. Le meurtre est pour ces tempéraments une crise aiguë, qui les laisse hébétés et comme étrangers. D'ailleurs, lorsqu'ils tuent, ils ne tuent déjà plus pour se posséder ; je crois que tout acte violent, dans des natures lâches et vulgaires, s'accomplit mécaniquement et amène un oubli presque complet des causes et du but. Ils tuent parce qu'ils se sont promis de tuer et ils s'épousent plus tard parce que leur mariage est un résultat nécessaire du meurtre. S'ils tardent pendant plus d'une année, c'est qu'à la vérité ils ne s'aiment pas, c'est qu'ils sont secoués et écœurés, c'est qu'ils ne se retrouvent plus eux-mêmes, et qu'ils ont besoin d'un long temps pour éprouver de nouveau le désir de leurs étreintes. Otez-leur la passion tragique, faites-en des brutes, et vous comprendrez leurs crises et leurs affaissements. Je sais bien que tout cela est très particulier, très exceptionnel ; je l'ai voulu ainsi, à la suite de certaines observations et de certaines intuitions que je crois vraies.

Me pardonnez-vous, monsieur et cher maître, d'avoir cherché à me défendre, bien mal sans doute, au courant de la plume. Vous avez mille fois raison : je sais bien qu'il me faut écrire une autre œuvre, mieux équilibrée, plus vraie et plus étudiée. Le malheur est que ma plume est mon seul gagne-pain, et que je ne puis travailler aux ouvrages que je rêve. La lutte est rude pour moi. Quand je serai assez connu, quand le livre pourra me faire vivre, quand il me sera permis de quitter le journalisme pour lequel je ne suis pas fait, alors, seulement,

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