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Ceux qui restent, Benoit Coquart

Fiche de lecture : Ceux qui restent, Benoit Coquart. Recherche parmi 257 000+ dissertations

Par   •  29 Septembre 2020  •  Fiche de lecture  •  3 691 Mots (15 Pages)  •  189 Vues

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Benoît COQUARD est sociologue à l’institut national de la recherche agronomique. En 2010 il entreprend une enquête sociologique portant sur la vie dans les campagnes dépeuplés du grand est qu’il qualifie de campagnes en déclin par opposition aux campagnes attractives. Il s’intéresse particulièrement à « l’évolution des espaces ruraux de la France contemporaine, qui sont loin d’êtres reculés et hors du temps, [et qui] questionne en réalité les grands bouleversements économiques et sociaux de notre époque. »

Son objectif est de comprendre les phénomènes sociaux pour pouvoir expliquer la société actuelle. Ce qui le conduit à faire une enquête sociologique, la plus objective possible, sur les personnes qui, par choix ou non, restent vivre dans ces zones isolées et qui appartiennent à des classes dominées souvent éloignées de ceux qui parlent d’elles connue sous le nom de « classe objet ».

Benoît Coquard originaire de la région grand-Est entreprend une étude immersive. Selon lui, entrer dans le quotidien des habitants c’est découvrir la complexité des rapports sociaux, les saisir puis les retranscrire de la manière la plus détaillée possible. C’est une des tâches majeures de l’ethnographe. Cependant il se doit de faire un effort pour écarter autant que faire ce peu les prénotions ce qui consiste en un démarche de constante réflexivité sur le contexte lors de la restranscription. Dans cette enquête en observation participante, l’auteur se présente comme « traducteur ». Cependant il tient à préserver l’identité des enquêtés pour ne pas les exposer et de ce fait change les noms dans son livre. De plus il nous met en garde contre la partialité dont il risque de faire preuve malgré ses efforts d’objectivation car son immersion dans le terrain de l’enquête est dépendante des complémentarité d’habitus. Ainsi il s’implique dans les échanges quotidiens, passe par de petits questionnaires, des questions ouvertes et tâche de s’en distancier pour plus de fidélité à la réalité.

De cette réalité il se fait le porte-parole, notamment grâce à son immersion au sein du mouvement des gilets jaunes. En effet, cette partie de la population s’est révoltée contre la marginalisation dont elle est victime. Ce mouvement apparait comme l’aboutissement du mécontentement des habitants des cantons dépeuplés de France (« Qui va lire un bouquin qui parle de nous ? »). Ainsi l’auteur y consacre son premier chapitre.

Lors de son enquête au coeur du mouvement il relève que la population sur les rond-points à évoluer du 17 novembre 2019 aux mois qui suivirent. Les premiers jours, les rond-points constituaient un lieu de rencontre, puis devint rapidement un lieu pour les sans emploi et ainsi revêtit une connotation péjorative comme associé à ceux qui n’ont rien de mieux à faire.

Ce mouvement est présenté ici comme prenant racine dans diverses problématiques tels que la désertion des services, ou encore la nostalgie de la société « de nos pères ». Pour beaucoup, les hommes surtout, la vie à la campagne était nettement plus agréable à vivre pour la génération précédente. Cependant cette nostalgie se base sur des récits entendus et transmis par la génération précédente. L’auteur relève certaines interventions témoignant du « rapport insouciant des anciens avec la police » qui contribuent à ce climat nostalgique. « C’était mieux avant » revient plusieurs fois, prononcés par des hommes, par opposition au pessimisme plus général dans « Ici, c’est mort ! » souvent relevé par des journalistes dans la bouche d’adolescents vivant dans ces campagnes en déclin. La première phrase fait référence à l’idéalisation de la figure paternelle que chacun de ces hommes essaye de revêtir. C’est une véritable sacralisation des ancêtres comme accordant un droit : « Je suis un Ramos, moi ! Tu connais pas Paul Ramos, toi? », dit Nicolas.

Mais le mécontentement général résulte de l’éloignement toujours plus important des services. Cet éloignement agrave les disparités entre hommes et femmes mais surtout implique un usage intensif de la voiture comme élément incontournable du quotidien (« Les charges domestiques, que l’on sait très inégalement réparties entre hommes et femmes, impliquent aussi un souci des plus pesant chez les mères »). Or cet emploi est critiqué de par son impact écologique et présente des risques engendrant des mesures telles que le changement de la limitation à 90 en une limitation à 80. Pour eux, ce changement de la réglementation signifie, sur leur quotidien, une perte de temps mais surtout une diminution des rentrées liées au contraventions qui tombent en cas d’étourderies. Pour cette partie de la population, dont une somme importante des rentrées mensuelles et déversée dans l’entretien des moyens personnels de transport, cette mesure est de trop. Le souvenir du laxisme retenu dans les récits des parents, encore ici, manque.

La nostalgie n’est pas seulement liée aux difficultés croissantes d’accès à la nourriture, à l’éducation et au travail mais bien à la disparition de la vie du village. En effet les bistrots ont fermé suite à la défection des populations de la nouvelle génération l’associant à un lieu où les plus âgés jugent les jeunes est où, pour venir, il fallait toujours se renseigner par avance sur les personnes susceptibles d’être présentes pour éviter des rencontres désagréables comme en témoigne un interrogé : « Suffit que t’en ait deux qui ne peuvent pas se voir, eh ben, personne vient ».

L’auteur confesse avoir observé comment une nouvelle association très active a périclité après une « brouille » entre le fondateur et quelques membres.

Les bistrots ont été délaissés pour des halls où les jugements sont moins pesant, phénomène probablement lié à la consommation de cannabis ou d’héroïne. Cette translation a marqué le développement de drogues dans les campagnes si bien que la consommation de cannabis est banalisée. Cependant il y a une certaine stigmatisation des consommateurs de drogues qui restent attachés par la population à une image de, comme ils le disent familièrement, « branleur ».

La fermeture des bistrots a précédé la diminution de l’effectif des bals. On dénombre jusqu’au début des années 1990, entre 300 et 700 personnes selon les organisateurs, on ne compte plus aujourd’hui, en moyenne, que 85 personnes comme l’annonce tristement un des organisateurs de bal de la région Grand-Est. Pour limiter cette chute de la fréquentation, qui s’explique aussi par l’augmentation des violences,

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