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Avons-nous Besoin D'autrui Pour Avoir Conscience De Nous-mêmes ?

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Par   •  6 Mai 2014  •  2 761 Mots (12 Pages)  •  1 486 Vues

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Introduction

La vie humaine laisse peu de place à la solitude : nous sommes sans cesse accaparés par les préoccupations qu'entraînent les obligations sociales et la présence des autres, et de ce fait constamment détournés de nous-mêmes. La solitude, dans la mesure où nulle parole et nul regard extérieur ne viennent y requérir notre attention, serait alors ce moment privilégié où, dans le recueillement, nous pourrions enfin nous retrouver. Certes, on peut fort bien être seul et penser à tout autre chose qu'à soi ; il n'en reste pas moins que la solitude, en nous isolant du bruit et de la fureur du monde, facilite par là même le retour à soi – retour dont elle serait, pour ainsi dire, la condition nécessaire, quoique non suffisante. « Retourne à toi-même, car c'est dans l'homme intérieur qu'habite la vérité », affirmait saint Augustin : l'absence d'autrui est un moment nécessaire à la connaissance de soi. Je suis en effet, pour reprendre une autre formulation augustinienne, tout à la fois « le plus proche et le plus éloigné de moi-même » : seul à savoir qui je suis, j'ai pourtant à le découvrir, précisément dans le recueillement et l'introspection.

Cependant, autre chose est de dire que nous n'avons peut-être pas besoin d'autrui pour parvenir à la connaissance de soi, autre chose de soutenir que la solitude est nécessaire à la prise de conscience de soi : car enfin, avoir conscience de sa propre existence, exister et savoir que l'on existe, ce n'est pas la même chose que savoir qui l'on est, c'est-à-dire se connaître soi-même. Peut-être alors est-ce dans l'absence des autres qu'on parvient à la connaissance de soi mais, pour autant, n'avons-nous pas besoin d'autrui pour avoir conscience de nous-mêmes ? En d'autres termes, puis-je avoir conscience de ma propre existence dans la solitude, voire le solipsisme ?

Telle est, en tout cas, la position de Descartes : si, dans ma quête d'une vérité indubitable, je m'isole du monde et suspends jusqu'à ma croyance en son existence, c'est bien dans un acte solitaire qu'est rendue possible la pure présence de soi à soi, dans l'intuition du « je pense » dont la possibilité fonde toutes les autres. Davantage même, cet acte est solipsiste : il ne s'agit pas seulement de dire que je n'ai pas besoin d'autrui pour prendre conscience de moi, il faut soutenir que je n'ai besoin de rien d'autre que de moi-même, et pas plus d'autrui que du monde. Pour autant, cela signifie-t-il qu'autrui soit absent de la solitude où je me pense ? Que dans l'isolement où je peux choisir de me retirer il soit de fait physiquement absent, cela ne signifie point qu'il ne hante pas le dialogue intérieur que je me tiens silencieusement à moi-même : n'est-ce pas encore, en effet, dans le langage de la communauté que « je pense », et me pense, dans ce langage autrement dit que je parviens à la certitude de ma propre existence ? Au reste, est-il bien certain que la conscience soit, comme le pose Descartes, une substance capable de se saisir d'elle-même indépendamment de tout le reste ? Puis-je prendre conscience de moi, quand bien même le monde devrait être tenu pour une vaine chimère qui n'aurait pas plus de réalité que « les illusions de mes songes » ? À moins qu'il ne nous faille admettre que ce monde, tel que le travail humain l'a modifié, nous offre un miroir indispensable à la conscience de soi. Mais, dans ce cas, une telle prise de conscience ne saurait se faire sans autrui, impliqué comme en filigrane dans un monde que je n'ai pas modifié tout seul et par mes seules forces.

I. La prise de conscience de soi est un acte solipsiste

Dans le « cours ordinaire de la vie », comme le remarquait Descartes, je suis requis par la nécessité d'agir et d'œuvrer : il me faut travailler pour assurer ma propre survie. Simplement, il me serait impossible, par mes seules forces, de subvenir à tous mes besoins : aussi mon travail m'intègre-t-il d'emblée à une communauté d'échanges où chacun s'unit aux autres pour que tous prospèrent. Je dois donc, pour mon propre bien-être, me conformer aux usages de la communauté à laquelle j'appartiens. La vie quotidienne laisse de ce fait peu ou pas de place à la solitude. Et même lorsque je suis seul, c'est encore à la vie en commun que je pense, c'est-à-dire à mon travail, à mes obligations sociales, à mon attitude vis-à-vis des autres autant qu'à leur attitude envers moi. Ainsi, ce qui d'abord et le plus souvent fait l'objet de toute mon attention, c'est l'utilité pour la vie. C'est pourquoi j'admets bien souvent comme indubitables des opinions en fait fort incertaines : peu m'importe qu'elles soient fondées en vérité, pourvu qu'elles soient efficaces, pourvu qu'elles me permettent d'agir mieux ou plus vite. Alors, que justement la solitude n'ait pas sa place dans mon existence quotidienne, c'est précisément ce qui en fait une situation propice à la recherche de la vérité : en m'éloignant des trépidations du monde, en m'isolant d'autrui et de tout ce qui fait l'objet de ma préoccupation quotidienne, elle m'offre la possibilité de la méditation, elle me permet de suspendre pour un moment mon action, de ne plus me préoccuper de ce qui est utile, pour m'enquérir de la validité des opinions que je tenais jusqu'alors pour vraies. Le but de Descartes dans sa méditation solitaire n'est en effet pas de parvenir, par une sorte d'introspection, à une connaissance de soi, mais bien de rechercher un fondement indubitable qui permettrait de rebâtir solidement l'édifice du savoir. Mais comment distinguer une opinion peut-être fausse d'un savoir véritable ? La seule solution, c'est de rejeter comme faux tout ce qui n'est pas absolument indubitable. Aussi, le doute, poussé jusqu'à l'exagération, doit-il devenir notre méthode. Or les sens pas plus que les raisonnements ne sont infaillibles : ils sont également sujets à l'erreur. Le problème, c'est que je ne sais par définition jamais que je me trompe lorsque je suis en train de me tromper, sans quoi je me corrigerais de moi-même. Ainsi, il est tout à fait possible que mes sens et ma raison m'égarent plus souvent que je ne le crois. La prudence me recommande donc, si je recherche l'indubitable, de tenir pour nulles et non avenues la connaissance sensible aussi bien que la connaissance rationnelle. Allons plus loin : rien ne me prouve que le monde extérieur

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