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Stupeur Et Tremblements - Représentation Du Japon

Dissertation : Stupeur Et Tremblements - Représentation Du Japon. Recherche parmi 265 000+ dissertations

Par   •  6 Avril 2013  •  5 187 Mots (21 Pages)  •  2 356 Vues

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Le Japon se révèle être un véritable objet romanesque, ou plus encore, un révélateur d’identité chez Amélie Nothomb, écrivaine belge, née au Japon en 1967. Dans son œuvre littéraire ouvertement autobiographique, et dont l'impulsion vient manifestement de son origine japonaise, il est important de prendre en considération les éventuelles manifestations d’une confrontation entre la culture occidentale et la culture orientale, puisqu'en effet son œuvre est profondément ancrée en terre d’enfance, c’est-à-dire, en terre nippone, mais aussi en terre européenne. "Tous ceux qui ont un jour entendu parler d’Amélie Nothomb savent qu’elle est totalement, tendrement, voire tragiquement imprégnée par le Japon où elle a passé la première partie de son enfance, au point de se croire japonaise et de vouloir y retourner travailler comme interprète quand elle sera adulte. Qu’il a marqué autant sa personnalité que sa littérature."1 C'est donc naturellement que notre étude se dirige vers son roman Stupeur et Tremblements, publié en 1999 chez Albin Michel. Ce récit autobiographique, dans lequel Amélie une jeune occidentale tente de faire carrière au Japon, peut être considéré comme une critique sociale, politique et culturelle fondée notamment sur l'esquisse d'une comparaison entre orient et occident, qui permet de mieux saisir les caractéristiques spécifiques de l’art de vivre japonais. L'expérience de l'entreprise nippone permet à la narratrice de représenter l’image de l’Autre, du pays de l'Autre. L'œuvre entière est caractérisée par une atmosphère de l'altérité, et cela à plusieurs niveaux – physique, intellectuel, comportemental, esthétique et linguistique. Puisque le roman s'intéresse aux rapports de l'écrivain avec le monde extérieur, il prend inévitablement la forme d'une critique acerbe de la société qui entoure la narratrice. Dans son récit, Amélie Nothomb est conduite à réfléchir sur le statut de la femme éduquée au Japon, telle que l'incarne sa supérieure hiérarchique Fubuki Mori. Par delà cette remise en cause du statut de la japonaise à travers le regard d'une occidentale, c'est la société nippone et ses principaux fondements qui sont critiqués. Le roman retranscrit le conflit entre la réalité moderne et les hautes valeurs ancestrales nippones.

I. AUTOUR DE L'OEUVRE

1. Genèse et place du roman dans l'œuvre d'Amélie Nothomb.

Si Stupeur et tremblements n'est ni le premier roman ni le premier succès d'Amélie Nothomb, il occupe une place considérable dans son œuvre : il restitue une expérience déterminante, qui a conduit son auteur à décider de vivre de sa plume. Lorsqu'elle retourne au Japon en 1990, à l'âge adulte, c'est mue par le souvenir sans tâche du pays de sa naissance et du bonheur de sa première enfance. Parfaitement trilingue (elle parle le japonais, le français et l'anglais), elle se fait embaucher dans une firme d'import-export de Tokyo et y fait la douloureuse expérience qu'au Japon, "l'existence, c'est l'entreprise". Citons à ce sujet un de ses entretiens2 :

"J'ai commencé à écrire à mon arrivée en Belgique , a l'âge de 17 ans. J'ai écrit des romans que je n'aurais jamais osé montrer à quiconque s'il n'y avait eu le cuisant échec japonais de 1990, cette grande gifle que j'ai vécue et que je raconte dans Stupeur et Tremblement. J'ai étudié la philologie roman à l'Université Libre de Belgique, mais je n'avais aucune intention d'être prof. J'en serais d'ailleurs incapable . J'ai fait ces études pour avoir une identité européenne puisque jusque là, je n'avais jamais mis les pieds en Europe – et aussi parce que j'ai un grand attrait pour la littérature et la langue française, tout comme pour le latin et le grec. Mais, pour moi, ma destinée était tracée : je voulais retourner au Japon et y vivre . On a vu ce que ça a donné. Je me suis donc dit, au retour : "Allez! Si tu essayais de faire quelque chose de ces manuscrits?"

Le Japon, sujet romanesque inépuisable pour l'auteur, est l’extériorisation de son ego littéraire, de sa volonté de création. Elle se considère à la fois japonaise et belge; dans Stupeur et tremblements elle parle d’un double exil : elle est exilée du Japon mais aussi de Belgique. D’autre part, sa jeunesse en terre orientale l’a beaucoup marquée et a eu un tel impact, qu'il s’agit d’un véritable amour vis-à-vis de cette nation qu'elle considère comme le pays de la beauté par excellence (Cf. Métaphysique des tubes), qui la fascine et qu’elle admire. Même si elle adopte une attitude critique, pour manifester par exemple son désaccord concernant la condition et la situation de la femme japonaise ou bien le monde du travail, même si elle s’insurge parfois contre le "masque japonais", elle s’exprime toujours avec une certaine tendresse. Si elle dénonce dans le roman des aspects cruels de la vie au Japon, elle en adoptera cependant le respect d’autrui et le refus des conflits.

2. Comprendre le titre

L'explication du titre est fournie dans le livre à la fin de l'entretien entre Amélie et Fubuki, où la narratrice annonce sa démission à sa supérieure : "Dans l'ancien protocole impérial nippon, il est stipulé que l'on s'adressera à l'empereur avec "stupeur et tremblement". J'ai toujours adoré cette formule qui correspond si bien au jeu des acteurs dans les films de samouraïs, quand ils s'adressent à leur chef, la voix traumatisée par un respect surhumain." Aujourd'hui cette règle n'est plus valable, ni écrite nulle part. Il est cependant intéressant de constater que cette habitude culturelle du respect poussé à son comble semble être toujours valable dans les entreprises japonaises : les "inférieurs" ont coutume de s'adresser ainsi à leurs supérieurs. Cette formule est donc emblématique de l'attitude obligée de la narratrice à l'égard de sa hiérarchie pour lui signifier son respect, semblable à celui que l'on devait éprouver en présence du dieu vivant qu'était l'empereur. De fait, cette attitude vaut à la fin du récit en face de Fubuki, mais dès le début la narratrice parle à son égard de stupeur au sens physique du terme. Cette même stupeur la caractérise lorsqu'elle se trouve pour la première fois nez à nez avec le président de la compagnie, M.Hanéda où de nombreux termes reprennent l'isotopie

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