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Le roman et ses personnages : visions de l'homme et du monde

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Par   •  11 Mars 2014  •  Analyse sectorielle  •  3 417 Mots (14 Pages)  •  469 Vues

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Le roman et ses personnages : visions de l’homme et du monde

Le mot « roman » est apparu au XIIe siècle. Il a alors deux significations : il peut désigner la langue parlée dans le nord de la France ou bien un récit en vers français (comme les romans de la Table ronde). Le roman ne renvoie à des textes en prose qu’à partir du XIVe siècle. Mais il a déjà son sens moderne, tel que le définit Le Petit Robert : « œuvre d’imagination en prose, assez longue, qui présente et fait vivre dans un milieu des personnages donnés comme réels, nous fait connaître leur psychologie, leur destin, leurs aventures. »

1 L’histoire des personnages à travers celle du roman

A. Le XVIIe siècle : des personnages sous influences…

1. les héros raffinés des romans précieux

Les romans héroïques précieux de Mlle de Scudéry (1607-1701) sont écrits dans un esprit épique : les personnages sont marqués par le modèle des héros antiques d’Homère ou de Virgile, ou par des modèles italiens comme ceux de L’Arioste ou du Tasse. Clélie est un roman à clés qui transpose les mœurs antiques, et qui contient la fameuse « carte du tendre ».

Dans la même veine précieuse, on trouve aussi des romans pastoraux : L’Astrée d’Honoré d’Urfé (1567-1701) est celui qui a connu à l’époque le plus grand succès. Les personnages, Astrée et Céladon, y illustrent un idéalisme éthéré : leurs amours illustrent le goût de la préciosité pour l’analyse des sentiments.

2. Les héros joyeux des romans comiques.

A l’opposé des héros « parfaits » des romans précieux, on trouve les personnages réalistes des romans comiques, dont les aventures sont parfois sordides. C’est le cas dans L’histoire comique de Francion, (1623) de Charles Sorel. On peut y déceler l’influence du roman picaresque espagnol qui est en vogue au début du siècle. Le picaro est un personnage d’aventurier errant, un gueux généralement sans foi ni loi, dont l’histoire à rebondissements connaît de multiples péripéties : il est en quête d’un statut social. En marge de ce mouvement, le Don Quichotte de Cervantès, traduit en 1614, a connu un énorme succès.

Le Roman comique de Scarron (1610-1660) est une « épopée burlesque ». On peut voir dans cette écriture parodique la critique implicite du genre des romans précieux, qui se voulaient épiques, même si les romans comiques, moins nobles, plus populaires, s’adressent à des lecteurs différents. Ces romans-fleuves (aussi bien les romans précieux que les romans comiques) ont des intrigues souvent enchâssées et entremêlées, typiques du baroque.

3. Les héros parfaits du roman classique.

Le chef d’œuvre du roman classique est la Princesse de Clèves de madame de la Fayette (1678). A l’opposé des romans baroques, l’intrigue y est dépouillée, et vraisemblable, réduite à une seule ligne narrative : il y a une unité d’action qu’on ne trouvait pas jusque là dans le roman. Les portraits du Duc de Nemours et de mademoiselle de Chartres sont à la mesure de la magnificence de la Cour. Tous les traits du personnage contribuent à refléter les traits idéaux d’une personne attachée à la cour prestigieuse de Henri II :

« Ce prince était un chef-d’œuvre de la nature ; ce qu’il avait de moins admirable, c’était d’être l’homme du monde le mieux fait et le plus beau. Ce qui le mettait au-dessus des autres était une valeur incomparable, et un agrément dans son esprit, dans son image et dans ses actions que l’on n’a jamais vu qu’à lui seul. » (La princesse de Clèves, Madame de la Fayette)

Cependant, à l’époque classique, les romans connaissent surtout des détracteurs : les prédicateurs de l’époque leur reprochent leur invraisemblance et leur nocivité : ils divertiraient de façon malsaine les esprits, et encourageraient les passions. Un janséniste comme Pierre Nicole qualifie l’auteur de romans d’ « empoisonneur public ». A la fin du siècle, le genre romanesque n’est plus à la mode : Boileau lui-même le critique sévèrement. Le roman est un genre trop hétéroclite, sa moralité est souvent douteuse, et cela ne plaît guère aux partisans de l’ordre classique.

B. Le XVIIIe siècle : la naissance du héros de roman moderne

1. Le personnage entreprenant de la veine réaliste.

L’influence du picaresque espagnol se fait encore sentir dans Gil Blas de Sentillane de Lesage (1735), puisque le héros part sur les chemins à la recherche de la réussite, et connaît de multiples aventures. Dans les romans de Marivaux, Le paysan parvenu (1735) et La vie de Marianne (1741), c’est à la fois l’analyse fine des sentiments et des comportements qui est intéressante, et la façon dont le personnage arrive à faire sa place dans la société. Ainsi, Marianne est une jeune fille intelligente et jolie, mais orpheline : elle doit affronter des obstacles pour trouver un statut social respectable, et elle fait face courageusement à un échec amoureux. Le monde autour d’elle n’est pas parfait : le pieux vieillard qui la soutient veut abuser d’elle, le charmant fiancé tombe amoureux d’une autre, et Marianne elle-même fait quelques compromis avec la morale…

2. Le personnage hédoniste du roman libertin.

♣ Les égarements du cœur et de l’esprit de Crébillon-fils est le premier des romans libertins (1736) : il retrace l’initiation sentimentale et les aventures successives d’un jeune homme, Meilcour. Le thème de l’initiation amoureuse est d’ailleurs un passage souvent obligé de ce courant romanesque, qui va de Vivant Denon (Point de lendemain), à Sade en passant par Restif de la Bretonne. Les liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos, roman épistolaire polyphonique, (1782) représente le plus grand chef d’œuvre des romans de cette veine.

♣ Le mot « libertin » vient du latin « libertinus », qui signifie « affranchi ». Il a désigné d’abord les « esprits forts », les libres penseurs, qui rejettent les préceptes de l’Eglise, puis la morale dominante (liée à la religion). Il s’agit donc d’une attitude philosophique indépendante, en rupture avec le modèle en cours. Mais le libertinage concerne aussi les mœurs et désigne celui dont la sexualité libérée et inconstante n’est pas liée forcément à des sentiments amoureux, mais au désir.

3. Le personnage philosophe du roman

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