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Commentaire de texte sur la pièce de théâtre Bajazet Acte II Scène I de Racine

Dissertation : Commentaire de texte sur la pièce de théâtre Bajazet Acte II Scène I de Racine. Recherche parmi 263 000+ dissertations

Par   •  13 Octobre 2014  •  2 283 Mots (10 Pages)  •  2 362 Vues

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Commentaire de texte

Bajazet de Racine

L'extrait étudié provient de la scène I de l'acte II de la tragédie classique de Racine : Bajazet. Il s'agit d'une réplique de Roxane, personnage central de l'oeuvre, s'adressant à Bajazet ; en effet, à ce stade de la pièce, le lecteur sait déjà que le héro éponyme feint d'aimer Roxane, favorite du Sultan, dans le but d'accéder au trône pendant l’absence de son frère parti assiéger Babylone, et qu'il aime en réalité Atalide. Durant cette scène, dans laquelle sont uniquement présents Bajazet et Roxane, cette dernière éprouve des doutes concernant l'amour de Bajazet, et le menace. En effet, dans cette tragédie en vers, on a affaire au thème classique de l'amour unilatéral : comme l'énonce Roland Barthes, il s'agit ici du schéma récurent de la tragédie classique : Roxane aime Bajazet et a tout pouvoir sur lui, alors que lui ne l'aime pas.

Cet extrait marque un tournant dans la pièce puisque c'est pendant cette scène que Roxane va réaliser que l'amour de Bajazet n'est sans sûrement qu'une illusion lui servant à accéder au trône, et que ses doutes concernant sa sincérité se renforcent. Cette réplique de Roxane s'organise selon le mouvement suivant : dans un premier temps (des vers 521 à 524) Roxane rejette froidement Bajazet, renonçant à leur amour, puis dans un second temps (vers 525 à 528) on assiste aux interrogations intérieures de Roxane sur la réciprocité des sentiments de celui qu'elle aime, puis viennent les menaces de Roxane envers Bajazet ( vers 529 à 537) et enfin (du vers 538 à 542), Roxane met Bajazet face à un véritable dilemme: il doit l'aimer, ou mourir.

En quoi cet extrait illustre-t-il parfaitement les rapports de pouvoir et d'opposition de la pièce ?

Nous nous pencherons dans un premiers temps sur le pouvoir politique absolu de Roxane sur Bajazet, puis nous étudierons les jeux d'opposition entre Bajazet et son frère Amurat, et enfin nous verrons que cet extrait met en scène Roxane comme esclave de sa passion pour Bajazet.

Dès le début de la réplique, on remarque que Roxane a un pouvoir absolu sur Bajazet, du point de vue politique. En effet, durant tout l'extrait, on note une multiplication des injonctions et l'emploi de l'impératif ( « ne m'importune plus », « rentre », « n'en doute point » ), qui traduisent la colère de Roxane face aux hésitations de Bajazet : la sultane se sent trahie par celui qu'elle aime et, dans sa position, peut se permettre de lui donner des ordres. Roxane est en effet un personnage central de la pièce, puisqu'elle est en lien avec tous, elle est aussi souveraine du sérail et s'est vu confier toute autorité depuis le départ du Sultan Amurat pour le siège de Babylone. Elle apparaît donc comme un personnage très puissant dans une position supérieure par rapport à Bajazet, comme on peut le voir des vers 520 à 537, avec l'emploi du tutoiement à répétition ; cela montre la colère de Roxane mais aussi sa supériorité, son pouvoir sur Bajazet, le tutoiement pouvant être perçu à la fois comme une marque d'intimité, mais aussi, comme c'est le cas ici, comme un certain manque de respect. Cette toute puissance de Roxane sur Bajazet se fait aussi sentir aux vers 541 et 542, avec le couple de rimes suivies « furie » et « votre vie » ; Roxanne a donc droit de vie et de mort sur Bajazet, puisque avant son départ, Amurat lui avait ordonné de l'exécuter, et sa condition dépend de la simple humeur de Roxane. Elle apparaît alors comme ayant une personnalité extrême, cruelle, tyrannique et impulsive. Cet absolutisme est en effet propre à l'orient à l'époque de l'écriture de la pièce, et cette dimension de toute puissance fascine les occidentaux, et donc les lecteurs de Racine : seul le Sultan peut décider, de manière totalement arbitraire de punir, tuer ou sauver n'importe lequel de ses sujets.

De plus, on remarque aux vers 529 et 530 une rime entre «  je fasse » et « ta grâce », association de deux termes qui renforce le pouvoir de Roxane sur Bajazet : le destin de ce dernier dépend donc entièrement de la décision et de l'action de Roxane qui, en l'absence d'Amurat a toute autorité sur le Sérail et utilise ce pouvoir à des fins personnelles en décidant du destin de Bajazet, comme on peut le lire dans sa réplique précédente : « Songez vous que je tiens les portes du palais, Que je puis vous l'ouvrir ou fermer à jamais, Que j'ai sur votre vie un empire suprême, Que vous ne respirez que tant que je vous aime ? ». Roxane s'autoproclame donc comme sauveuse de Bajazet, et comme sa seule issue, son seul moyen de survie.

Enfin on assiste, et ce tout au long de la réplique, à une construction des phrases avec la présence de Roxane, sujet qui parle, et de Bajazet ; c'est donc, dans la bouche de la Sultane, une véritable mise en rapport des deux personnages. Les agissements de Roxane ont toujours une conséquence cruciale sur Bajazet : si elle l'épouse, il se voit accorder la grâce, et le trône, si elle le rejette, il est fait tuer.

La réplique de Roxane illustre donc clairement le pouvoir qu'a cette dernière sur Bajazet, c'est à dire le droit de vie et de mort, donc un pouvoir que l'on pourrait juger d'absolu. Néanmoins ce pouvoir se construit aussi via des jeux d'opposition entre les différents personnages présents et mentionnés.

La réplique de Roxane comporte une multitudes d'oppositions, renvoyant particulièrement aux différences et aux contrastes entre Bajazet et son frère, le Sultan Amurat, n'étant que mentionné dans la pièce. En effet, alors que Bajazet est décrit comme un homme honnête, juste, au caractère et à la personnalité presque effacée (il n'apparait que peu de fois dans la pièce, par rapport à Roxane ou Atalide par exemple, alors qu'il en est le héro éponyme), son frère ainé Amurat semble être le parfait tyran, à la tête d'un puissant empire, un conquérant en train d'assiéger Babylone, cruel et inflexible. Il est effectivement mentionné dans la préface écrite par Racine qu'Amurat avait fait étrangler son frère ainé Osman, et l'on apprend dans la pièce qu'il avait donné l'ordre de tuer son cadet, par peur d'une possible rivalité et pour éliminer toute menace au trône. Cette dimension

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