Postambule de la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne d'Olympe de Gouge
Commentaire de texte : Postambule de la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne d'Olympe de Gouge. Recherche parmi 304 000+ dissertationsPar nath0614 • 28 Avril 2026 • Commentaire de texte • 2 709 Mots (11 Pages) • 2 Vues
Olympe de Gouges _ Postambule de la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne
Analyse linéaire
Pbq : Comment Olympe de Gouge, par une stratégie argumentative éloquente et efficace, appele les femmes à s’émanciper ?
Annonce des mouvements : 1 - Un appel à la prise de conscience des femmes (du début à « envers sa compagne. »)
2 - La dénonciation des inégalités et le constat d’échec de la Révolution (de « Ô femmes ! » à « auriez-vous à répondre »)
3 - L’appel à la lutte collective (de « S’ils s’obstinaient … » à la fin)
1er Mouvement Femme, réveille-toi ; le tocsin de la raison se fait entendre dans tout l’univers ; reconnais tes droits. Le puissant empire de la nature n’est plus environné de préjugés, de fanatisme, de superstition et de mensonges. Le flambeau de la vérité a dissipé tous les nuages de la sottise et de l’usurpation. L’homme esclave a multiplié ses forces, a eu besoin de recourir aux tiennes pour briser ses fers. Devenu libre, il est devenu injuste envers sa compagne. |
Dans un 1er temps, ODG cherche à provoquer une réaction chez ses lectrices. Le début de son postambule sonne ainsi comme un véritable appel à la prise de conscience des femmes. ▪ Avec « Femme, réveille-toi », le postambule s’ouvre sur une apostrophe percutante qu’ODG adresse aux femmes à la 2ème personne du singulier et sur un impératif catégorique. - Le singulier « Femme » donne à sa formule une portée universelle : ODG s’adresse à toutes les femmes, quel que soit leur statut. - L’emploi de l’impératif présent, « réveille-toi », place son discours sous le signe de l’injonction et souligne l’urgence à ce que ses semblables prennent conscience de l’injustice de leur condition. - La vigueur qu’ODG donne d’emblée à son appel est renforcée par l’usage du tutoiement qui instaure un lien de familiarité entre l’auteure et ses lectrices et permet à chacune d’entre elles de se sentir interpellée personnellement. Le pronom « tu » produit également un lien de sororité /sentiment de communauté entre toutes les femmes (nécessaire pour la lutte pour leurs droits). ▪ ODG reprend les symboles de la Révolution, signifiant implicitement que son combat en est la continuité logique. - Elle poursuit en effet avec l’expression métaphorique du « tocsin de la raison ». Le « tocsin » est une cloche pour alerter d’un danger et qui a été utilisé pendant la Révolution pour appeler à la révolte populaire. En associant « la raison », valeur clé de la Révolution et des Lumières, à ce signal symbolique, elle transforme la pensée en instrument de mobilisation. La raison devient un appel à agir. - L’auteure cherche à éveiller les consciences féminines au combat : elle évoque avec l’hyperbole « tout l’univers » que la raison est une force de transformation de portée universelle : la Révolution doit aussi concerner les femmes. + Elle insiste sur l’urgence de la mobilisation comme le souligne l’image du « tocsin » couplée à l’expression « se fait entendre ... », au présent de l’indicatif. Avec un nouvel impératif urgent « reconnais tes droits », elle appelle les femmes à nouveau sur le ton de l’injonction à prendre conscience de leurs droits (ceux qu’elle a consignés dans sa DDFC) pour mieux les revendiquer + déterminant possessif « tes droits » = droits qui leur sont dus, qui leur appartiennent. - Elle est en effet consciente que le tournant historique inédit qui s’opère est propice à l’amélioration de leur condition : victoire de la raison sur les préjugés + abolition de l'ancien monde + adoption de la DDHC. L’usage de la négation partielle « n’est plus » et du passé composé « a dissipé » marque bien une rupture temporelle et insiste sur l’opportunité du moment que les femmes doivent saisir : c’est maintenant qu’elles doivent agir pour mettre fin à l’injustice dont elles sont victimes. ▪ L’auteure montre qu’elle s’inscrit clairement dans l’héritage des Lumières : elle fait l’éloge de la Révolution en mettant en scène le combat victorieux du « puissant empire de la nature » puis du « flambeau de la vérité », deux périphrases symbolisant la Révolution et la raison, contre l'obscurantisme de l'Ancien Régime, repris par l’énumération de termes dépréciatifs « préjugés », « fanatisme », « superstition » et « mensonges », puis par deux attributs « la sottise » et « l'usurpation ». Cette accumulation souligne la violence de sa critique contre les dogmes qui entretenaient les hommes dans l’ignorance et la servitude. (et implicitement maintenant les femmes...) - Mais ODG constate que seul l’homme a profité des progrès de la Révolution. Le parallélisme de construction et l’antithèse « devenu libre/devenu injuste envers sa compagne » témoignent de l’égoïsme des hommes qui refusent leur émancipation alors que cette Révolution qui les a rendus libres n’aurait pu aboutir sans l’aide des femmes qui ont combattu à leurs côtés : « L’homme esclave a multiplié ses forces, a eu besoin de recourir aux tiennes pour briser ses fers ». Par cette contradiction, elle met en lumière l’hypocrisie du discours révolutionnaire. Ainsi, ce début de texte constitue un véritable appel au réveil intellectuel et politique des femmes. |
2ème Mouvement Ô femmes ! femmes, quand cesserez-vous d’être aveugles ? Quels sont les avantages que vous avez recueillis dans la Révolution ? Un mépris plus marqué, un dédain plus signalé. Dans les siècles de corruption vous n’avez régné que sur la faiblesse des hommes. Votre empire est détruit ; que vous reste-t-il donc ? La conviction des injustices de l’homme. La réclamation de votre patrimoine fondée sur les sages décrets de la nature. Qu’auriez-vous à redouter pour une si belle entreprise ? Le bon mot du législateur des Noces de Cana ? Craignez-vous que nos législateurs français, correcteurs de cette morale, longtemps accrochée aux branches de la politique, mais qui n’est plus de saison, ne vous répètent : « Femmes, qu’y a-t-il de commun entre vous et nous ? – Tout » auriez-vous à répondre. |
Dans un 2nd temps, ODG entreprend une dénonciation plus directe des injustices que continuent à subir les femmes et ainsi de l’échec de la Révolution, l’amenant à une affirmation forte et sans appel de l’égalité. ▪ ODG interpelle à nouveau les femmes avec « Ô femmes ! femmes, ... » sur un ton à la fois lyrique et tragique. - La tournure exclamative, la répétition de « femmes », qui suspend le rythme pour mieux le relancer, et l’interjection lyrique « Ô », traduisent son émotion forte, proche de l’indignation, mais également sa volonté d’émouvoir ses lectrices. - L’emploi du pluriel dans la nouvelle apostrophe « femmes », répété, donne une dimension plus concrète à l’interpellation. - ODG met en scène un dialogue fictif avec les femmes : sous la forme de questions rhétoriques en accumulation et de réponses immédiates, courtes et souvent averbales, renforçant la force de son message : elle met les femmes devant le constat d’échec de la Révolution pour elles. ▪ Elle poursuit ainsi avec 2 premières questions rhétoriques : n’attentent pas de réponse réelle --> servent à provoquer une prise de conscience douloureuse mais nécessaire : trop naïves et passives les femmes n'ont pas su tirer avantage de la Révolution. - La 1ère, « femmes, quand cesserez-vous d’être aveugles ? » est assez brutale, provocatrice, voire accusatrice envers ses pairs. La métaphore initiale du sommeil a été remplacée par celle de l’aveuglement à une condition injuste, une notion centrale du combat des Lumières : les femmes sont encore plongées dans l’obscurité des préjugés et ODG les exhorte à en sortir. - Elle enchaîne avec la 2nde, celle-ci très concrète : « Quels sont les avantages que vous avez recueillis dans la Révolution? » La réponse est immédiatement donnée : « Un mépris plus marqué, un dédain plus signalé ». Le constat est amer : la Révolution n’a pas fait évoluer la condition féminine. Au contraire, le parallélisme de construction avec les termes péjoratifs « mépris » et « dédain » et les intensifs « plus » souligne l’aggravation de leur condition. Paradoxalement, les femmes ont gagné en mépris avec la Révolution, car elles ont lutté pour que les hommes aient plus de droits sur elles. ▪ Dans lignes suivantes, ODG précise sa critique avec ton polémique et accusateur qui s’intensifie --> prépare terrain de l’inéluctabilité de la lutte. - Elle critique l’illusion de pouvoir des femmes sous l’AR : aliénées en société, elles n’ont pu jouer un rôle que par la manipulation et la séduction, comme le souligne la négation restrictive : « vous n’avez régné que sur la faiblesse des hommes ». Un pouvoir dans l’ombre et fragile, fondé sur les faiblesses masculines et la corruption de l’AR, et non sur la reconnaissance de droits. - L’affirmation suivie de la question rhétorique « Votre empire est détruit ; que vous reste-t-il donc ? », au présent de l’indicatif, marquent une rupture nette et sonnent comme une vérité brutale. La Révolution, en abolissant les privilèges, a détruit leur unique source de pouvoir : les femmes ont ainsi été renvoyées à la réalité de la bassesse de leur condition. - L’auteure affirme que les femmes n’ont finalement acquis qu’une seule chose avec la Révolution : « la conviction des injustices de l’homme ». Elle dénonce ainsi ouvertement la responsabilité des hommes dans l’injustice de la condition actuelle des femmes. La concision et la forme non verbale de son assertion renforce le caractère percutant de son accusation. ▪ ODG transforme ce constat en une invitation à la lutte, légitimée par les valeurs portées par la Révolution elle-même. Les femmes devront obtenir leurs droits par elles-mêmes, revendiquer et se battre pour obtenir ce qui leur revient. Elle enjoint les femmes à réclamer leur « patrimoine » tiré des « sages décrets de la nature ». L’auteure fonde ses revendications sur un argument d’autorité utilisé par les Lumières : l’égalité en droits est donnée par la nature, mais a été corrompue par la société, et doit ainsi être rétablie par la loi. - L’auteure cherche ensuite à rassurer les femmes quant au bien-fondé de ce combat avec la question rhétorique « Qu’auriez-vous à redouter ? » et l'expression méliorative « une si belle entreprise », et assez hyperbolique avec l'adverbe intensif « si ». Elle tourne alors en dérision l’autorité masculine avec la référence au « législateur des Noces de Cana », ce qui constitue une critique ironique à la limite de l’insolence, des fondements religieux et moraux de la domination masculine tirés d’une interprétation d’une parole attribuée au Christ, alors même que les révolutionnaires sont profondemment anti-cléricaux. - Ainsi, à la question « Femmes, qu’y a-t-il de commun entre vous et nous ? », ODG répond « Tout ». La brièveté de la réponse créé un effet de rupture particulièrement marqué, lui donnant une force exceptionnelle. En un seul mot, elle affirme l’égalité totale entre les hommes et les femmes, et c’est bien à ce programme que s’est employée la déclaration qui précède ce postambule. Ainsi, ce second mouvement conduit de la dénonciation des injustices à une affirmation claire et radicale de l’égalité. |
3ème Mouvement S’ils s’obstinaient dans leur faiblesse, à mettre cette inconséquence en contradiction avec leurs principes, opposez courageusement la force de la raison aux vaines prétentions de supériorité ; réunissez-vous sous les étendards de la philosophie ; déployez toute l’énergie de votre caractère, et vous verrez bientôt ces orgueilleux – non serviles adorateurs, rampants à vos pieds – mais fiers de partager avec vous les trésors de l’Être Suprême. Quelles que soient les barrières que l’on vous oppose, il est en votre pouvoir de les affranchir ; vous n’avez qu’à le vouloir. |
L’épilogue projette alors les femmes vers l’avenir en mettant en scène leur confrontation avec les hommes. Le postambule se transforme ainsi en un véritable appel à l’action collective. ▪ ODG prolonge son dialogue fictif avec ses semblables en faisant l’hypothèse d’une opposition des hommes à travers la proposition subordonnée circonstancielle hypothétique « S’ils s’obstinaient, dans leur faiblesse ». Elle anticipe la résistance masculine au mouvement d’émancipation des femmes, rendant ainsi son appel à la mobilisation encore plus réaliste. - C’est ainsi par une mise en garde contre les obstacles formés par l’hostilité des hommes auxquelles elles seront confrontées que l’auteure engage ses pairs dans l’action. ODG est consciente du barrage idéologique qu’elles s'apprêtent à affronter pour obtenir leurs droits légitimes. ▪ L’auteure condamne avec virulence ce refus de l’émancipation des femmes. Elle use d’une ironie critique, proche de l’antiphrase, pour verbaliser leur resistance. Par un renversement des valeurs cinglant, elle associe l’oppression masculine à une faiblesse, faite d’obstination, d’aveuglement et de crainte. - Elle discrédite ainsi leur volonté de domination, dont elle souligne la « contradiction avec leurs principes », c’est-à-dire ceux de la Révolution. L’antithèse « force de la raison » / « vaines prétentions » assimile l’opposition entre les hommes et les femmes au conflit de la tyrannie contre la raison. Les femmes seraient donc les véritables tenantes de l’égalitarisme révolutionnaire et de la raison. Les héritière légitimes du combat des Lumière perverti par les hommes. ▪ ODG s’emploie alors à guider avec vigueur les femmes sur le chemin du combat en adoptant un ton résolument exhortatif, oratoire et combatif, comme en témoignent les impératifs qui donnent au texte la forme d’un appel solennel, presque d’un discours pour lever une armée (« opposez », « réunissez-vous », « déployez ») + l’emploi d’un lexique guerrier, voire même martial, chargé de mobiliser, d’exhorter les troupes et de créer une atmosphère guerrière et engagée (« courageusement », « force de la raison », « étendards ») + la référence à la « philosophie » : inscrit ce combat dans celui des Lumières, renforçant sa portée argumentative. --> ces différents procédés transforme le texte en un puissant appel à la mobilisation. - Le rythme ternaire donné par l’accumulation de verbes d’action à l’impératif et au pluriel créé un effet d’amplification imitant le mouvement des femmes en marche : renforce le caractère vibrant de son discours et souligne sa volonté de donner du courage à ses pairs. - Elle insiste en affirmant le caractère inexorable d’une issue heureuse, comme le montre le futur de l’indicatif, à valeur de certitude « vous verrez », renforcé par l’adverbe « bientôt ». ODG s’en porte garante, si les femmes s’unissent, la victoire ne fait aucun doute et elle est proche. ▪ La dernière phrase de cet extrait « vous n’avez qu’à le vouloir » fait de la volonté des femmes la source et le moteur de l’émancipation. L’antithèse « pouvoir » / « vouloir », la tournure impersonnelle « il est en votre pouvoir » et la négation restrictive « ne…que » dans « vous n’avez qu’à le vouloir », souligne que les femmes ont le pouvoir d’obtenir l’égalité entre les sexes, mais qu’il n’appartient qu’à elles de le décider. Ce qui n’est pas sans rappeler la formule célèbre de La Boétie dans son Discours de la servitude volontaire : « Soyez résolus de ne servir plus, et vous voilà libres ». Leur destin est entre leurs mains. Ce passage du postambule transforme donc le texte de la DDFC en un véritable manifeste politique et féministe. |
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