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La mesure en Grèce ancienne

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Par   •  28 Juin 2020  •  Cours  •  3 216 Mots (13 Pages)  •  28 Vues

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La notion de « Mesure » en Grèce ancienne.

Mesure et sagesse, Démesure et violence

§1. Introduction

« Démesure (hybris), il faut l’éteindre plus encore qu’incendie »

        Démesure et incendie : cette proximité de l’hybris, de l’excès, et de la flamme qui ravage tout, avait si bien séduit Diogène Laërce que dans ses Vies des philosophes illustres, il rapporte cet aphorisme comme l’un des plus remarquables prêtés à Héraclite d’Ephèse (vers 500 av. J.-C). Et il est vrai que la démesure fait peur, et qu’il faut semble-t-il l’étouffer au plus vite, de peur qu’elle ne cause des dégâts en nous ou chez les autres. « Vouloir nous brûle, et pouvoir nous détruit » (Balzac) : nous sommes les premières victimes de notre excès –c’est nous que notre démesure menace-, et nous périrons, si nous ne savons pas garder notre place. L’homme, lors donc qu’il prétend sortir des limites qui lui sont imparties, apparaît moins comme un dieu que comme un  monstre, brûlé d’une volonté orgueilleuse et menacé –dans son intégrité et son identité- par son propre excès. Mais que faut-il exactement entendre par Hybris ? Nous demanderons aux philosophes présocratiques, à Hésiode, poète grec du 7ème siècle av. J.-C., aux grands auteurs de la tragédie antique, et enfin à Pindare (vers 500 av. J.-C.) de nous éclairer sur l’expérience grecque de la mesure et de la démesure.

§.2. Sagesse du monde : harmonie, plénitude, différenciation

         L’idée que le monde présente un ordre sage est une idée commune à un grand nombre de civilisations. Le mot Cosmos lui-même implique que l’Univers (du latin Universae : l’ensemble des choses) présente une belle organisation : qu’on pense à notre mot français « cosmétique »…

        Certes, les Grecs ont ignoré l’idée hébraïque d’un Dieu transcendant, intelligent et créateur, mais ils ont pu semblablement concevoir la nature comme une « hiérophanie », comme la manifestation d’une structure sacrée ou, à tout le moins, comme un ordre harmonieux et rationnel, où toute chose aurait reçu en partage sa place et sa mesure propre.

2.1. La mesure est un principe d’intelligibilité

La Bible : « Tu as tout disposé avec mesure (mensura dans la Vulgate), nombre et poids » (Sagesse, 11, 20).

Héraclite : « Panta rei ». Tout passe, tout s’écoule…

   :« L’on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve ».

   : « Ce monde ci, le même pour tous,

Nul des dieux ni des hommes ne l’a fait

Mais il était toujours, est et sera

Feu éternel s’allumant en mesure et s’éteignant en mesure (metra) »

2.2. La mesure : principe d’harmonie invisible et de plénitude

Héraclite : « Ils ne savent pas comment le différent concorde avec lui-même,

        Il est une harmonie, comme pour l’arc et la lyre »

Parménide : «L’Etre est immobile dans les limites (peiras) de liens puissants, sans commencement et sans cesse…Car la contraignante nécessité le maintient dans les liens d’une limite qui l’enserre de toutes parts. C’est pourquoi la loi est que ce qui est ne soit pas sans terme, car il est sans manque, et n’étant pas, il manquerait de tout »

2.3. La mesure est un principe de discrimination

Mircéa Eliade : « Tout territoire occupé dans le but d’y habiter ou de l’utiliser comme « espace vital » est préalablement transformé du  chaos en cosmos ; c'est-à-dire que, par l’effet du rituel, il lui est conféré une forme qui le fait ainsi devenir réel » (Le mythe de l’Eternel retour).

Mircéa Eliade : « Chez les Romains, par exemple, le mundus –c’est-à-dire le sillon que l’on creusait autour du lieu où devait être fondé une Cité- constitue le point de rencontre entre les régions inférieures et le monde terrestre ».

2.4. « Connais-toi toi-même » et « rien de trop »

L’homme s’inscrit donc dans un « monde » ou « cosmos » qui a une signification morale.

Héraclite : « Le soleil n’outrepassera pas ses limites (metra). Sinon, les Erinyes (déesses de la vengeance), servantes de Dike (la justice), le dénicheront pour le punir ».

Principe d’intelligibilité, principe d’harmonie, principe de plénitude, la mesure est donc aussi au principe de la conduite humaine. Si le soleil ne doit pas s’écarter de sa course, ou doit remplir la mesure qui est la sienne entre son lever et son coucher, l’homme ne devra pas davantage s’écarter du chemin que la nature lui a destiné : il devra reconnaître les bornes qui sont les siennes, et qui définissent sa place dans l’ordre du monde. Au fronton du temple d’Apollon à Delphes, on pouvait lire les deux formules les plus célèbres de la sagesse grecque : « Connais-toi toi-même » et « rien de trop ». Se connaître pour l’homme, ce n’est pas d’abord s’interroger sur ses traits de caractère –il ne faut pas voir prioritairement dans l’injonction delphique un appel à l’introspection-, c’est savoir qu’il n’est pas un dieu. Il est ici davantage question d’humilité que de psychologie. Semblablement, la formule « rien de trop » rappelle que l’homme doit accepter son lot (moira) et ne pas agir ou désirer plus que ne l’autorisent les limites de la condition humaine.

L’homme peut connaître la mesure qui est la sienne parce que la mesure est un principe d’intelligibilité ; si l’homme n’avait pas une mesure, il ne pourrait rien connaître de lui-même, puisqu’il n’aurait rien de déterminé à connaître. L’homme doit connaître la mesure qui est la sienne parce que la mesure est un principe d’harmonie, et qu’en se connaissant dans l’horizon d’un monde ordonné, il pourra « trouver sa place », comme on dit vulgairement, et savoir quelle est sa fonction dans le cosmos. L’homme doit enfin se connaître, parce que la mesure est un principe de plénitude, et que c’est en connaissant ce qu’il est qu’il a une chance de s’accomplir et de se parfaire. L’éthique, fondée sur la mesure de l’homme, se règle en l’espèce sur l’ordre du monde qui a donné sa part –sa mesure- à chacun.

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