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Comment se manifeste la division « natif » / « immigré » au sein même du milieu populaire français et comment l’expliquer ?

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Par   •  19 Septembre 2020  •  Dissertation  •  2 458 Mots (10 Pages)  •  113 Vues

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Comment se manifeste la division « natif » / « immigré » au sein même du milieu populaire français et comment l’expliquer ?

Fractures françaises, Christophe Guilluy, « Changement de statut »

Dans les années 1990, un discours de Jacques Chirac dans lequel celui-ci disait qu’il était normal que le travailleur français devienne fou à cause de son voisin de palier issu de l’immigration, et du « bruit et [de] l’odeur » qu’ils engendraient, a provoqué une vive polémique. Aujourd'hui, nombre de politiques sont bien plus extrêmes dans leur propos pour désigner la ségrégation dans les banlieues, notamment certains issus de partis dont ce n'est pourtant pas la vocation, comme Manuel Valls qui va jusqu’à parler d’un « apartheid territorial, social et ethnique ». Christophe Guilluy, dans son livre Fractures françaises, traite justement de cette division au sein des banlieues, phénomène récupéré pour servir les idéologies de partis de tout bord politique.

Christophe Guilluy est un géographe français né en Seine Saint Denis. En 2004, son livre Atlas des nouvelles fractures sociales qu’il écrit avec Christophe Noyé et, en 2010, son livre Fractures françaises connaissent un véritable succès. Les idées qu’il y développe seront reprises par plusieurs hommes politiques de gauche comme de droite.1

L’extrait étudié est justement tiré de Fractures françaises. Source de nombreuses études, enseignée dès le secondaire, la séparation entre milieu aisé et milieu populaire au sein du territoire français est relativement connue du grand public. Or, dans cet extrait, l’auteur fait lumière sur une autre division, cette fois-ci au sein même du milieu populaire, apparue dans les années 70/80. Cette division oppose l’« autochtone » et l’« immigré », « ceux qui sont nés là » et « ceux qui arrivent là ».

Comment se manifeste cette division au sein même du milieu populaire français et comment l’expliquer ? Pour répondre à cette double problématique, nous partirons d’une observation sociétale pour ensuite en chercher les causes. Nous étudierons donc la stratégie d’évitement qui s’est installée dans les banlieues, provoquée par une modification du statut de l’autochtone, elle-même due au changement de nature de l’immigration.

I- L’installation d’une stratégie d’évitement

L’auteur distingue deux types de stratégies d’évitement qu’il convient de ne pas confondre : le mouvement de départ de la classe moyenne des banlieues et l’évitement à l’intérieur même de ces dernières entre les autochtones et les immigrés.

A- La fuite des classes moyennes

Initialement, les banlieues se sont développées pour répondre à une forte demande de logements à proximité des villes, sous l’impulsion notamment des Trente Glorieuses (1945-1975). Loin d'être réservée à la classe populaire, ces nouvelles constructions, modernes et bien équipées, attirent la classe moyenne. Ces banlieues étaient une réussite en termes de mixité sociale. Mais avec la fin des Trente Glorieuses et la crise pétrolière, un phénomène de chômage de masse apparait dans ces banlieues. Les classes moyennes décident de les quitter pour s’installer dans les campagnes environnantes ou dans d’autres quartiers, plus proches du centre-ville par exemple, ce qui entraine un appauvrissement de la population des banlieues, ainsi qu’une baisse des prix des logements qui attirent une population encore plus pauvre, souvent issue de l’immigration. De plus, les modifications des politiques d’attribution des logements sociaux qui sont apparues dans les années 80 2 réduisent la possibilité pour les ménages appartenant à la classe moyenne inférieure de s’installer dans les HLM, alors qu’ils y étaient éligibles auparavant. La mixité sociale a donc disparu.

Pour illustrer ce fait, nous prendrons un exemple grenoblois, celui des Villeneuves 3. Ces banlieues ont été créées pour répondre à l’augmentation de la demande de logement, ainsi que pour accueillir les Jeux Olympiques d’hiver en 1968. Les Villeneuves proposent un concept nouveau, où tous les services et commerces nécessaires sont à portée de main et où les logements sont bien plus modernes que ceux du centre-ville. La mixité sociale y est très forte. Mais tout comme ses équivalents dans les autres villes de France, la classe moyenne a quitté cet espace dans les années 80, laissant les Villeneuves devenir progressivement des quartiers où la pauvreté s’est installée et où le taux de demandeurs d’emploi y est le plus élevé de la ville (17,5% de la population pour la Villeneuve de Grenoble contre 10,9% pour l’ensemble de la ville 4).

Ne reste donc plus dans les banlieues que les populations dites « autochtones » pauvres et les « immigrés ».

B- L’évitement à l’intérieur des banlieues

Christophe Guilly observe une division au sein même des banlieues entre les « autochtones » et les « immigrés ». C'est sur cette division même que se penche plus particulièrement l’auteur.

Il définit les premiers comme ceux qui sont originaires du territoire sur lequel ils vivent 5. L’immigré, à l’inverse, est une personne née étrangère à l'étranger et résidant en France 6.

Chez ces autochtones qui n'ont pas eu les moyens de partir, l’auteur relève la mise en place d’une stratégie d’évitement avec les immigrés. Cet évitement passe par la demande des ménages autochtones à ne pas habiter dans les mêmes résidences que les immigrés. C'est pour cela qu’on retrouve, au sein même d’une banlieue, des résidences où l’on trouvera plutôt des personnes d’origine française et européenne, et dans d’autres des personnes plutôt issues de l’immigration. Cet évitement se retrouve parfois même à l’échelle de quartiers dans la banlieue. Cela crée des regroupements de personnes, habitant dans des immeubles ou des quartiers en fonction de leur origine.

Les bailleurs sociaux et les élus ont été accusés de former volontairement cette ségrégation alors que, selon l’auteur, ils ne feraient que répondre à la demande des ménages autochtones. Ces derniers refuseraient de vivre dans des immeubles ethnicisés, même s'ils ont très peu de moyens. Accuser les bailleurs et les élus d'être à l’origine des regroupements de population selon leur origine est donc injustifié. L’auteur évoque tout de même le fait que certains de ces derniers attribuent les logements les moins enviables aux immigrés. Il développait

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