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Devoir Cned

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Par   •  13 Février 2012  •  2 219 Mots (9 Pages)  •  1 314 Vues

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Question 1

Nous pouvons noter dans les trois textes la présence de l’indice de première personne « je ».Dans l’extrait intitulé « Des Cannibales », il s’agit de l’auteur, Montaigne, puisque les Essais sont une oeuvre à caractère autobiographique. Dans le texte de Fontenelle, extrait des Entretiens sur la pluralité des mondes, le personnage qui dit « je » est un philosophe qui débat avec une marquise ; on peut supposer qu’il n’est pas sans rapport avec l’auteur, mais sans pouvoir strictement établir, comme dans une autobiographie, une relation identité entre l’un et l’autre. On peut penser qu’il est le porte parole de l’auteur. Enfin, dans le roman L’Aventure ambiguë, « je » est le narrateur, un Africain qui vient d’arriver dans une grande ville européenne ; sans doute Hamidou Kane s’est-il souvenu de ses propres impressions pour écrire cette page, mais il s’agit

néanmoins d’une oeuvre fictive.

Question 2

Ces trois textes ont en commun de présenter une dimension argumentative, liée au point de vue porté par les Européens sur les « Américains », et vice-versa, à l’issue de la découverte du Nouveau Monde, et au point de vue porté plus récemment par un Africain sur les Européens, mais aussi, en creux, sur son peuple. Montaigne veut montrer que les Indiens d’Amérique n’ont rien de sauvage ni de barbare : c’est sa thèse, exprimée dès la première phrase. Ils suivent la nature : « Ils sont sauvages, de même que nous appelons sauvages les fruits que nature, de soi et de son progrès ordinaire, a produits », alors que les Européens se sont détournés d’elle par leur « artifice » et leurs

« inventions » ; ainsi, ce sont leurs productions qui mériteraient la qualification de « sauvages » : « là où, à la vérité, ce sont ceux que nous avons altérés par notre artifice, et détournés de l’ordre commun, que nous devrions appeler plutôt sauvages. » À travers la comparaison des fruits, il prend donc nettement parti pour les habitants du Nouveau Monde contre les Européens au

« goût corrompu ». Le philosophe Fontenelle, pour démontrer qu’un commerce entre Séléniens (habitants de la lune) et Terriens est envisageable,

fait un raisonnement par analogie en prenant l’exemple des « Américains » au moment de leur découverte des Européens : rien n’aurait pu alors laisser prévoir le commerce qui allait s’instituer entre ces deux populations. Le portrait des indigènes n’est pas très flatteur : il parle de leur « ignorance extrême » et en donne des preuves de la ligne 11 à la ligne 22. En revanche, les

Européens sont évoqués à travers leurs qualités de navigateurs : ils ont mis au point « une sorte de navigation incomparablement plus parfaite ». Mais ce qui est intéressant dans ce texte, c’est que le philosophe, se mettant à la place des

indigènes, exprime aussi leur point de vue sur ces Européens débarquant sur leurs terres et qui leur font, ni plus ni moins, l’impression d’être des extra-terrestres ; le portrait est alors nettement péjoratif et insiste sur l’agressivité qui émane de ces conquérants : « De grands corps énormes “qui vomissent du feu de toutes parts », « des gens inconnus, tout écaillés de fer, disposant comme ils veulent de monstres qui courent sur eux..., » « car assurément ce ne sont pas des hommes ». Enfin, le narrateur de L’Aventure ambiguë présente le point de vue d’un Africain fraîchement débarqué sur les Européens, point

de vue négatif. Il leur reproche leur uniformité : « Son dos carré se perdit parmi d’autres dos carrés. Sa gabardine grise, parmi les gabardines. » Il trouve aussi qu’ils vivent dans un univers froid et dur : « Nulle part la tendre mollesse d’une terre nue », dominé par ces « mécaniques enragées » que sont les automobiles qui occupent l’espace au détriment de l’être humain. En creux et en opposition se dessine une terre accueillante, chaleureuse et vivante qui sert de référent au narrateur. Ces trois textes montrent donc une pluralité de points de vue : celui des Européens sur les « Américains » (Montaigne, Fontenelle), celui des « Américains » sur les Européens (Fontenelle), celui d’un Africain sur les Européens (H. Kane). Ils illustrent bien la relativité des jugements portés sur l’Autre.

Commentaire

Hamidou Kane, écrivain sénégalais d’expression française né en 1928, nous fait découvrir dans son roman paru en 1961, L’Aventure ambiguë, les impressions ressenties par un jeune Noir à son arrivée dans une grande ville européenne, un peu comme Montesquieu l’avait fait en 1721 par l’intermédiaire des Lettres persanes : il s’agissait de la même manière de présenter à ses contemporains l’effet produit sur des étrangers, en l’occurrence des Persans, par leurs moeurs et leurs coutumes, procédé habile pour se moquer d’eux et les critiquer. Dans notre extrait, il s’agit de mettre en évidence ce qui fait la spécificité de ce

regard étranger porté sur le milieu urbain décrit, regard qui ne saurait rester neutre et nous propose une vision critique du monde dans lequel nous vivons et que nous ne savons peut-être plus voir.

Ce passage présente en effet la réalité d’une ville européenne et de ses habitants telle qu’elle est perçue à travers le regard d’un étranger. Nous pouvons d’abord remarquer que la description est faite selon le procédé de la focalisation interne. De cette ville, le lecteur ne perçoit que ce que le narrateur en perçoit lui-même, à travers son propre regard et sa propre subjectivité. Les verbes de perception visuelle ou l’évocation du regard jalonnent d’ailleurs le texte : « Je le suivis du regard » (l. 2-3), « Mon regard parcourait toute l’étendue et ne vit pas... » (l. 6), « mes yeux avides guettèrent » (l. 9), « je n’avais pas vu » (l. 15), « ne m’étaient apparues » (l. 20-21). Mais la perception du narrateur ne se limite pas aux sensations visuelles ; les sensations auditives sont, elles aussi, présentes : « Le claquement sec de ses souliers se mêla au bruit de castagnettes qui courait à ras d’asphalte » (l. 4-5), « mon oreille exacerbée » (l. 9), « le claquement d’un millier de coques dures » (l. 11), « la coquille nue et sonore de la pierre » (l. 17).

Cet étranger, cet Africain, perçoit le monde qui l’entoure, et l’analyse en se référant tout naturellement au monde qu’il connaît. Ainsi le claquement des souliers sur l’asphalte des trottoirs évoque-t-il pour lui le « bruit des castagnettes ». Le sol est lui-même comparé à une « carapace

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