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Pourquoi Supprimer Le Dernier Acte De Lorenzaccio De Musset?

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Par   •  3 Janvier 2013  •  1 524 Mots (7 Pages)  •  707 Vues

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Armand d'Artois et Lorenzaccio

Théatre de la Renaissance : Première représentation de Lorenzaccio, drame en cinq actes d'Alfred de Musset, mis à la scène par M. Armand d'Artois, musique de M. Paul Puget.

En plein succès, au plus fort des recettes d'une prestigieuse reprise, Madame Sarah Bernhardt interrompt les représentations de la Dame aux camélias, pour la tentative d'art la plus noble et la plus hardie, pour exercer son génie tragique dans une création nouvelle, absolument différente de ses rôles antérieurs, et nous ne savons pas ce qu'il faut admirer le plus dans une telle initiative, — ou de sa volonté d'artiste, ou de sa magnifique puissance d'interprète.

Maintes fois la Comédie-Française avait affiché l'intention d'approprier à sa scène le drame héroïque d'Alfred de Musset ; elie devait cette restitution à la mémoire du poète dont les adorables fantaisies de comédie idéale enrichissent et illustrent son répertoire. Elle n'osa pas, effrayée par les difficultés d'exécution et d'interprétation, et reçoit aujourd'hui une leçon de vaillance artistique et de littérature. Ne regrettons donc plus le départ de Sarah Bernhardt du Théâtre-Français, puisqu'elle donne ailleurs une preuve d'art qu'il n'est plus capable de faire.

Tout le monde a lu Lorenzaccio : une analyse complète du drame serait certainement superflue. Musset en conçut l'idée, à Florence, devant le sombre palais des Médicis, en 1834. Le sujet s'imposa à son esprit, le hanta et il l'écrivit seulement huit mois plus tard. Certes il y avait de quoi solliciter un poète dramatique ; dans l'histoire de ce Renzo tout rempli des souvenirs de l'ancienne Rome et de l'exemple de Brutus, qui, ardent républicain, désireux de se signaler par quelque grande action, feint la plus vile débauche, la plus lâche complaisance, se fait le valet des plaisirs, l'espion d'Alexandre de Médicis, afin de gagner plus sûrement sa confiance ; enfin, l'attire chez soi. et l'égorge ; sic semper tyrannis !

Lorenzo, le patriote, dévoué au grand nom de Lorenzaccio. Mais, à la duplicité de son infâme apparence et de son âme héroïque, le poète dramatique ajouta un élément admirable. Le personnage de sa création n'a plus foi dans les hommes : il apprit à les mépriser et ne les croit plus dignes de la liberté, ni capables de cesser d'être esclaves. Mais le démon du bonheur de l'humanité l'a touché : le crime est devenu sa raison d'être.

On ne se frotte pas de boue sans que l'odeur fangeuse altère l'âme. En simulant la débauche, Lorenzo est devenu débauché, comme Brutus fut réellement atteint de démence à contrefaire le fou. Il s'est pris à aimer le vin et les filles, il se plaît dans l'orgie. S'il ne persévère dans son dessein, il ne sera plus que Lorenzaccio. Que le sang du bâtard de Médicis n'engendre pas la liberté de Florence, il servira du moins à purifier son meurtrier.

Alfred de Musset a écrit Lorenzaccio en pleine liberté de génie, sans souci d'une composition rigoureuse, sans plan fixe pour l'ordre et le développement des scènes, pour l'importance des personnages et le progrès d'intérêt dans l'action. Il s'est abandonné à son inspiration, à ses préférences, subordonnant la marche du drame, la place des épisodes, au mouvement de sa passion, tour à tour abondant, concis, ironique et véhémentement éloquent. Certains hors-d'oeuvre, tels incidents où il se plaît font revivre l'Italie du seizième siècle ; ce sont les tableaux de genre de l'histoire. Mais le caractère de Lorenzo est montré avec une puissance, une intensité superbes, décrit par une langue forte, colorée, hardie, où les trouvailles de la poésie prêtent des ailes au métal d'une éloquence enflammée. Shakespeare fut favorablie au poète tragique du dix-neuvième siècle et son image veille à travers cette galerie de tableaux ; mais de l'âme du héros souffle un sentiment du mal de la vie, une désespérance toute moderne, une ironie, une amertume, une lassitude, un dégoût de la venue de Manfred et du Corsaire, de la parenté avec lord Byron.

L'œuvre est plutôt un poème dramatique qu'un drame au sens théâtral du mot. Alfred de Musset, qui ne songeait pas à une réalisation scénique, n'y concéda rien à la condition et aux nécessités du théâtre. L'accumulation des épisodes, la longueur des actes, la multiplicité infinie des silhouettes où se morcelle, où s'égare l'action, obligeaient à un travail d'arrangement pour la restitution de l'ouvrage dans les limites du temps et les conditions du. cadre ordinaire. M. Armand d'Artois a rempli cette tâche avec infiniment de conscience et de tact... Il a eu, comme il le devait, la religion

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