Commentaire sur Francis Jammes "L'élégie III"
Commentaire de texte : Commentaire sur Francis Jammes "L'élégie III". Recherche parmi 304 000+ dissertationsPar barrytheolive • 27 Avril 2026 • Commentaire de texte • 2 350 Mots (10 Pages) • 4 Vues
Le lyrisme est une tonalité littéraire, souvent utilisée en poésie pour ses avantages en termes d'expression intimes, que ce soit l’amour ou la rupture, les retrouvailles ou le deuil. Francis Jammes, poète du XXeme siècle, utilise cette tonalité et est inspiré de Baudelaire, une influence lyrique. Il écrit et publie en 1901 Le Deuil des Primevères. Le recueil ouvre sur 17 Elégies, qui parlent surtout de la perte d’un amour, notamment dans “l'élégie troisième”. Comment Francis Jammes parvient-il à exprimer ses émotions en les sublimant, en s'appuyant sur le lyrisme? Le poète exprime ses sentiments, sa réaction après une rupture amoureuse. Il ressent de la mélancolie mais aussi de la confusion et enfin parvient à se mettre sur le chemin du rétablissement. Pour y parvenir, il manie le lyrisme à travers l’expression de ses émotions intimes, la nature et la musicalité poétique.
Francis Jammes écrit “L’élégie III” en évoquant une rupture amoureuse qui ne le laisse pas sans séquelles. Il en porte les marques émotionnelles.
Le poète parle de ses sentiments, d’une vague de tristesse qui tombe sur lui. C’est en effet une élégie, ce qui traduit forcément à une expression mélancolique. Il y a le champ lexical des émotions tout le long du poème “tristesse” l. 5, “coeur” et “peine” l. 8, “souffrant” l.22. C’est un thème récurrent, donc primordiale pour le poète qui exprime avant tout ses sentiments. Il y a aussi une réification de cette émotion “traînant mon ennui” l.16. C’est une atténuation de sa mélancolie, qu’il voit comme un boulet, un poids qu’il doit porter, traîner derrière lui. L’”ennui” est devenu un objet, une masse sans vie. Le trouble émotionnel, visible à travers, entre autres, la ponctuation qui en suit : les points de suspension l.16 créant une longue pause, une perte du fil de penser, un arrêt de la respiration poétique. Cette souffrance est violente dans son esprit, dans le vers “Mais alors, pourquoi est-ce que je souffre encore?”l.20 où on retrouve une allitération en [r] et [c], surlignant la brutalité de ses émotions. De plus, il est question de distance avec la répétition de “loin” l.18, une absence complète de sa bien aimée. Il est aussi question de mort, un thème souvent utilisé dans les élégies puisqu’il y a une puissance et une indélébilité transmises dans ce terme. On retrouve la répétition du verbe “mourir” dans le poème entier “mort” l.10, “mourront” l.24, “mourra” l.25 Cette répétition s’accentue en fin de poème, c’est d’ailleurs le dernier mot, faisant un lien avec la fin d’une vie, la fin inévitable de l’homme. Bien que ce mot ne soit pas présent en début de poème, l'idée est visible. Il y a le champ lexical des couleurs sombre, de la mort “obscurément”, “noir” l.2, “bleues” l.3 Le poète lie cette mort à l’amour grâce à l’oxymore “d’ombres d’amour” l.3, soulignant la face mortel causée par la rupture amoureuse. La mort est donc une hyperbole. Ce poème exprime donc la mélancolie élégiaque que ressent Francis Jammes après la rupture amoureuse.
Le poète ressent aussi de la confusion profonde, ne sachant pas toujours interpréter ses sentiments. Il le dit pleinement “Mais pourquoi alors est-ce que je souffre encore?”l.20 Il ne comprend pas la source de son sentiment de tristesse. A en croire la citation “que j’ai quitée” l.14, c’est d’ailleurs lui qui a initié cette rupture avec la femme, d’où l’accord feminin à “quitée”. Francis Jammes est donc confus par la raison de sa mélancolie puisqu’il l’a initié. Il ne sait pas l’expliquer à ses amis non-plus. " je ne sais pas trop ce qu’il faut leur répondre " l.9. C’est une phrase avec un langage courant, ce qui montre qu’il ne peut expliquer sa peine de façon poétique à l’oral. Sa seule voix reste les poèmes. Le locuteur est néanmoins perdu car il commence l’esquisse d’un éloge " Je ne regrette pas ta bouche blanche et rose . " l.19 Mais il précise qu’il ne regrette pas sa femme. Cela souligne l’ambiguïté de son propos, divisé par une césure entre le rejet de la femme à la première hémistiche et la beauté de celle-ci à la deuxième. Sa confusion s’amplifie à la fin du poème, dans la dernière strophe l.21 à 25. Il y a une accélération, avec des phrases interrogatives de plus en plus courtes. Cela donne un atmosphère de panique et de confusion extrême. Ce sentiment n’est pas seulement présent à la fin, mais dès le début on voit un poète perdu. A la ligne 2, il y a une allégorie de la vie " Les chemins s’enfoncent obscurément, noirs de mousses, / vers des épaisseurs bleues pleines d’ombres d’amour "l.2 et 3 C’est le topos de la vie représentée dans des chemins menant à de différentes destinations. Mais ici, les chemins " s’enfoncent obscurément ", on ne voit pas où elles nous mènent, mais toutes les destinations sont sombres. Francis Jammes est perdu sur ces chemins, ne sais plus où avancer sans tomber dans la mélancolie. La confusion est donc au centre du poème, un sentiment qu’exprime le locuteur.
Francis Jammes explique son chemin de la réconciliation intérieure, pour se remettre de la rupture. Pour ce faire, il prend le temps. Il y a un ralentissement dans la première strophe. Les 4 premiers vers sont des phrases simples, assez rapides mais y suivent des phrases complexes, qui atténuent la rapidité et créent une douceur, une fluidité. Cela est accentué par l’allitération en [l] à " lentement au soleil, / le long des fleurs " l.6-7 La lenteur est une situation parfaite pour se rétablir en sérénité. Pour y parvenir, le poète se dissocie de sa tristesse. " mon cœur et de sa peine "l.8 Ce n’est plus la peine du locuteur, il se sépare de son sentiment pour pouvoir aller de l’avant. Il s’en sépare aussi pour mieux s’en occuper. " je viens promener ma tristesse " l.5 Tel un animal de compagnie, il promène, soigne et s’occupe de ses sentiments. C’est sa façon de se rétablir, de se reconstruire. Il y a un parallèle entre " un enfant doux " et " un jeune homme " aux lignes 10 à 12, construit autour d’un contre rejet et un rejet. Francis Jammes fait face à la naïveté enfantine, à son âme d’enfant qui ne voit pas la mélancolie, mais un " jeune homme ", marchant, fumant " la pipe ". Une description simple et facile d’enfant. Le locuteur, à travers son rétablissement, tente aussi une réconciliation avec sa bien aimée, en tant qu’" amie " l.21. Il compare leurs sentiments similaires. Aux lignes 14 et 15, il y a autant de première personne du singulier que de deuxième personne,
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