LaDissertation.com - Dissertations, fiches de lectures, exemples du BAC
Recherche

Acte III Scène 12 Fausses condidences de Marivaux: Ce dénouement vous paraît-il digne d’une comédie ?

Mémoire : Acte III Scène 12 Fausses condidences de Marivaux: Ce dénouement vous paraît-il digne d’une comédie ?. Recherche parmi 263 000+ dissertations

Par   •  28 Février 2013  •  2 050 Mots (9 Pages)  •  11 264 Vues

Page 1 sur 9

Marivaux, Texte 4 :

Le dénouement, ou l’aveu d’Araminte :

Acte III, Scène 12 :

Introduction :

À la fin de l’Acte II, Araminte est poussée à bout par les deux scènes des portraits (acte II) et par la scène de la lettre (8,III). L’amour de Dorante est parfaitement connu, donc la conséquence naturelle de cette situation est son renvoi. Araminte s’oriente à contrecœur vers cette issue fatale, mais ses résistances à son amour perdent de leur force, et cède soudain au milieu de la scène 12 que nous allons voir, et qui s’organise en trois temps : d’abord, Dorante va être renvoyé jusqu’à « n’ajoutez rien à ma douleur » ; puis l’aveu soudain d’Araminte ; et enfin les révélations étonnantes de Dorante.

Question d’étude :

Ce dénouement vous paraît-il digne d’une comédie ?

Réponse :

Toute comédie dans la tradition se termine par un ou plusieurs mariage. A la fin de l’Acte III on s’attend à un rebondissement heureux. Cette scène 12 vient combler cette attente. On relève une gravitée dans le ton et la situation qui nous amène à la frontière du registre comique. On est parfois dans un style sérieux, émouvant. Nous allons étudier cette hésitation de registre à travers les trois moments de la pièce : le renvoi de Dorante ? L’aveu d’Araminte ; le pardon d’Araminte.

I. Le renvoi de Dorante :

1. Une décision à contre-cœur :

Araminte n’envisage ce renvoi que comme une hypothèse voulue par la décence. Mais elle hésite, comme le montre les interrogations : « comment vous garder jusque-là ? » Cette question oratoire dissimule mal le désir qu’elle a de le garder. Elle équivaut à « j’aimerais bien ». Dorante joue sur la corde sensible, avec la didascalie « plaintivement ». Il use aussi d’une dernière résistance, ses déclarations sont hyperboliques : « de tout le temps de ma vie ». Il joue ainsi sur l’antithèse entre le temps long et le jour précieux, unique. On peut dire que Dorante continue ici ses déclarations amoureuses commencées en II,15. Araminte invoque l’obligation de se quitter comme extérieure à sa volonté : « il n’y a pas moyen Dorante, il faut se quitter ». La raison qu’elle donne, c’est la rumeur publique : « on sait que vous m’aimez ». Elle ne dit pas qu’elle l’aime ; mais laisse entendre que c’est possible « et l’on croirait que je n’en suis pas fâchée ». Araminte est assez claire, directe, pour les convenances de l’époque. Dorante continue sa complainte sur le mode élégiaque, et Araminte le rejoint dans sa tristesse sentimentale. C’est une manière d’avouer qu’elle partage ses sentiments comme le montre la réplique : « ah ! allez Dorante, chacun a ses chagrins ». On a deux amants ayant chacun des chagrins mais pas tout à fait pour les même raisons. L’un va être éconduit, et l’autre va souffrir en silence.

2. Le déclanchement du portrait :

Le portrait revient sur le devant de la scène, pour opérer la libération finale de la parole d’Araminte. Le portrait s’intègre d’abord dans la plainte de Dorante : « j’ai tout perdu. J’avais un portrait et je ne l’ai plus ». Araminte badine un peu en disant : « a quoi vous sert de l’avoir ? Vous savez peindre. » Cette remarque cache une motivation plus profonde : elle veut le garder comme souvenir de cet amour, et cherche un argument pour ne pas lui rendre. Dorante contre argumente : c’est une chose difficile à refaire, et c’est un portrait qui a été entre les mains d’Araminte. Araminte ne sait plus quoi dire, elle sort une réplique conventionnelle : « vous n’êtes pas raisonnable ». Dorante la supplie : « oh ! Madame, je vais être éloigné de vous, n’ajoutez rien à ma douleur ». Il est dans un registre parfaitement pathétique. Ce registre est normalement incompatible avec le comique, mais l’on se doute que l’issue sera heureuse. C’est à ce moment-là qu’Araminte vacille, elle est troublée, comme le montre les modalités expressives (exclamations interrogations) : « songez vous que ce serait … !). On peut dire qu’alors l’aveu d’amour passe ici comme une flèche dans une hypothèse.

II. L’aveu d’Araminte :

1. Au détour d’une phrase :

Dans cette scène, Araminte est piégée par son propre discours, dans un moment de troubles marqués par l’exclamation : « vous donner mon portrait ! » L’étonnement se teinte d’incrédulité et de réprobation (condamnation), mais le reproche se renverse insensiblement en acquiescement (doucement en acceptation) : « songez vous que ce serait avouer que je vous aime ? » Le symbole du portrait, qui est à l’époque très intime, permet de faire affleurer (apparaître) des sentiments enfouis. Le conditionnel permet de dire l’indicible, ce qu’on appelle modaliser un aveu qui coûte à dire de façon directe.

Dorante est aussi surpris qu’Araminte par cette formule « que je vous aime ? », il la reprend en écho « que vous m’aimez, Madame ! » Cette reprise actualise l’hypothèse (la rend plus réelle, présente, tangible). Dorante doute encore, c’est une phrase de roman : « qui pourrait se l’imaginer ? » C’est une phrase si connue qu’on est à la limite de la parodie et c’est ce qui sous-entend le comique de la scène.

2. Le ton vif et naïf :

Marivaux tenait beaucoup à un jeu naturel spontané, qu’incarnait parfaitement son actrice Sylvia Benzotti, l’actrice phare de la troupe italienne qui jouait à Paris. En quelque sorte, les pièces de Marivaux ont été écrites pour cette actrice comme une déclaration d’amour. Cette Sylvia savait parfaitement donner l’illusion sur scène du naturel.

La didascalie « d’un ton vif et naïf », cache donc une véritable esthétique théâtrale opposée au jeu parfois affecté de la comédie française. Cette didascalie prouve qu’à ce moment de la pièce seulement Araminte se révèle et que ses sentiments parlent. L’amour parle à ce moment-là, il est le maître comme l’annonçait Dubois à la scène I,2 : « quand l’amour parle il est le maître, et il parlera ». Les barrières sociales sont oubliées un instant et ne pourront plus revenir, elles sont laminées par la parole. Remarquons ici le caractère

...

Télécharger au format  txt (12.6 Kb)   pdf (128.6 Kb)   docx (13.3 Kb)  
Voir 8 pages de plus »
Uniquement disponible sur LaDissertation.com