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Extrait du conte philosophique Entretien D'un père Avec Ses Enfants de Diderot

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Par   •  6 Mai 2013  •  2 016 Mots (9 Pages)  •  782 Vues

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Le docteur Bissei : — Une mauvaise action ! Et la raison, s’il vous plaît ?

Moi : — C’est qu’il y a tant de méchants dans ce monde, qu’il n’y faut pas retenir ceux à qui il prend envie d’en sortir.

Le docteur Bissei : — Mon affaire est de le guérir, et non de le juger ; je le guérirai, parce que c’est mon métier ; ensuite le magistrat le fera pendre, parce que c’est le sien.

Moi : — Docteur, mais il y a une fonction commune à tout bon citoyen, à vous, à moi, c’est de travailler de toute notre force à l’avantage de la république ; et il me semble que ce n’en est pas un pour elle que le salut d’un malfaiteur, dont incessamment les lois la délivreront.

Le docteur Bissei : — Et à qui appartient-il de le déclarer malfaiteur ? Est-ce à moi ?

Moi : — Non, c’est à ses actions.

Le docteur Bissei : — Et à qui appartient-il de connaître de ses actions ? Est-ce à moi ?

Moi : — Non ; mais permettez, docteur, que je change un peu la thèse, en supposant un malade dont les crimes soient de notoriété publique. On vous appelle ; vous accourez, vous ouvrez les rideaux, et vous reconnaissez Cartouche ou Nivet. Guérirez-vous Cartouche ou Nivet ?...

Le docteur Bissei, après un moment d’incertitude, répondit ferme qu’il le guérirait ; qu’il oublierait le nom du malade, pour ne s’occuper que du caractère de la maladie ; que c’était la seule chose dont il lui fût permis de connaître ; que s’il faisait un pas au-delà, bientôt il ne saurait plus où s’arrêter ; que ce serait abandonner la vie des hommes à la merci de l’ignorance, des passions, du préjugé, si l’ordonnance devait être précédée de l’examen de la vie et des mœurs du malade. « Ce que vous me dites de Nivet, un janséniste me le dira d’un moliniste, un catholique d’un protestant. Si vous m’écartez du lit de Cartouche, un fanatique m’écartera du lit d’un athée. C’est bien assez que d’avoir à doser le remède, sans avoir encore à doser la méchanceté qui permettrait ou non de l’administrer...

Mais, docteur, lui répondis-je, si après votre belle cure, le premier essai que le scélérat fera de sa convalescence, c’est d’assassiner votre ami, que direz-vous ? Mettez la main sur la conscience ; ne vous repentirez-vous point de l’avoir guéri ? Ne vous écrierez-vous point avec amertume : Pourquoi l’ai-je secouru ! Que ne le laissai-je mourir ! N’y a-t-il pas là de quoi empoisonner le reste de votre vie ?

Le docteur Bissei : —Assurément, je serai consumé de douleur ; mais je n’aurai point de remords.

Moi : — Et quels remords pourriez-vous avoir, je ne dis point d’avoir tué, car il ne s’agit pas de cela ; mais d’avoir laissé périr un chien enragé ? Docteur, écoutez-moi. Je suis plus intrépide que vous ; je ne me laisse point brider par de vains raisonnements. Je suis médecin. Je regarde mon malade ; en le regardant, je reconnais un scélérat, et voici le discours que je lui tiens : « Malheureux, dépêche-toi de mourir ; c’est tout ce qui peut t’arriver de mieux pour les autres et pour toi. Je sais bien ce qu’il y aurait à faire pour dissiper ce point de côté qui t’oppresse, mais je n’ai garde de l’ordonner ; je ne hais pas assez mes concitoyens, pour te renvoyer de nouveau au milieu d’eux, et me préparer à moi-même une douleur éternelle par les nouveaux forfaits que tu commettrais. Je ne serai point ton complice. On punirait celui qui te recèle dans sa maison, et je croirais innocent celui qui t’aurait sauvé ! Cela ne se peut. Si j’ai un regret, c’est qu’en te livrant à. la mort je t’arrache au dernier supplice. Je ne m’occuperai point de rendre à la vie celui dont il m’est enjoint par l’équité naturelle, le bien de la société, le salut de mes semblables, d’être le dénonciateur. Meurs, et qu’il ne soit pas dit que par mon art et mes soins il existe un monstre de plus. »

c'est un dialogue délibératif : les deux personnages exposent leurs arguments, après c'est au lecteur de décider.

Toujours selon mes vagues souvenirs, l'étude du texte portait surtout sur 2 axes, l'un concernant le "Moi" du narrateur disant qu'il ne faut pas soigner les criminels, et l'autre sur le docteur qui veut soigner tout le monde;

I - Un dialogue

a) Le mélange du théatre et du roman

b) le dynamisme recherché par Diderot pour exercé son esprit critique

II - Un texte polémique

a) des personnages affirmant fortement leur avis (persuasion avec les questions oratoires,la ponctuation,le vocabulaire péjoratif oppposé à la concision du medecin qui cherche à convaincre)

b) la prise a parti de l'auteur (en discriditant son narrateur beaucoup trop orgueilleux)

http://membres.lycos.fr/fcollard/diderot_1.html

Voire la correction en bas !

Je recopie le texte au cas où :

Propositions de correction.

Questions

1) Les thèses du narrateur, désigné par le pronom « moi » dans le dialogue, et du Docteur Bissei s’opposent tout en étant l’une et l’autre défendables.

(l'étude de l'argumentation n'est pas explicitement demandée, mais elle permet de mieux comprendre les deux thèses en présence).

Selon le narrateur, un médecin ne doit pas porter secours à un malfaiteur, dans l’intérêt de la société.

Ses arguments :

Si le hasard (maladie ou accident) permet à la société de se débarrasser d’un individu malfaisant, c’est un devoir civique de ne pas contrarier ce hasard : « il y a tant de méchants dans le monde qu’il ne faut pas contrarier ceux à qui il prend envie d’en sortir ». On remarque que le narrateur, qui n’est probablement pas croyant, ne fait allusion qu’au hasard, et non à la Providence divine qui punirait les méchants. Le devoir civique apparaît dans le passage « il y a une fonction

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