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Comment, à Travers Les Relations Qu'il établit Entre Ses Personnages, Un Roman Peut-il Construire Une Vision Du Monde Particulière ?

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Par   •  4 Janvier 2014  •  1 974 Mots (8 Pages)  •  2 138 Vues

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Introduction

Le roman recrée tout un univers, avec ses valeurs positives ou négatives, et, par là, est porteur d’une « vision du monde ». Cette vision, l’auteur la transmet à travers ses personnages, par le regard qu’il porte sur eux et par ses rapports avec eux : sympathie ou antipathie, éloge ou blâme (explicite ou implicite). Mais cette vision se révèle aussi à travers les relations que le romancier établit entre ses personnages. Le héros de roman n’est pas un individu isolé qui se borne à incarner en soi une valeur ou un vice, il interagit avec les autres personnages. Comment cette interaction contribue-t-elle à construire la vision du monde que propose l’auteur ? C’est tout autant en créant des liens de connivence et de convergence entre les personnages qu’en suscitant contrastes et conflits entre eux que le romancier construit une vision particulière du monde.

I. Créer des ressemblances et des connivences 
pour proposer une vision du monde

Il se crée dans le roman des couples ou des groupes où chacun met en valeur l’autre et consolide leur vision partagée du monde.

1. Des individus en phase qui révèlent une même vision du monde

Le romancier crée des résonances, des échos entre les individus, qui, par ressemblance, par complémentarité ou par convergence de vue dessinent une vision du monde dominante dans l’œuvre.

Ainsi, dans La Peste de Camus, l’épidémie qui ravage Oran a rapproché Rieux et Tarrou qui partagent la même conception du monde, de l’action. Et même si leur personnalité et leur comportement diffèrent – Rieux, fataliste, mène son combat humblement sur le terrain, sur un plan humain ; Tarrou, le saint sans Dieu, est plus révolté, idéaliste –, ils incarnent, par leur action, le même idéal d’humanité et de solidarité, celui de Camus, qui déclare : « Le plus proche de moi, ce n’est pas Tarrou, le saint, c’est Rieux, le médecin » (juin 1947). Ces deux personnages sont deux faces différentes d’une même conception humaniste moderne du monde.

C’est parfois par leurs paroles que les personnages romanesques se ressemblent et véhiculent une même conception du monde. Dans Le Père Goriot, Vautrin et Mme de Beauséant sont certes bien différents, aux deux extrêmes de la hiérarchie sociale (l’aristocrate et le forçat), mais leur discours sur la société parisienne se ressemble fort : ils partagent et exposent à Rastignac la même vision de ce monde où, pour « parvenir », il faut abdiquer toute morale, tout scrupule et accepter d’utiliser, de piétiner autrui.

2. Initiateur et disciple

Le cas de figure qui réunit dans un « couple » un initiateur (ou une initiatrice) et son « disciple » est à cet égard très éclairant : l’un des personnages guide l’autre – souvent le héros – dans son parcours, lui explique le monde, le forme. Le romancier, par ce « système » particulier de personnages, construit à travers les conseils et les attitudes du « maître » une vision du monde que « l’élève » va affronter et dont il va faire l’expérience au fil de l’intrigue du roman. Ce schéma est à la base de la plupart des romans d’apprentissage.

Dans un cas de figure plus complexe, le héros reçoit l’enseignement – parfois divergent – de plusieurs initiateurs, qui multiplient alors les perspectives sur le monde. Ainsi, Julien Sorel dans Le Rouge et le Noir reçoit les conseils de l’abbé Chélan, de l’abbé Pirard, du marquis de La Mole, mais aussi des femmes : Mme de Rênal et Mathilde ; tous lui offrent une vision du monde qu’il adopte un temps dans son parcours (voir aussi Rastignac, Vautrin, Goriot, Mme de Beauséant ; Bel-Ami de Maupassant). Dans l’optique du schéma actantiel, ces personnages se situent généralement du côté des « adjuvants ».

3. Un personnage en phase avec un groupe qu’il représente

La convergence peut s’effectuer entre un personnage et un ensemble de personnages.

Ainsi, lorsque le destin et l’itinéraire du héros sont en résonance avec ceux de tout un groupe – notamment dans le roman des xixe et xxe siècles –, il montre la société et le monde selon un angle particulier. Son comportement – souvent son combat – incarne et révèle une certaine conception de la vie, celle du personnage collectif dont il est le représentant. Dans le roman de Malraux La Condition humaine, le jeune révolutionnaire idéaliste Kyo dirige l’insurrection communiste de Shangai et lutte jusqu’à la mort pour la « dignité » des travailleurs. Par son action, lui qui « avait cherché les siens [les travailleurs] et les avait trouvés », révèle le point de vue des opprimés sur le monde, de « ces hommes que la famine […] faisait mourir comme une peste lente ». [Autre exemple : Rieux dans La Peste de Camus.]

Le personnage, d’abord vecteur et porte-parole d’une vision du monde collective, devient le symbole d’une cause qu’il faut défendre par l’action mais aussi par la parole. Dans Germinal, Étienne Lantier, meneur et théoricien actif de la grève dans les mines du Nord, fait un discours pour dénoncer les abus et les injustices de la bourgeoisie capitaliste propriétaire des mines : tous les mineurs l’écoutent, subjugués, et son ascendant sur eux leur fait partager cette image d’un monde injuste et, par conséquent, la nécessité de se révolter pour rendre ce monde meilleur.

[Transition] Mais si les relations entre les personnages se réduisaient à cette communauté de vue sur la vie, le roman donnerait du monde une image simpliste et schématique. Ce sont tout autant les conflits et les antagonismes qui éclairent le monde.

II. Créer des antagonismes pour multiplier les perspectives

Le roman raconte, sinon une vie entière, du moins une tranche de vie assez longue et recrée tout un univers dans sa diversité : il emmène ainsi ses héros dans un jeu complexe de relations. Parmi les personnages qui gravitent autour du héros, les « opposants » ont un rôle tout aussi révélateur que les « adjuvants » et les personnages qui s’affrontent font se heurter des attitudes, des conceptions du monde contrastées, qui multiplient et diversifient les perspectives et s’éclairent mutuellement.

1. Personnage contre personnage : le jeu des contrastes

Tout aussi fréquent que le couple « initiateur-initié », le cas de figure qui oppose deux personnages permet la confrontation

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