Etude de cas en psychologie clinique
Étude de cas : Etude de cas en psychologie clinique. Recherche parmi 304 000+ dissertationsPar nédra ben hamida • 28 Avril 2026 • Étude de cas • 6 162 Mots (25 Pages) • 3 Vues
Étude de cas clinique — Amine (18 ans, paraplégie post-traumatique)
ÉTUDE DE CAS EN PSYCHOLOGIE CLINIQUE
Image du corps et remaniements identitaires
à l'adolescence suite à une paraplégie post-traumatique
Cas : Amine, 18 ans
Établissement Hospitalier de Rééducation et Réadaptation Fonctionnelle
INTRODUCTION
Le corps occupe une place centrale dans la construction psychique de l'adolescent. Il est à la fois support de l'identité, enjeu narcissique et médiateur du rapport à l'autre. Lorsqu'une atteinte corporelle grave survient à cette période charnière du développement, elle ne touche pas seulement l'intégrité physique du sujet : elle vient ébranler l'ensemble de l'édifice identitaire en cours de construction.
C'est précisément ce que donne à voir le cas d'Amine, jeune homme de 18 ans, victime d'un accident de moto ayant entraîné une paraplégie complète et définitive. Survenu au moment même où il investissait pleinement son corps, ses relations extrafamiliales et ses projets d'avenir, cet accident constitue une rupture brutale dans la continuité de son expérience de vie.
Le présent travail s'inscrit dans le champ de la psychologie clinique et vise à explorer, à travers l'étude de ce cas singulier, la manière dont un traumatisme corporel sévère peut perturber l'image du corps et les assises narcissiques à l'adolescence.
Dans un premier temps, nous poserons le cadre conceptuel nécessaire à l'analyse, en définissant les notions d'image du corps et d'adolescence à partir des principaux auteurs de référence. Dans un second temps, nous mènerons l'étude de cas proprement dite : après avoir présenté l'anamnèse et l'histoire de la maladie, nous formulerons la problématique et l'hypothèse clinique, avant d'analyser les données recueillies lors des entretiens et du dessin du bonhomme, et d'en proposer une interprétation clinique.
PARTIE I — CONCEPTS CLÉS
I. Le corps et l'image du corps
1. Le corps en psychanalyse
Le corps est à la fois instrument des conduites et support de l'identité, participant à la construction de la conscience corporelle à travers les gestes, les postures et les interactions avec l'environnement (Doro et Parot, 1991). En psychanalyse, il est considéré non seulement comme réel mais aussi symbolique, spéculaire et lié aux signifiants et aux objets du désir (Chemama et Van Dermersch, 2003).
La psychanalyse, fondée par Sigmund Freud, s'est développée à partir des manifestations corporelles observées chez les patients hystériques. Freud considère que le corps et le psychisme sont étroitement liés : le corps psychanalytique n'est pas seulement anatomique mais aussi symbolique, pulsionnel et érogène, investi de libido et d'affects. Il décrit un passage d'un corps fragmenté en zones érogènes à un corps unifié, étroitement lié à la construction du Moi. Le corps joue ainsi un rôle fondamental dans le processus d'identification du sujet : sa constitution se fait en même temps que la construction du moi, contribuant à la prise de conscience d'être une entité particulière.
Selon Merleau-Ponty, dans sa phénoménologie de la perception, la représentation que nous avons de notre corps ne correspond pas exactement à la réalité anatomique : elle est une construction issue de différentes perceptions liées entre elles et marquées par l'expérience, la subjectivité et la symbolisation.
2. L'image du corps selon Paul Schilder
Paul Schilder distingue l'image du corps du schéma corporel. Il définit l'image du corps comme « la façon dont le corps nous apparaît mentalement », c'est-à-dire une configuration globale formée par les représentations, perceptions, sentiments et attitudes qu'un individu a élaborés vis-à-vis de son corps à travers ses expériences. Elle peut être bonne — corps perçu comme complet, cohérent et satisfaisant — ou mauvaise — corps perçu comme incomplet, abîmé ou dysfonctionnel.
L'image du corps se construit progressivement à travers les expériences agréables ou douloureuses et le regard des autres, intégrant sensations, perceptions et relations sociales. Elle est unique à chaque individu et évolue tout au long de la vie.
3. L'image inconsciente du corps selon Françoise Dolto
Françoise Dolto souligne le caractère profondément subjectif et inconscient de l'image du corps, liée aux émotions, à la sensorialité, au désir et aux expériences relationnelles. Pour elle, l'image du corps est « liée au sujet et à son histoire » et s'élabore dès les premiers temps de l'existence. Elle constitue une synthèse dynamique de trois composantes : une image de base, une image fonctionnelle et une image des zones érogènes, exprimant la tension des pulsions (Dolto, 1984).
Selon Dolto, l'image du corps est la synthèse vivante des expériences émotionnelles, interhumaines et sensorielles, vécues de manière répétée à travers les sensations érogènes. Elle s'articule avec le schéma corporel, qui joue un rôle d'interprète de l'image du corps et permet l'objectivation de l'intersubjectivité, permettant à l'individu de percevoir et d'interpréter sa relation au monde et aux autres.
4. Le Moi-Peau selon Didier Anzieu
Didier Anzieu propose une approche originale de l'image du corps à travers le concept de Moi-Peau. Il le définit comme « une figuration dont le moi de l'enfant se sert au cours des phases précoces de son développement pour se représenter lui-même comme Moi à partir de son expérience de la surface du corps » (Anzieu, 1995, p. 119).
La peau est centrale car elle constitue la surface corporelle à travers laquelle le bébé vit des expériences émotionnelles fondamentales, développe la confiance, le plaisir et la pensée. Anzieu lui attribue huit fonctions principales :
- Fonction de maintenance : le Moi-peau soutient et maintient le psychisme comme la peau soutient le corps, grâce au holding maternel.
- Fonction contenante : le Moi-peau agit comme une enveloppe qui contient les émotions, les sensations et les pulsions.
- Fonction pare-excitation : le Moi-peau protège le psychisme des stimulations excessives ou des agressions de l'environnement.
- Fonction d'individuation du soi : il permet à l'individu de se sentir unique et séparé des autres.
- Fonction d'intersensorialité : le Moi-peau relie les différentes sensations et permet leur organisation dans l'expérience psychique.
- Fonction de soutien de l'excitation sexuelle : la peau devient une surface de plaisir, base du développement de l'auto-érotisme.
- Fonction de recharge libidinale : le Moi-peau maintient et renouvelle l'énergie psychique nécessaire au fonctionnement mental.
- Fonction d'inscription des traces : la peau sert de support pour inscrire les premières expériences sensorielles et relationnelles.
II. L'adolescence
1. Définition et processus
L'adolescence est une phase de transition entre l'enfance et l'âge adulte, s'étendant approximativement entre 12 et 18 ans. Selon Jean-Pierre Coslin (2002), elle se caractérise par d'importantes transformations somatiques qui, parallèlement à une poussée instinctuelle, rapprochent l'enfant de l'homme ou de la femme sur le plan physique. Elle comprend également des modifications du processus de pensée, des changements psychologiques ainsi que des transformations sociales. Mareau et Vanek (2010) la définissent comme une période cruciale, souvent vécue comme une crise en raison des importants changements psychologiques qui s'y produisent, impliquant des transformations nécessaires permettant aux adolescents de devenir des adultes.
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