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Le problème de l'autorité paternelle sur le mariage de l'enfant en Afrique Noire

Cours : Le problème de l'autorité paternelle sur le mariage de l'enfant en Afrique Noire. Recherche parmi 240 000+ dissertations

Par   •  15 Juin 2012  •  Cours  •  8 583 Mots (35 Pages)  •  1 321 Vues

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2. Culture et civilisations

LE PROBLEME DE L’AUTORITE PATERNELLE SUR LE MARIAGE DE L’ENFANT EN AFRIQUE NOIRE

Par Ambrosse O. UMEH

Ethiopiques numéro 26

revue socialiste

de culture négro-africaine

avril 1981

Auteur : Ambrosse O. UMEH

Depuis le contact de l’Afrique avec l’Occident, l’Africain reçoit deux formes d’éducation : l’éducation selon la culture et la tradition africaines et l’éducation européenne. C’est cette dernière dont il s’agit ici. Les romanciers africains n’ont pas manqué de décrire le problème de l’école européenne en Afrique, tel qu’on le trouve dans les romans suivants : L’Aventure ambiguë [1] de Cheikh Hamidou Kane, L’Enfant noir [2] de Camara Laye, Kocoumbo, L’Etudiant noir [3] d’Aké Loba et Sous l’orage [4] de Seydou Badian.

La lecture de ces romans nous révèle que s’il est difficile pour un père de famille d’envoyer son fils à l’école européenne, il lui est beaucoup plus difficile d’y envoyer sa fille parce qu’il considère cette formation comme incompatible avec le rôle de la femme, à savoir qu’il n’est pas convenable pour une femme d’abandonner son rôle de mère au foyer pour aller apprendre les sciences et les techniques comme les hommes. A ce propos, citons la remarque de K. Nkanza concernant l’éducation des filles en Afrique ancienne :

« Si les garçons ont vite eu les mains libres pour aller à l’école européenne et y apprendre ces nouvelles valeurs, nombreuses furent les familles qui jugèrent inutile, voire nuisible d’y envoyer les filles (...) La fille africaine ne peut y aller et y rester sans contrarier les coutumes. En outre, suivant la conception africaine ancienne, on peut encore tolérer qu’un garçon étudie afin de trouver un emploi dans la société moderne. Mais l’école paraît inutile pour les filles, puisqu’elles sont destinées à se marier et à vivre à la charge de leur mari. » [5]

En effet, la conception que « la place de la femme est au foyer » n’est pas d’origine africaine. Elle est même aussi vieille que le monde. Commentant le problème de l’éducation de la femme à travers les âges F. Angué écrit ;

« Depuis la fin du Moyen Age, une question occupait les esprits : le sexe féminin peut-il égaler le sexe masculin qui le tient en tutel1e ? Elle déclencha une polémique passionnée, baptisée Querelle des Femmes par Abel Lefranc » [6]

Il faut bien admettre que le sexe féminin a subi à travers les âges la domination masculine. Cependant nous constatons que malgré, les exploits des femmes du XXe siècle, il y a des hommes qui croient toujours que la femme doit rester au foyer pour s’occuper des enfants. C’était une Française, une travailleuse au sens syndicaliste du terme qui a écrit :

« La plupart de nos camarades étaient devenus responsables très jeunes. Mariés tôt, le plus souvent avec des militantes, ils avaient bâti leur vie sur l’idée que leur femme resterait au foyer pour s’occuper de leurs enfants » [7]

Dans ce dialogue on constate que le père, Chrysale, exige de sa fille une obéissance inconditionnelle dont l’exemple est manifeste dans le roman africain. Pour Chrysale, son autorité paternelle est quelque chose de divin et donc de sacré, et il ne veut pas qu’elle soit contestée par qui que ce soit. Dans une société reconnaissant une telle autorité, ce serait un sacrilège pour l’enfant de la contester. C’est dans ce sens que Mendel a écrit :

« L’Ancienne organisation sociale était fondée sur le principe d’autorité qui unifiait entre elles les diverses institutions : l’autorité surnaturelle de Dieu, l’autorité royale de droit divin, l’autorité familiale du père, l’autorité des aînés et des supérieurs hiérarchiques, etc. » [8]

Néanmoins, quelque soit le caractère sacré de l’autorité paternelle à travers les âges, elle a déjà été contestée en Europe depuis longtemps et elle est actuellement contestée en Afrique noire, comme le démontrent les romanciers africains.

Le conflit d’intérêts

Dans Sous l’orage de Seydou Badian, nous examinerons ce problème de l’autorité paternelle sur le mariage de l’enfant. Dans ce roman, il s’agit du mariage de Kany, une lycéenne qui refuse d’épouser l’homme que son père lui a choisi. Critiquant les romans africains, R. Bonneau affirme :

« Rares sont les romans où dominent les intrigues sentimentales, les écrivains semblent apparemment préoccupés par les problèmes beaucoup plus sérieux » [9]

La remarque de Bonneau est juste dans la mesure où les romanciers africains sont presque toujours préoccupés par des problèmes politiques, économiques ou sociaux.

Cependant, Sous l’orage a le privilège d’appartenir aux rares romans africains où dominent les intrigues sentimentales. Le père, Benfa, a choisi Famagan, un marchand, comme époux pour sa fille. Or, sa fille, Kany, n’aime pas Famagan et ne peut pas l’épouser parce que celui-ci est vieux et en plus polygame. D’autre part, ce mariage, s’il a lieu, comme le veut le père, empêchera la jeune fille de continuer ses études. En revanche, Kany aime Samou, un jeune homme de la même classe d’âge qui fréquente aussi l’école. Les trois frères cadets de la jeune fille se rallient autour de leur sœur, tandis que Sibiri, l’aîné, soutient leur père. C’est ainsi que se noue l’intrigue du roman sur laquelle nous reviendrons plus tard. Il y a alors, dans cette affaire du mariage, deux groupes et deux choix diamétralement opposés les uns aux autres. La jeune fille déteste l’homme que lui a choisi son père tout autant que ce dernier refuse à entendre parler du jeune homme qu’aime sa fille ou à le voir. Ce conflit d’intérêts crée deux camps ennemis au sein de la famille. Quels sont ces intérêts qui s’opposent ? Pour la jeune fille, nous avons déjà expliqué pourquoi elle avait refusé le choix de son père. Bref, elle veut un mariage d’amour et de choix personnel. Quant à son père, son intérêt est économique et social. Il est marchand et riche. Autrement dit, il peut payer la dot et aussi apporter une aide financière à la famille de ses futurs beaux-parents. En plus, il est considéré comme un homme qui respecte la tradition.

Pour suivre le déroulement de cette « comédie », examinons d’abord la position du père, car, c’est lui qui tient les rênes du pouvoir dans la famille.

Le récit commence

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