Le moi dédoublé et mélancolique
Analyse sectorielle : Le moi dédoublé et mélancolique. Recherche parmi 303 000+ dissertationsPar Véronique Valembois-Amuzu • 9 Mars 2026 • Analyse sectorielle • 1 640 Mots (7 Pages) • 8 Vues
Séance 2 : Le moi dédoublé et mélancolique
Textes supports
Corpus
• Alfred de Musset, « À mon double » (1833)
• François-René de Chateaubriand, René (1802), extrait
• Alfred de Musset, La Confession d’un enfant du siècle (1836), incipit
Objectifs de la séance
• Étudier le dédoublement du moi et la mélancolie romantique
• Identifier la tension entre l’intime et l’altérité dans le « je »
• Repérer un moi en crise, errant, insatisfait
• Identifier les signes de la mélancolie (ennui, spleen, fatigue d’exister)
• Préparer la lecture de Gérard de Nerval : la mélancolie comme terrain de la folie poétique`
Texte 1 – Alfred de Musset, À mon double (1833), le dédoublement du moi : dialoguer avec soi-même
Allons, mon pauvre ami, prends courage et sois sage ;
Allons, il est trop tard pour te mettre en colère ;
N’accuse pas le sort, sois calme, sois sincère,
Et, s’il est un malheur, supporte-le en silence.
Ainsi me parlait-il, ce fantôme importun,
Qui ressemble à moi-même et n’est pourtant pas moi ;
Il me suivait partout, et je sentais en moi
Deux êtres opposés, et cependant un seul.
L’un était jeune encore, et l’autre plein d’audace ;
L’un parlait de plaisir, l’autre parlait de paix ;
L’un me disait : Espère ! et l’autre : À quoi bon ?
Et mon cœur hésitait entre ces deux voix contraires.
• le dédoublement du moi romantique à travers un dialogue intérieur
• la crise identitaire du « je », partagé entre deux voix opposées
• la mélancolie et le mal du siècle (lassitude, doute, fatigue d’exister)
• un moi instable, hésitant, incapable de se fixer
• Sert de texte-charnière entre la mélancolie romantique et la fragilisation du moi (vers Nerval)
Texte 2 – François-René de Chateaubriand, René (1802), la mélancolie romantique : ennui et errance du moi
Je fus tiré de mon sommeil par le chant des oiseaux. Je m’assis sur mon lit, et je regardai la campagne par la fenêtre. Le soleil se levait à peine ; les vapeurs de l’aurore flottaient encore sur les prairies, et les forêts paraissaient couronnées de nuages. Je me sentis attendri par ce spectacle, et je me levai plein d’un vague désir de bonheur.
Cependant cette impression s’évanouit bientôt. Je sortis, je marchai au hasard, sans savoir où j’allais. Je me trouvais comme accablé par une abondance de vie inutile. Je portais partout avec moi un vide de cœur, une langueur secrète, et je n’avais le désir de rien. Tantôt je rêvais à la grandeur, tantôt je tombais dans l’abattement le plus profond.
Je m’ennuyais de tout, et cet ennui profond ressemblait au calme de la mort. Mon imagination était riche, abondante ; mais je n’en tirais aucun fruit. J’avais mille projets d’existence, et je ne pouvais en former aucun. Je me trouvais comme perdu dans un désert de pensées.
J’aimais la solitude ; mais une solitude amère et stérile ; je fuyais les hommes, et cependant leur absence me pesait. Lorsque je me mêlais à la société, je m’y sentais isolé ; lorsque je m’en retirais, je me trouvais seul avec un ennui plus cruel encore.
Je cherchai dans les livres des remèdes à mes maux ; j’y trouvai des peintures de mes souffrances. Les poètes semblaient avoir écrit pour moi. Je crus un moment que les voyages dissiperaient mon malaise ; je parcourus des pays divers, je vis des peuples différents ; mais partout je retrouvai la même tristesse au fond de mon cœur.
Rien ne me touchait durablement. Les beautés de la nature elles-mêmes perdaient leur charme, ou ne me causaient qu’une émotion passagère suivie d’un plus grand vide. Ainsi se forma en moi ce caractère indéfinissable, mélange d’orgueil et de lassitude, qui devait faire le malheur de ma vie.
• l’ennui existentiel
• l’errance intérieure
• la solitude au milieu des hommes
Texte 3 – Alfred de Musset, La Confession d’un enfant du siècle (1836), le moi en crise : une confession douloureuse
Alors ce fut une mêlée confuse, un pêle-mêle inouï de passions et d’opinions ; on ne sut plus à quoi croire, ni à quoi se prendre. Ceux qui niaient tout furent appelés forts ; ceux qui doutaient passèrent pour sages ; ceux qui espéraient encore furent traités de fous.
Il y avait dans l’air un je ne sais quoi de triste et de maladif. Les jeunes gens sortaient des collèges en croyant à tout, et entraient dans la vie en ne croyant à rien. Ils avaient appris trop tôt toutes choses ; et ce qu’on leur avait enseigné n’était déjà plus vrai.
On ne savait plus ce qu’était le bien et le mal ; on ne savait plus ce qu’il fallait aimer ou haïr. Les mots de gloire, de vertu, de religion, n’étaient plus que des sons vides. L’ironie s’était assise sur toutes les ruines ; et cette ironie, fille de la douleur, cachait un immense désespoir.
C’est dans ce temps-là que je naquis. Je souffrais d’un mal inconnu, et je ne pouvais dire d’où il venait. J’étais fatigué de la vie, sans avoir vécu ; brisé sans avoir combattu. Tout ce qui m’entourait me semblait vide, et je me sentais seul au milieu des hommes.
Il y avait en moi un ennui profond, une tristesse vague, un dégoût universel, que rien ne pouvait apaiser. Ce n’était ni une douleur vive, ni une peine précise, mais une lassitude de l’âme, semblable à celle d’un vieillard, et que je portais dès ma jeunesse. Je ne savais ce que je voulais, et cependant je sentais vivement ce qui me manquait.
Ainsi se forma cette génération ardente,
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