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Manon Lescaut : la mort de Manon

Fiche : Manon Lescaut : la mort de Manon. Recherche parmi 304 000+ dissertations

Par   •  30 Avril 2026  •  Fiche  •  1 992 Mots (8 Pages)  •  2 Vues

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ANALYSE LINÉAIRE TEXTE 4 :LA MORT DE MANON

Depuis des centaines d’années, la mort des amants maudits fascine les écrivains : de Roméo et Juliette en passant pat Phèdre, les passions trop intenses se terminent souvent dans la tragédie. Publié en 1731, Histoire du chevalier des Grieux et de Manon Lescaut, dit Manon Lescaut, est le septième tome des Mémoires et aventures d’un homme de qualité qui s’est retiré du monde écrit par l’abbé Prévost. Antoine François Prévost né en 1697 et mort en 1763, est un écrivain du XVIIIᵉ siècle au parcours mouvementé : ancien moine, il quitte les ordres pour mener une vie d’aventures, de voyages et de passions qu’il transpose dans ses récits. Son œuvre s’inscrit dans une époque marquée par la raison, mais il s’attache à explorer les dérèglements du cœur et la puissance destructrice de l’amour. Manon Lescaut relate la passion dévorante du chevalier Des Grieux pour la jeune Manon, amour qui les conduis tous les deux à la ruine et l’exil. L’extrait étudié se situe à la fin du roman, au moment où Manon meurt dans le désert de la Louisiane, laissant Des Grieux désespéré. Cette scène poignante clôt le récit sur une note tragique et pathétique. Nous pouvons donc nous demander dans quelle mesure Des Grieux fait-il d’une mort déshonorante un moment sublime empreint de tragique et de pathétique. Ainsi, dans le premier mouvement, de la ligne 1 à 3 « j’entreprends de l’exprimer » nous verrons un moment indicible. Puis dans le deuxième mouvement, de la ligne 4 « nous avions passé » à 12 « la fin de ses malheurs approchait », nous verrons que Des Grieux prend peu à peu conscience de la gravité de l’état de Manon. Enfin, dans le troisième mouvement, de la ligne 12 « N’exigez point de moi » à la fin « la mener jamais plus heureuse », nous verrons la mort de Manon et ses conséquences sur Des Grieux.

         Pardonnez, si j'achève en peu de mots un récit qui me tue. Je vous raconte un malheur qui n'eut jamais d’exemple. Toute ma vie est destinée à le pleurer. Mais, quoique je le porte sans cesse dans ma mémoire, mon âme semble reculer d'horreur, chaque fois que j'entreprends de l'exprimer.
         Nous avions passé tranquillement une partie de la nuit. Je croyais ma chère maîtresse endormie et je n'osais pousser le moindre souffle, dans la crainte de troubler son sommeil. Je m'aperçus dès le point du jour, en touchant ses mains, qu'elle les avait froides et tremblantes. Je les approchai de mon sein, pour les échauffer. Elle sentit ce mouvement, et, faisant un effort pour saisir les miennes, elle me dit, d'une voix faible, qu'elle se croyait à sa dernière heure. Je ne pris d'abord ce discours que pour un langage ordinaire dans l'infortune, et je n'y répondis que par les tendres consolations de l'amour. Mais, ses soupirs fréquents, son silence à mes interrogations, le serrement de ses mains, dans lesquelles elle continuait de tenir les miennes me firent connaître que la fin de ses malheurs approchait. N’exigez point de moi que je vous décrive mes sentiments, ni que je vous rapporte ses dernières expressions. Je la perdis ; je reçus d'elle des marques d'amour, au moment même qu'elle expirait. C’est tout ce que j'ai la force de vous apprendre de ce fatal et déplorable événement.
         Mon âme ne suivit pas la sienne. Le Ciel ne me trouva point, sans doute, assez rigoureusement puni. Il a voulu que j'aie traîné, depuis, une vie languissante et misérable. Je renonce volontairement à la mener jamais plus heureuse.

« Pardonnez, si j’achève en peu de mots un récit qui me tue »

Le verbe « pardonnez », employé au présent de l’impératif, exprime une supplication, presque une prière. Des Grieux implore ainsi Renoncour de ne pas l’obliger à parler et de lui permettre de ne pas s’étendre, car le récit de la mort de Manon est trop douloureux à livrer.

L’expression « un récit qui me tue » est une hyperbole, puisque le fait de raconter les événements ne peut évidemment pas entraîner la mort du chevalier. Cette exagération participe à l’instauration d’un registre pathétique et suscite chez le lecteur une profonde compassion pour le personnage.

Je vous raconte un malheur qui n’eut jamais d’exemple.

Cette phrase peut être interprétée comme une périphrase, car Des Grieux est incapable de nommer directement la mort de Manon, tant cette réalité lui est douloureuse. Elle relève toutefois aussi de l’hyperbole, puisque le narrateur confère à cette disparition une portée démesurée, comme si elle avait vocation à bouleverser l’humanité entière, soulignant ainsi la gravité extrême de la perte de Manon.

Toute ma vie est destinée à le pleurer.

Le narrateur adopte ici le registre tragique en évoquant le destin. Il se décrit comme condamné au malheur, n’ayant plus d’autre mission que de conserver le souvenir de Manon et de porter éternellement son deuil.  

Mais quoique je le porte sans cesse dans ma mémoire, mon âme semble reculer d’horreur, chaque fois que j’entreprends de l’exprimer.

Grammaticalement, « quoique je le porte sans cesse dans ma mémoire » est une proposition subordonnée circonstancielle conjonctive de concession introduite par la conjonction de coordination « quoique » elle complète la proposition principale « je le porte sans cesse dans ma mémoire » et sa fonction est complément circonstanciel de concession/opposition.

Il existe un paradoxe : bien qu’il ne cesse de penser à cette mort, il est incapable de l’exprimer par des mots. Celle-ci relève une nouvelle fois de l’indicible, tant elle est trop atroce pour être racontée.  

Ainsi, dans ce premier mouvement, nous avons montré que Des Grieux prévient par avance de la dificulté de finir son récit, cela créé donc du pathétique qui sucite la compasion du lecteur et le met en garde de l’horreurdu récit qui va suivre. Il ne prononce jamais le mot mort, comme si le prononcer etait douloureux mais on le devine

Nous avions passé tranquillement une partie de la nuit. Je croyais ma chère maîtresse endormie et je n’osais pousser le moindre souffle, dans la crainte de troubler son sommeil.

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