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Qu'entend-on par " intervention humanitaire " et " intervention humaine " ?

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Par   •  16 Février 2014  •  Analyse sectorielle  •  9 610 Mots (39 Pages)  •  1 334 Vues

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C’est la raison pour laquelle nous sommes partis de la considération que la vie humaine est le fondement interne de la réalité. Elle fonctionne comme un critère qui juge toute action et aussi bien celui qui produit, reproduit et développe la vie humaine que celui qui l’anéantit ou la dégrade. Nous ne nous référons pas à celle-ci en tant que fin, ni en tant que programme que l’on peut mener à bien ou faire échouer. Elle est la condition de toute chose, action ou événement qui s’inscrit dans les cadres de la réalité historique des êtres humains. Aucune guerre, ni partielle ou spécifique ni d’extermination totale (potentiellement provoquée par les armes nucléaires), ne peut atteindre le moindre degré de validation morale (Bobbio, 1982 et Ruiz Miguel, 1988). C’est-à-dire qu’aucune guerre n’est condamnée moralement par l’éventualité d’une « guerre finale » qui éliminerait l’humanité, sinon dans la mesure où toute guerre suppose la mort - quand bien même ne serait-ce que d’un seul être - ce qui implique toujours un échec pour tous. Il n’y a pas de quota de morts tolérable ou supportable (Solórzano Alfaro, 2002). La guerre, est toujours un malheur, un drame et un échec pour l’humanité. Si nous accordons de la valeur à la vie de tous les êtres humains sans exceptions, la mort d’une seule personne affecte l’ensemble des membres de l’espèce et implique en elle-même la « mort » de tous les membres de l’humanité.

Comme l’indique Tzvetan Todorov à propos des « interventions d’humanité », aucune action qui implique le recours à la force armée et prend part à une situation de guerre n’est un geste humanitaire, quelles que soient les acrobaties verbales qui sont utilisées pour la présenter (Todorov, 2002, 316). C’est pour cette raison que, dans le cadre des relations internationales, l’action guerrière n’est pas justifiable en termes de légitimité. Affirmer qu’il soit nécessaire d’intervenir dans certains cas est une chose ; faire du recours à la force un élément de protection et de garantie des droits de l’homme en est une autre. Et c’est de plus une antithèse, car l’action armée est de façon intrinsèque une violation des droits de l’homme.

Cette hypothèse de travail demande qu’on s’intéresse aussi à la question du choix des termes. Il est évident qu’il s’agit là de concepts indéterminés dont la délimitation précise est difficile à donner. Ceci ne doit pas empêcher cependant d’affirmer dès le départ notre désaccord en ce qui concerne l’emploi et l’attribution de l’étiquette « intervention d’humanité » et « intervention humanitaire » aux phénomènes en question. Nous donnerons plus loin plus de détails sur nos raisons de considérer cette appellation erronée. Pour l’instant, nous nous contentons de signaler que nous préférons parler d’« intervention militaire ou armée », qu’elle soit considérée comme unilatérale, multilatérale ou institutionnelle en fonction des acteurs intervenants, en y ajoutant l’adjectif qui convient selon les circonstances.

S’il s’agit d’une intervention militaire qui se donne pour objectif de protéger l’aide humanitaire, nous préférons la qualifier d’« intervention militaire de défense de l’assistance » en tant qu’application coercitive de la fonction d’assistance internationale (qui serait ce que l’on entend par « intervention humanitaire » avec recours à la force armée) ; si l’on prétend mettre un terme à une situation de violation grave et massive des droits de l’homme, nous préférons parler d’« intervention militaire de défense du droit international » (équivalente à l’« intervention d’humanité »). En raison des usages communément admis des expressions « intervention humanitaire » et « intervention d’humanité » - y compris en les incluant l’une dans l’autre -, et malgré les divergences, nous utiliserons indistinctement ces termes ou les deux que nous proposons, mais entre guillemets.

Après avoir établi la délimitation de quelques éléments du « fond », dans lesquels nous considérons qu’il faut situer le problème de l’« intervention d’humanité » et par extension celui des droits de l’homme, nous porterons désormais une attention particulière à la « forme », à la « figure » sur laquelle portent toutes ces réflexions, sans renoncer ni cesser de faire référence aux questions liées, d’une manière ou d’une autre, aux deux dimensions du réel. Dans les prochaines pages, nous nous pencherons sur les concepts proprement dits d’« intervention humanitaire » et d’« intervention d’humanité », ainsi que les raisons pour lesquelles nous estimons inadéquate l’utilisation des étiquettes en question.

Que faut-il comprendre par « intervention humanitaire » et « intervention d’humanité » ?

Les étiquettes d’« intervention humanitaire » et d’« ingérence humanitaire » sont aujourd’hui les plus utilisées pour désigner et regrouper indistinctement différentes situations de recours à l’action guerrière par un ou plusieurs Etats sur le territoire d’un autre, en tant que mécanisme de protection des droits de l’homme et/ou de l’assistance humanitaire. Il y a du reste une grande imprécision terminologique à parler d’« intervention d’humanité », de « devoir d’ingérence », de « droit d’assistance », de « droit d’intervention », d’« intervention d’urgence », etc. Toutes ces expressions sont généralement employées pour se référer aux mêmes actions. Or, la notion d’« intervention humanitaire », comme les autres, est un concept juridique indéterminé. Bien que la doctrine de l’« intervention humanitaire » ait été pendant longtemps l’objet de controverse au sein du droit et dans les relations internationales, et qu’elle le soit encore aujourd’hui, on n’a toujours pas établi de définition claire de celle-ci jusqu’à présent. De plus, comme nous l’avons vu, il faut ajouter à cela que les aspects aussi bien juridiques qu’éthiques apparaissent à ce point unis et liés qu’il est difficile de délimiter de quel ordre relève chaque proposition. En tous les cas, l’indétermination du concept et les différentes terminologies employées ont contribué à susciter la confusion autour de leur contenu réel (Márquez Carrasco, 1998). D’autant plus que d’aucuns, dont nous-mêmes, questionnent leurs utilisations. Il n’existe donc pas de définition acceptée de façon unanime ou universelle.

Yves Sandoz lui-même regrette d’ailleurs que bon nombre des débats sur le sujet du « droit » ou du « devoir d’ingérence » gaspille une énergie énorme en raison

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