Marot, Epigrammes, I, XXIV : « À Anne »
Commentaire de texte : Marot, Epigrammes, I, XXIV : « À Anne ». Recherche parmi 303 000+ dissertationsPar amfa • 13 Janvier 2026 • Commentaire de texte • 890 Mots (4 Pages) • 4 Vues
Correction de commentaire – Marot, Epigrammes, I, XXIV : « À Anne »
Idée principale :
Le poète explique que, devant la blancheur d’Anne, comparable à la neige, son cœur brûle d’un feu si intense qu’il est capable de la faire fondre. Il conclut en jouant sur l’idée paradoxale qu’en la voyant, il meurt de froid… parce qu’il brûle d’amour.
Introduction :
Clément Marot, poète de cour majeur du XVIᵉ siècle, excelle dans l’art de l’épigramme : une forme brève, vive, fondée sur l’esprit et la pointe finale. Dans l’épigramme I, 24, dédiée à une jeune femme nommée Anne, il met en scène son propre amour à travers la métaphore traditionnelle du feu et de la neige.
Mais au-delà du simple compliment galant, Marot construit son poème comme une stratégie de séduction en trois mouvements : il se rend vulnérable, exalte la beauté d’Anne, puis la charme par son ingéniosité poétique.
I. Faire preuve d’humilité et de vulnérabilité : désarmer Anne en se montrant vulnérable
Dès les premiers vers, Marot adopte un ton humble, presque plaintif.
Il insiste sur sa souffrance d’amant, victime du feu intérieur qui le consume. L’image du « feu » amoureux, traditionnellement signe d’ardeur et de passion, prend chez lui une dimension douloureuse : l’amour n’est pas seulement enthousiasme, mais brûlure.
Champ lexical de la brûlure :
Les verbes “embrasé”, “ardre” et l’image du “feu” ne sont pas de simples clichés. Ils traduisent une expérience physique et violente ("soudainement"), comme si le poète était pris au dépourvu par ses propres sentiments. Cette intensité suggère une vérité vécue, bien au-delà d’un simple exercice de style.
Dans cette souffrance, le poète se montre faible, dominé par un sentiment qui le dépasse. Il se place en position d’infériorité par rapport à Anne (fin’ amor), qui exerce sur lui un pouvoir irrésistible (parallèle possible avec T de Champagne).
Cette vulnérabilité assumée sert plusieurs effets :
- Elle renforce la sincérité du propos : il ne se présente pas en conquérant, mais en victime de sa passion ("où trouverai-je place / Pour n’ardre point ?"). Cette posture peut attendrir et encourager Anne à répondre à son appel.
- Elle prépare le terrain à la flatterie, car un amant souffrant attire d’autant plus la compassion et l’attention.
Marot utilise donc sa douleur comme une porte d’entrée émotionnelle, une façon de toucher Anne en exposant la fragilité de son cœur.
II. Utiliser la flatterie et l’appel à la réciprocité : l’éloge hyperbolique de la beauté d’Anne
Le poète construit ensuite un portrait idéalisé de la jeune femme, fondé sur la métaphore de la neige : sa blancheur évoque la pureté, la fraîcheur, la perfection lumineuse.
Anne est si belle que sa blancheur rivalise avec un élément naturel emblématique ; sa froideur apparente n’éteint même pas l’amour du poète, ce qui augmente encore son pouvoir. Cette image nourrit une véritable hyperbole : elle devient une figure quasi allégorique, incarnation de la pureté.
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