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Étude du texte La vérité de Bergson

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Par   •  8 Avril 2015  •  3 724 Mots (15 Pages)  •  933 Vues

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TEXTE DE BERGSON SUR LA VÉRITÉ

« La vérité serait déposée dans les choses et dans les faits : notre science

irait l’y chercher, la tirerait de sa cachette, l’amènerait au grand jour. Une

affirmation telle que « la chaleur dilate les corps » serait une loi qui gouverne

les faits, qui trône [...] au milieu d’eux, une loi véritablement contenue dans

notre expérience et que nous nous bornerions à en extraire. [...] Cette conception

de la vérité est naturelle à notre esprit et naturelle aussi à la philosophie,

parce qu’il est naturel de se représenter la réalité comme un tout parfaitement

cohérent et systématisé, que soutient une armature logique. Cette armature

serait la vérité même ; notre science ne ferait que la retrouver. Mais l’expérience

pure et simple ne nous dit rien de semblable. L’expérience nous présente un flux

de phénomènes : si telle ou telle affirmation relative à l’un d’eux nous permet

de maîtriser ceux qui le suivront ou même simplement de les prévoir, nous

disons de cette affirmation qu’elle est vraie. Une proposition telle que « la

chaleur dilate les corps », proposition suggérée par la vue de la dilatation d’un

certain corps, fait que nous prévoyons comment d’autres corps se comporteront

en présence de la chaleur ; elle nous aide à passer d’une expérience ancienne à

des expériences nouvelles ; c’est un fil conducteur, rien de plus. La réalité coule

; nous coulons avec elle ; et nous appelons vraie toute affirmation qui, en nous

dirigeant à travers la réalité mouvante, nous donne prise sur elle et nous place

dans de meilleures conditions pour agir. »

BERGSON, La Pensée et le Mouvant, chapitre VIII.

1

Introduction.

Dans ce texte, extrait d’une préface rédigée par Bergson à l’occasion de la

traduction française, en 1911, du livre de William James intitulé Le

Pragmatisme (paru en 1907), Bergson aborde le problème de la vérité. Plus

précisément, il s’efforce de déterminer l’essence de la vérité ainsi que son

critère. Il s’agit donc de savoir en quoi consiste la vérité d’une assertion et

comment il est possible de reconnaître qu’elle est vraie.

Bergson soutient ici, du moins en ce qui concerne la vérité scientifique1, la

conception pragmatiste, selon laquelle la vérité est un guide pour agir sur les

choses. Ce qui revient à dire que la vérité se définit par les conséquences

avantageuses qu’elle entraîne pour l’homme sur le plan de l’action2. En

d’autres termes, le critère de la vérité, c’est la réussite et l’efficacité pratiques.

I. Bergson commence par rappeler la conception courante de la vérité,

conception reprise par certains philosophes, et qu’on peut nommer

intellectualiste, dans la mesure où elle se tient sur un plan purement

spéculatif ou encore purement théorique, sans souci, comme on le verra, de

la signification pratique de la vérité. Elle revient, selon Bergson, à confondre

vérité et réalité ou, du moins, à faire de la vérité une propriété des choses.

Ainsi, la vérité existerait dans la réalité elle-même. Une loi3, c’est-à-dire une

vérité scientifique comme celle qui énonce que « la chaleur dilate les corps »

serait une donnée de l’expérience, elle appartiendrait à la réalité objective

elle-même. En tant que propriété des choses, elle existerait donc

indépendamment de notre esprit.

1 Cf. « notre science » (lignes 1-2 et ligne 10). De plus, l’exemple choisi par Bergson : « la

chaleur dilate les corps » (ligne 3 et ligne 15) est un exemple de vérité scientifique.

2 En grec, pra~gma (lire : prâgma) signifie action (cf. William James, Le Pragmatisme,

Flammarion, 1968, p. 49).

3 Une loi, c’est-à-dire une relation constante entre certains phénomènes.

2

En tant que telle, elle préexisterait à la connaissance qu’on peut en avoir.

Et, puisque la vérité est cachée dans les faits comme une noix dans sa

coquille (Bergson, La Pensée et le Mouvant, in OEuvres, Éd. du Centenaire,

PUF, 1963, p. 1445), la connaissance (la science) se limiterait à une activité de

découverte, c’est-à-dire que son rôle serait seulement de dévoiler la vérité,

autrement dit d’ôter le voile qui jusqu’alors la masquait. En ce sens, le savoir

se réduirait à une simple mise en évidence de ce qui existe déjà : il

n’ajouterait rien à la réalité. L’emploi systématique, dans les deux premières

phrases, du mode conditionnel, traduit de la part de Bergson une intention

critique : c’est là le signe qu’il refuse une telle conception de la vérité.

II. Mais, avant de réfuter cette

...

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