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Commentaire linéaire de « Une Charogne », Les Fleurs du Mal, Baudelaire

Fiche : Commentaire linéaire de « Une Charogne », Les Fleurs du Mal, Baudelaire. Recherche parmi 257 000+ dissertations

Par   •  1 Mai 2021  •  Fiche  •  1 701 Mots (7 Pages)  •  132 Vues

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Commentaire linéaire de « Une Charogne », Les Fleurs du Mal, Baudelaire.

Strophes 1 à 8

Rappelez-vous l'objet que nous vîmes, mon âme,

Ce beau matin d'été si doux :

Au détour d'un sentier une charogne infâme

Sur un lit semé de cailloux,

Les jambes en l'air, comme une femme lubrique,

Brûlante et suant les poisons,

Ouvrait d'une façon nonchalante et cynique

Son ventre plein d'exhalaisons.

Le soleil rayonnait sur cette pourriture,

Comme afin de la cuire à point,

Et de rendre au centuple à la grande Nature

Tout ce qu'ensemble elle avait joint ;

Et le ciel regardait la carcasse superbe

Comme une fleur s'épanouir.

La puanteur était si forte, que sur l'herbe

Vous crûtes vous évanouir.

Les mouches bourdonnaient sur ce ventre putride,

D'où sortaient de noirs bataillons

De larves, qui coulaient comme un épais liquide

Le long de ces vivants haillons.

Tout cela descendait, montait comme une vague,

Ou s'élançait en pétillant ;

On eût dit que le corps, enflé d'un souffle vague,

Vivait en se multipliant.

Et ce monde rendait une étrange musique,

Comme l'eau courante et le vent,

Ou le grain qu'un vanneur d'un mouvement rythmique

Agite et tourne dans son van.

Les formes s'effaçaient et n'étaient plus qu'un rêve,

Une ébauche lente à venir,

Sur la toile oubliée, et que l'artiste achève

Seulement par le souvenir.

Introduction : XXIXe poème de la première partie du recueil, intitulée « Spleen et Idéal », il reflète bien cette double tendance du poète à se diriger à la fois vers la fascination mélancolique pour le mal et le laid (le « spleen ») et à tenter de s’élever plus haut vers une Beauté transcendante, « idéale ».

Le poète associe la vision d’un animal en décomposition à celle d’une femme. Alternance entre alexandrins (utilisés dans la poésie classique pour traiter de sujets graves, sérieux) et octosyllabes (aspect plus léger).Au lieu d’idéaliser la femme, il met en avant le caractère éphémère de sa beauté vouée à se faner et détourne les clichés romantiques.

Comment le poète détourne-t-il les clichés romantiques ?

Une mise en scène d’Eros et Thanatos (Eros, dieu grec de l’amour et Thanatos, personnification de la Mort dans la mythologie grecque)

Quatrain 1 :

Rappelez-vous l'objet que nous vîmes, mon âme,

Ce beau matin d'été si doux :

Au détour d'un sentier une charogne infâme

Sur un lit semé de cailloux,

Situation d’énonciation : pronom « vous » impératif « rappelez-vous », apostrophes : « mon âme », « ô ma beauté » = déclaration d’amour ? Image d’une promenade bucolique « sentier », « ce beau matin d’été si doux » (adj. valorisant + adverbe d’intensité). Sonorités douces + clichés qui contrastent avec le spectacle horrible. Aspect inattendu de la découverte (passé simple « nous vîmes »). « Charogne infâme » à la rime, en antithèse avec « mon âme » = effet de contraste + annonce de la violence de la comparaison finale du poème.

Quatrain 2 :

Les jambes en l'air, comme une femme lubrique,

Brûlante et suant les poisons,

Ouvrait d'une façon nonchalante et cynique

Son ventre plein d'exhalaisons.

Précision de l’évocation « suant les poisons », « plein d’exhalaisons ». Le poème devient érotique : « lubrique », « le ventre ouvert » évoque la femme en position amoureuse, « brûlante » (Syllepse : figure de style consistant à employer un mot à la fois au sens propre et au sens figuré). Comparaisons surprenantes et violentes entre la femme et la charogne = écriture provocatrice, ironique, cynique. Mots connotés comme « poétiques » pour désigner la charogne « exhalaisons » (euphémisme). La charogne affiche une certaine supériorité, elle est « cynique », « nonchalante ».

Le choc entre le vivant et la mort, triomphe de la mort sur le vivant

Quatrain 3 :

Le soleil rayonnait sur cette pourriture,

Comme afin de la cuire à point,

Et de rendre au centuple à la grande Nature

Tout ce qu'ensemble elle avait joint ;

 Le soleil rayonne (connotation positive) sur cette pourriture (connotation négative) = vision paradoxale (idée, vision, pensée qui va à l’encontre de ce qui est communément admis). Ton un peu ironique « « cuire à point » (recette de cuisine), « rendre au centuple » (une fois cuite à point il ne restera plus rien de la charogne). Les seuls dieux présents sont les divinités élémentaires (le ciel, le soleil, la Nature).

Quatrain 4 :

Et le ciel regardait la carcasse superbe

Comme une fleur s'épanouir.

La puanteur était si forte, que sur l'herbe

Vous crûtes vous évanouir.

 « et le ciel » le point de vue s’élargit (« soleil «, « La grande Nature, » « le Ciel »). Comparaison inattendue « comme une fleur s’épanouir », quelque chose d’inquiétant se met en place ici, la vie et la mort s’entremêlent  de manière violente (voir rime interne fleur et puanteur).

« Carcasse superbe »=oxymore ? (Superbe en latin = « Fier, orgueilleux »). Hyperboles pour désigner la charogne « était si forte que ». « Vous crûtes vous évanouir » ton précieux en décalage avec la réalité macabre, qui met en valeur la faiblesse de la femme par rapport à la force de la charogne = la femme s’évanouit, la charogne s’épanouit (d’ailleurs la femme s’évanouit au sens figuré dans la suite du poème). Notons les clichés poétiques« comme une fleur » qui évoquent le beau traditionnel = ironie.

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