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Lecture Analytique Annie Ernaux La Femme Gelée

Mémoire : Lecture Analytique Annie Ernaux La Femme Gelée. Recherche parmi 257 000+ dissertations

Par   •  4 Mars 2015  •  2 365 Mots (10 Pages)  •  4 627 Vues

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INTRODUCTION

«On ne naît pas femme, on le devient.» est une phrase de Simone de Beauvoir. Philosophe et écrivaine, elle n’a cessé de combattre et de défendre la cause féminine. Ce combat pour l’égalité entre les hommes et les femmes est présentement remis en cause et l’égalité entre les deux sexes est restée souvent théorique. Annie Ernaux, née en 1940 à Lillebonne, témoignent de son quotidien au travers un roman autobiographique La Femme gelée publié en 1981 et montre donc les limites de l’émancipation féminine dans les années 60. Elle raconte l’histoire d’une jeune fille qui s’est mariée à un étudiant, tous deux pleins de théories idéales sur l’égalité des sexes mais vite saisis par la société. Cette jeune fille se trouve ainsi, seule à accomplir les tâches domestiques.

Dans l’extrait soumis à notre analyse, nous montrerons comment la narratrice rend compte des difficultés de la lutte féminine pour l’égalité au XX° siècle. Nous verrons d’abord que le texte nous montre une égalité théorique, vite remplacée par un modèle dicté par la société avant de parler enfin de « la femme gelée ».

I/ UNE ÉGALITÉ THÉORIQUE

1) Une image idéalisée

Les premières lignes de cet extrait nous donnent une image d’un jeune couple uni. Annie Ernaux utilise ici le présent de narration pour essayer de restituer un moment du récit. Dès le premier paragraphe, les pronoms personnels « nous », répétés à trois reprises et « on » sont des éléments qui marquent l’unité. « Unis, pareils » montre cette unité entre ces deux jeunes qui reflètent « une image attendrissante du jeune couple moderno- intellectuel ». « On travaille ensemble », « sérieux et fragiles », c’est l’image que nous donne Annie Ernaux du couple.

2) Le discours égalitaire

« Il m’encourage, il souhaite que je réussisse au concours de prof » est le désir du mari pour sa femme, qu’elle devienne ce qu’elle souhaitait. On ressent une égalité entre les deux : chacun se forme pour se réaliser « discours d’égalité ». Cependant, on voit une certaine ironie : « que je me "réalise" comme lui » suppose alors une supériorité du mari, il l’« encourage », il n’y a alors plus de « discours d’égalité ». Cela suppose alors que lui a réussi mais pas elle. Même si « intellectuellement, il est pour ma liberté » et qu’« il a horreur des femmes popotes », le partage des corvées entre eux n’est pas respecté. On peut remarquer une antithèse entre « il établit de plans d’organisation pour les courses, l’aspirateur », ses plans et ses actes, ses paroles « j’ai oublié d’essuyer la vaisselle ».

3) Les premières fêlures

Le premier portrait du couple donné est extrêmement positif. On les représente tous les deux assis, en train de travailler ensemble. Il y a une impression d’harmonie familiale « la cocotte-minutes chantonne sur le gaz ». Ce premier tableau donnant l’image d’un couple idéalisé, au chaud est très vite rompu par « la sonnerie stridente » du compte-minutes. Le « compte-minutes », symbole du temps, détruit l’image du jeune couple. Couple qui deviendra opposé, avec, au final, une femme gelée. L’allitération en « s » de «sonnerie stridente » casse la chanson de la cocotte-minutes. « Si utile vous verrez » citation de la personne qui l’a offerte symbolise le problème de la cuisine qui va diviser le couple. Les pronoms « nous » et « on » deviennent alors « je » et « moi ». « Moi », phrase nominale, contraste avec la phrase précédente : longue phrase avec une accumulation d’événements. L’allitération en « p » représente le rythme répétitif qui marque le quotidien. Quotidien qui finit par avoir une grande importance, et finit alors par casser ce qu’il y a autour. Les verbes d’action « arrête la flamme », « attend », « ouvre », « passe », « revient » montre le temps que la cuisine prend ; c’est elle qui agit « Moi ». La « flamme » qu’elle « arrête » peut aussi sous-entendre une métaphore : « la flamme de sa passion » mais qui est « arrêtée », qui est éteinte, tuée.

II/ UN MODÈLE DICTÉ PAR LA SOCIÉTÉ

1) Les modèles parentaux et sociaux

L’attitude des deux jeunes est due à leurs parents. Alors que les parents d’Annie étaient épiciers, son père « pelait des patates », portait « un tablier ». Contrairement aux parents de son mari ; son père « et si disert, cultivé », et sa mère « s’occupe de tout dans la maison ». Nés de parents totalement opposés, alors qu’elle est un peu plus modeste, lui est de grande noblesse, leurs habitudes n’étant pas les mêmes, cela crée une collision entre eux. Le mari se comporte comme son père, il est disert ; il a le discours, les paroles mais non les gestes. L’origine sociale crée une opposition entre le jeune couple.

2) L’attitude du mari

Partant de base comme son père, refusant un tablier, le mari cherche des excuses « ma pitchoune j’ai oublié la vaisselle… ». « ma pitchoune », surnom qu’il donne à sa femme permet d’adoucir la situation et de se faire pardonner plus facilement. Pour autant, il la laisse « se plonger dans un livre de cuisine », « seule ». Les seules paroles du mari sont rapportées au discours direct. Il l’encourage « je préfère manger à la maison plutôt qu’au restau U » mais son compliment est complètement faux puisque Annie fait «des petits pois cramés », « une quiche trop salée ». C’est du chantage affectif. On peut relever une antithèse avec le repas, ce qui sous-entend que c’est meilleur. Et la comparaison entre la maison et le restau U relève de la moquerie de sa part. « Bien meilleur » souligne cette nuance avec la réalité. Il essaie de lui faire plaisir, donc il sous-entend qu’elle continuera à cuisiner sans aide de sa part. Alors que c’est elle qui fait la cuisine, il permet de juger le père d’Annie « le genre de ton père, pas le mien ! ». L’humiliation donnée à lire dans « mon modèle à moi n’est pas le bon, il me le fait sentir » lui fait sentir l’opposition de leurs parents. Le vocabulaire familier utilisé dans ce paragraphe permet de dénoncer le comportement hypocrite du mari et met ainsi en évidence le côté choquant et la violence des réactions venant de lui. Sa supériorité passe par le fait que sa place n’est pas dans la cuisine. De ce fait, Annie s’absorbe dans le « livre de cuisine ». Ce qui met en opposition le fait qu’ils sont tous les deux des intellectuels

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