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Corpus de texte : les pièces de théâtres

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Par   •  4 Février 2013  •  2 454 Mots (10 Pages)  •  1 622 Vues

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Examen de Français I

Corpus:

Texte A : Alfred de Musset, On ne badine pas avec l'amour, Acte II, scène 5, 1834.

Texte B : Georges Feydeau, Le Dindon, Acte I, scène 4, 1896.

Texte C : Edmond Rostand, Cyrano de Bergerac, Acte V, scène 5, 1897.

Texte D : Jean Giraudoux, Amphitryon 38, Acte I, scène 6, 1929.

Texte A : Alfred de Musset, On ne badine pas avec l'amour, Acte II, scène 5, 1834.

[Camille est une jeune fille qui sort d'un couvent. Le père de Perdican a décidé de la marier à son fils qui vient d'achever ses études.]

PERDICAN : Tu as dix-huit ans, et tu ne crois pas à l'amour ?

CAMILLE : Y croyez-vous, vous qui parlez ? Vous voilà courbé près de moi avec des genoux qui se sont usés sur les tapis de vos maîtresses, et vous n'en savez plus le nom. Vous avez pleuré des larmes de joie et des larmes de désespoir ; mais vous saviez que l'eau des sources est plus constante que vos larmes, et qu'elle serait toujours là pour laver vos paupières gonflées. Vous faites votre métier de jeune homme, et vous souriez quand on vous parle de femmes désolées ; vous ne croyez pas qu'on puisse mourir d'amour, vous qui vivez et qui avez aimé. Qu'est-ce donc que le monde ? Il me semble que vous devez cordialement mépriser les femmes qui vous prennent tel que vous êtes, et qui chassent leur dernier amant pour vous attirer dans leurs bras avec les baisers d'une autre sur les lèvres. Je vous demandais tout à l'heure si vous aviez aimé ; vous m'avez répondu comme un voyageur à qui l'on demanderait s'il a été en Italie ou en Allemagne, et qui dirait : Oui, j'y ai été ; puis qui penserait à aller en Suisse, ou dans le premier pays venu. Est-ce donc une monnaie que votre amour, pour qu'il puisse passer ainsi de mains en mains jusqu'à la mort ? Non, ce n'est pas même une monnaie ; car la plus mince pièce d'or vaut mieux que vous, et dans quelques mains qu'elle passe elle garde son effigie1.

PERDICAN : Que tu es belle, Camille, lorsque tes yeux s'animent !

1. Effigie : Représentation d’une personne.

Texte B : Georges Feydeau, Le Dindon, Acte I, scène 4, 1896.

[G. Feydeau écrit des vaudevilles, comédies légères, riches en rebondissements et qui mettent en scène des bourgeois dont les mœurs sont ridiculisées. Dans cet extrait du Dindon, Pontagnac est tombé amoureux d'une inconnue, Lucienne, qu'il suit et chez qui il finit par entrer. Or, elle est l'épouse de l'un de ses amis.]

PONTAGNAC : Tenez, avouez-le franchement, vous en aimez un autre.

LUCIENNE : Oh ! mais, savez-vous bien, monsieur, que vous devenez de la dernière impertinence ! Alors, vous n'admettez pas qu'une femme puisse être une épouse fidèle ! Si elle vous résiste, c'est qu'elle en aime un autre ! Il n'y a pas d'autre mobile ! Mais quelles femmes êtes-vous donc habitué à fréquenter ?

PONTAGNAC : Ecoutez, vous me promettez de ne jamais confier à personne ce que je vais vous dire ?

LUCIENNE : s'asseyant dans le fauteuil. Même pas à mon mari.

PONTAGNAC : s'asseyant sur le pouf. Je n'en demande pas davantage. Eh bien ! j'ai de la peine à croire que vous puissiez l'aimer.

LUCIENNE : En voilà une idée ! Reculez-vous donc.

Pontagnac rapproche encore le pouf.

LUCIENNE : Non, reculez-vous.

PONTAGNAC : reculant le pouf. Oh ! pardon !... Certainement c'est un excellent garçon ! Je l'aime beaucoup.

LUCIENNE : J'ai vu ça tout de suite.

PONTAGNAC : Mais, entre nous, ce n'est pas un homme capable d'inspirer une passion.

LUCIENNE : sévèrement. C'est mon mari !

PONTAGNAC : se levant. Là, vous voyez bien que vous êtes de mon avis.

LUCIENNE : Mais pas du tout !

PONTAGNAC : Mais si ! mais si ! Si vous l'aimiez, ce qui s'appelle aimer — je ne parle pas d'affection —, est-ce que vous auriez besoin de motiver votre amour ? La femme qui aime dit : «J'aime parce que j'aime», elle ne dit pas : « J'aime parce qu'il est mon mari ». L'amour n'est pas une conséquence, c'est un principe ! II n'existe, il ne vaut qu'à l'état d'essence1 ; vous, vous nous le servez à l'état d'extrait2.

LUCIENNE : Vous avez des comparaisons de parfumeur.

PONTAGNAC : Qu'est-ce que ça prouve, le mari ? Tout le monde peut être mari ! Il suffit d'être agréé par la famille... et d'avoir été admis au conseil de révision3 ! On ne demande que des aptitudes comme pour être employé de ministère, chef de contentieux4. (Se rasseyant sur le pouf.) Tandis que pour l'amant, il faut l'au-delà. Il faut la flamme ! C'est l'artiste de l'amour. Le mari n'en est que le rond-de-cuir5.

LUCIENNE : Et alors, c'est sans doute comme artiste de l'amour que vous venez.

PONTAGNAC : Ah ! oui !

LUCIENNE : Eh bien ! non, cher monsieur, non. Je vais peut-être vous paraître bien ridicule, mais j'ai le bonheur d'avoir pour mari un homme qui résume pour moi vos deux définitions : le rond-de-cuir et ce que vous appelez l'artiste de l'amour.

PONTAGNAC : C'est rare ! […]

1. Essence : ici partie essentielle, la plus concentrée et la plus pure d'une substance, par opposition à l'extrait.

2. Etat d’extrait : qui n'est qu'un dérivé.

3. Conseil de révision : assemblée militaire chargée d'évaluer l'aptitude des jeunes recrues.

4. Chef de contentieux : fonctionnaire en charge des affaires qui font l'objet d'un débat ou d'un litige.

5.

...

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