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Étude du roman Des souris et des Hommes de John Steinbeck

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Par   •  18 Mars 2014  •  4 730 Mots (19 Pages)  •  767 Vues

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Comment Saint-Exupéry se situe-t-il dans son temps? Si l’on ausculte l’œuvre des quatre grands écrivains autour de la guerre 1939-1945, Sartre, Camus, Malraux, Saint-Exupéry, on en déduit une morale humaniste de combat, énergique et dynamique. Ce qu’ils ont en commun: – l’inquiétude; la mort (1936, 1939-1944…); – l’engagement, pour sauver l’homme du néant; – la conscience de la mort et la politique2.

La troisième grande œuvre d’Antoine de Saint-Exupéry n’est plus un roman; c’est un essai à partir de son expérience de pilote: Terre des hommes. Il est édité en 1939, à la veille de la guerre, mais n’en contient pas encore les traces. Je ne reviendrai pas sur les thèmes récurrents qui ont déjà été abordés, comme l’angoisse et l’insécurité, l’amitié, le service de l’homme et le sens de la responsabilité, bien que ces thèmes soient souvent repris avec beaucoup de poésie et de bonheur et de diverses manières. Sera traité, ici, l’éveil de la conscience de l’homme, selon Saint-Exupéry: de sa grandeur et de sa petitesse, de la vérité et de l’Esprit, du vrai bonheur. Nous percevons combien sa conscience, avec la richesse de sa vie, se fait de plus en plus vive.

Une conscience: c’est ainsi que Saint-Exupéry désigne tout homme «éveillé» au spirituel: il compare souvent, en beauté, ces consciences aux étoiles. Lors de ses longues nuits de vol, il médite sur toutes ces lumières encore allumées, tard dans la nuit, sur la grande diversité des motifs de l’éveil de la conscience: «Chacune signalait, dans cet océan de ténèbres, le miracle d’une conscience.»17

Mais, inversement, après avoir quitté la vision de la voûte céleste pour atterrir dans un vieil autobus rempli de petits employés, à l’aube, il s’interroge aussi sur tant de «consciences endormies». C’est le célèbre passage du «petit bourgeois de Toulouse». Ce passage qui commence par «Vieux bureaucrate, mon camarade, ici présent…»18 que nous frémissons d’être tous, face à ces héros. Saint-Exupéry le compare encore, plusieurs fois dans son œuvre, à l’habitant d’une termitière… qui perd peu à peu conscience, par la routine…

La grandeur de l’homme est entièrement contenue dans le portrait célèbre que fait de son ami Guillaumet «Saint-Ex, ou Saint-Exu» ¬– pour ses amis qui eurent la chance d’être parmi ses intimes. Ce portrait serait sans doute très voisin de celui de Mermoz, pour l’endurance, l’énergie, le courage, l’audace – les avions étaient construits pour voler jusqu’à 5200 mètres et l’altitude de la Cordillère des Andes était de 7000 mètres – … et ils sont passés. On connaît cette phrase que Guillaumet a prononcée et qui sépare avec orgueil l’homme… du chimpanzé: «N’aimerait-on pas nous faire croire, aujourd’hui, que nous en sommes l’égal?» Cet orgueil, le bel orgueil, nous dira ensuite Saint-Exupéry dans Citadelle, est existence et permanence. Il est conscience et reconnaissance de son don aux autres; il est donc, dans la durée, créateur, et ses effets durent après lui; il est, ici, relié au sens des responsabilités de l’homme:

«Etre homme, c’est précisément être responsable… C’est sentir, en posant sa pierre, que l’on contribue à bâtir le monde.»19

Guillaumet va marcher au-delà des ses forces; c’est l’Esprit qui marchera en lui, pour préserver la vie, là-bas, qui se tisse, et dont il est un des maillons importants. On pourrait extrapoler et dire que plus l’homme «existe», aux yeux des siens, à ses propres yeux, plus il a la capacité de lutter contre la mort.

Nous retrouvons deux soucis du siècle, traités par Saint-Exupéry, et sur lesquels je passerai rapidement, à savoir la technique et l’argent. L’avion est le fruit d’une magnifique technique, mais c’est un outil, non un but; il en est de même de l’argent: les choses les plus précieuses sont celles que l’on n’achète pas:

«On n’achète pas l’amitié d’un Mermoz… Cette nuit de vol et ses cent mille étoiles, cette sérénité, cette souveraineté de quelques heures, l’argent ne les achète pas…»20

Il en est de même du bonheur de vivre après l’étape périlleuse, ou de la richesse des souvenirs. C’est à ce propos que l’on peut voir quel est le vrai bonheur.

Ainsi les longues étapes dans le désert, comme les nuits de vol, permettent la méditation intérieure et le rêve, l’essor de la poésie:

«Je n’étais rien qu’un mortel égaré entre du sable et des étoiles… et cependant je me découvris plein de songes… J’avais besoin de ces mille repères pour me reconnaître moi-même, pour découvrir de quelles absences était fait le goût de ce désert…»21

C’est là que Saint-Exupéry découvre, dans sa propre vie intérieure, à quoi il tient le plus, à quoi il est vraiment attaché: c’est le monde protecteur et merveilleux de l’enfance, la vieille maison des grandes vacances, les demoiselles protectrices qui gardent les enfants et qui entretiennent la maison. Pour finir je retiendrai de ce livre deux vérités fondatrices: – la conscience se transmet: «Ce qui se transmettait ainsi de génération en génération, avec le lent progrès d’une croissance d’arbre, c’était la vie mais c’était aussi la conscience, le patrimoine spirituel…»22

– et qu’est-ce qui fonde l’homme?

«La vérité pour l’homme, c’est ce qui fait de lui un homme.»23

Nous allons approfondir cette vérité.

Le titre de l’ouvrage suivant, Pilote de guerre, parle de lui-même et, pourtant, il recèle une autre expérience très importante et nouvelle, une méditation capitale… Cet ouvrage paraît en pleine guerre, en 1942, en anglais et en français, mais il est interdit en France par les autorités allemandes en 1943. L’état des lieux, décrit par Saint-Exupéry, en 1939 et en 1940, est la défaite française, l’immense désordre et l’exode. On envoie sciemment les hommes à l’abattoir.

Avec la situation de guerre, de nouveaux mots, de nouvelles idées surgissent dans l’œuvre: la mort prend une réalité nouvelle, très concrète24; le mot «Esprit» s’emploie aussi de manière plus dense25 et le mot «dieu» arrive, d’abord avec une minuscule26, puis avec une majuscule27

La vie de l’intelligence n’est pas celle de l’Esprit: «L’esprit ne considère point les objets, il considère le sens qui les noue entre eux.»28 Se battre jusqu’au bout, bien que la défaite soit assurée; aller consciemment vers la mort… voilà la supériorité de l’esprit sur l’intelligence. Avoir

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