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Commentaire composé sur le poème Venus Anadyomene d'Arthur Rimbaud (1870)

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Par   •  13 Octobre 2011  •  1 828 Mots (8 Pages)  •  2 305 Vues

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Commentaire composé de Venus Anadyomene, Arthur Rimbaud (1870)

Le sonnet « Vénus Anadyomène », écrit par Rimbaud en 1870, peut être considéré comme un exercice de parodie. La parodie consiste dans l’imitation satirique d’un texte ou d’une image, qui les détourne de leurs intentions initiales afin de produire un effet comique.  Tel est bien le principe suivi par Rimbaud dans ce poème. Comme l’indique le titre, il prend pour thème le mythe antique de la naissance d’Aphrodite (Vénus Anadyomène signifie « Vénus née des flots »), récit universellement connu par ses expressions littéraires et picturales. Mais, en opposition avec ce modèle traditionnel, il se donne pour objectif de produire une image dégradante du corps féminin. Nous montrerons comment Rimbaud arrive à ses fins en étudiant successivement les aspects dépréciatifs de la description et les effets parodiques tirés de son organisation.

Sans que ce soit jamais clairement dit, de nombreux aspects de la description évoquent la vieillesse. La « vieille baignoire » (v.3) où se lave ce qui semble être une prostituée entre-aperçue par le narrateur est comparée à  un « cercueil vert en fer blanc » (v.1). Le participe « ravaudés » (v.4) évoque des travaux de maquillage médiocrement réalisés (« assez mal ravaudés »). Le verbe « ravauder » désigne normalement le raccommodage de vêtements usés : les « déficits », c’est à dire ici les imperfections physiques, doivent donc semble-t-il être imputés à l’usure des ans plus qu’à une disgrâce naturelle. L’expression « fortement pommadés » (v.2) appliquée aux cheveux de la baigneuse est à rapprocher du détail précédent : elle suggère les soins de beauté maladroits et incapables de dissimuler les dégradations physiques de l’âge. On constate donc ici une première inversion de la représentation mythique : à l’image traditionnelle de Vénus qui est celle de la jeunesse A.R. oppose le portrait d’une vieille femme au corps décrépit.

Les indications de la lourdeur de ce corps féminin sont nombreuses : « col gras et gris » (à noter la façon dont l’allitération en /gr/ renforce l’idée de grosseur) ; « rondeurs des reins » (avec cette fois une allitération en /r/ produisant le même effet) ; les vers 8 et 9 évoquent avec une précision clinique l’effet disgracieux de la cellulite : « la graisse sous la peau paraît en feuilles plates », « l’échine est un peu rouge ». L’adjectif « large » apparaît à deux reprises : « larges omoplates » (v.5), « large croupe » (v.13) et entre en résonance avec l’adjectif « court » : « le dos court » (v.6) pour dessiner un corps aux formes ramassées, inélégantes. A la Vénus traditionnelle qui incarne la beauté et la grâce naturelle du corps féminin, Rimbaud oppose le spectacle de la laideur.

Le dégoût ressenti par le poète face à ce corps s’exprime de multiples façons. Le vocabulaire des sens est mobilisé pour décrire cette répulsion : on notera l’expression curieusement synesthésique (superposition de l’olfactif et du gustatif) pour évoquer l’odeur désagréable de ce corps : « le tout sent un goût horrible » (v.9-10).  Sur le plan de la vue, le texte note « des singularités qu’il faut voir à la loupe » (v.11). Il suggère par là des laideurs de détail qui méritent que l’on s’approche pour les observer, tant elles sont « singulières », c’est à dire rares, originales. Cette considération flatteuse est bien évidemment l’expression ironique, par antiphrase, du dégoût ressenti par le spectateur devant les difformités qu’il observe. Deux formules hyperboliques de construction semblable (adj + adv en « ment ») : « horrible étrangement » (v.10), « belle hideusement » (v.14) sont destinées à présenter la baigneuse comme un modèle superlatif de laideur. « Horrible » et « hideux » sont des superlatifs de « laid ». La seconde de ces expressions, par son caractère d’oxymore, suggère en outre que la laideur, portée à un tel degré d’absolu, confine à la beauté. L’adverbe « étrangement » indique lui aussi une laideur (une « horreur ») sortant de l’ordinaire, quasi surnaturelle. Le lexique de l’animalité « croupe » (v.13), « échine » (v.9), ajoute le mépris au dégoût. Il en est de même des adjectifs « lente et bête » (v.3), qui associent à la laideur une idée de déficience intellectuelle. Quant à la chute du poème, elle insiste sur l’impudicité de cette nudité par l’utilisation du verbe « tendre ». Il semble que le corps exhibe son infirmité, son « ulcère » (v.14), la tende vers le spectateur-voyeur qui la contemple. La désignation crue de la partie du corps concernée et les associations qu’elle autorise (prostitution, sodomie) ajoute à cette impudicité. Ces impressions d’impudicité et de dégoût ressenties devant la nudité nous amènent au delà de la simple idée de laideur. Elles s’opposent frontalement à l’image traditionnelle de Vénus Anadyomène dont les représentations soulignent l’innocente candeur. Qu’on se rappelle seulement le chaste geste de la Vénus de Botticelli couvrant son pubis de sa chevelure, une main sur sa poitrine, tandis qu’une des Heures (déesses incarnant les saisons dans la mythologie antique) approche d’elle un vêtement destiné à masquer sa nudité.

Mais la volonté parodique ne se décèle pas seulement dans les choix lexicaux. On la trouve à l’œuvre tout autant dans la composition et la versification du poème, utilisées par Rimbaud pour imiter de façon burlesque le mouvement de la déesse sortant de l’eau.

Le poème de Rimbaud est un sonnet légèrement irrégulier. On reconnaît le sonnet à sa composition classique : deux quatrains suivis de deux tercets. Il est composé en alexandrins, selon la tradition. Mais Rimbaud ne suit pas la règle voulant que les rimes soient embrassées dans les quatrains (ce n’est le cas ici que dans le second : omoplates / ressort / essor / plates) et que le système

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