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Lettres persanes - Lettre 161

Commentaire de texte : Lettres persanes - Lettre 161. Recherche parmi 304 000+ dissertations

Par   •  14 Avril 2026  •  Commentaire de texte  •  1 488 Mots (6 Pages)  •  7 Vues

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Lettres persanes — Lettre 161

Analyse Linéaire

Montesquieu (1721)

Introduction

Les Lettres persanes de Montesquieu est un roman épistolaire (composé de lettres) qui met en scène deux Persans, Usbek et Rica, lors de leur voyage en Europe au début du XVIIIe siècle. Le regard éloigné et faussement naïf que les deux Persans portent sur l'Europe permet à Montesquieu de faire la critique des institutions et des mœurs européennes.

Parallèlement, une autre intrigue se noue à Ispahan, dans le sérail d'Usbek. Les femmes du harem, dont la favorite d'Usbek, Roxane, se révoltent contre la tyrannie de leur maître. Cette intrigue orientale permet d'approfondir la réflexion sur la liberté menée par Montesquieu dans l'ensemble du roman.

La dernière lettre du roman, la lettre 161, est écrite par Roxane au sultan Usbek. Cette lettre constitue l'excipit des Lettres persanes. C'est un moment stratégique pour Montesquieu qui va affirmer l'idée maîtresse de son ouvrage : créer un nouveau langage au service de la liberté, notamment des femmes.

Problématique : Comment Montesquieu se fait-il l'avocat de la condition féminine dans cette lettre 161 des Lettres persanes ?

Texte — Roxane à Usbek (À Paris)

Oui, je t'ai trompé ; j'ai séduit tes eunuques ; je me suis jouée de ta jalousie ; et j'ai su de ton affreux sérail faire un lieu de délices et de plaisirs.

Je vais mourir ; le poison va couler dans mes veines : car que ferais-je ici, puisque le seul homme qui me retenait à la vie n'est plus ? Je meurs ; mais mon ombre s'envole bien accompagnée : je viens d'envoyer devant moi ces gardiens sacrilèges, qui ont répandu le plus beau sang du monde.

Comment as-tu pensé que je fusse assez crédule, pour m'imaginer que je ne fusse dans le monde que pour adorer tes caprices ? que, pendant que tu te permets tout, tu eusses le droit d'affliger tous mes désirs ? Non : j'ai pu vivre dans la servitude ; mais j'ai toujours été libre : j'ai réformé tes lois sur celles de la nature ; et mon esprit s'est toujours tenu dans l'indépendance.

Tu devrais me rendre grâces encore du sacrifice que je t'ai fait ; de ce que je me suis abaissée jusqu'à te paraître fidèle ; de ce que j'ai lâchement gardé dans mon cœur ce que j'aurais dû faire paraître à toute la terre ; enfin de ce que j'ai profané la vertu en souffrant qu'on appelât de ce nom ma soumission à tes fantaisies.

Tu étais étonné de ne point trouver en moi les transports de l'amour : si tu m'avais bien connue, tu y aurais trouvé toute la violence de la haine.

Mais tu as eu longtemps l'avantage de croire qu'un cœur comme le mien t'était soumis. Nous étions tous deux heureux ; tu me croyais trompée, et je te trompais.

Ce langage, sans doute, te paraît nouveau. Serait-il possible qu'après t'avoir accablé de douleurs, je te forçasse encore d'admirer mon courage ? Mais c'en est fait, le poison me consume, ma force m'abandonne ; la plume me tombe des mains ; je sens affaiblir jusqu'à ma haine ; je me meurs.

Du sérail d'Ispahan, le 8 de la lune de Rebiab 1, 1720.

Annonce du plan linéaire

Nous étudierons deux mouvements dans ce texte. Dans un premier temps, nous verrons que Roxane apparaît comme une héroïne tragique (I), puis, qu'à travers elle, Montesquieu se fait l'avocat de la condition féminine (II).

I. La condition tragique des femmes

Du début de la lettre 161 à « le droit d'affliger tous mes désirs ? »

A. Roxane, une héroïne tragique

Roxane ouvre sa lettre sur un aveu : « Oui, je t'ai trompé ». L'adverbe « Oui » donne l'impression que Roxane répond à une question préalablement posée, ce qui suscite immédiatement l'attention du lecteur et donne l'impression d'une tirade de tragédie.

Les deux premières propositions forment un alexandrin, rythme qui plonge le lecteur dans l'univers de la tragédie classique :

« Oui, je t'ai trompé ; j'ai séduit tes eunuques »

Roxane se pose comme une héroïne tragique : l'allitération en [j] (« Je me suis jouée de ta jalousie ») montre l'omniprésence de la première personne du singulier. Le champ lexical du plaisir situe l'intrigue tragique dans le domaine amoureux : « trompé », « séduit », « délices », « plaisirs ».

B. Un monologue tragique

Très rapidement, la lettre de Roxane devient pathétique avec la phrase courte et minimale :

« Je vais mourir. »

L'utilisation du futur proche (« vais mourir », « va couler ») suggère l'accomplissement d'un destin inéluctable. Le lecteur assiste à l'accomplissement du destin tragique de Roxane par le jeu sur les temps verbaux : futur proche (« vais mourir »), puis présent de l'indicatif (« Je meurs »), puis passé proche (« Je viens d'envoyer »).

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