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Le lecteur a nécessairement besoin de s’identifier au personnage principal et de partager ses sentiments ou peut-il y avoir d’autres manières de réaliser un roman qui plaît ?

Dissertation : Le lecteur a nécessairement besoin de s’identifier au personnage principal et de partager ses sentiments ou peut-il y avoir d’autres manières de réaliser un roman qui plaît ?. Recherche parmi 257 000+ dissertations

Par   •  23 Février 2020  •  Dissertation  •  2 628 Mots (11 Pages)  •  192 Vues

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                                                               Dissertation

Si la lecture est une activité primordiale à l’apprentissage et ainsi est une partie obligatoire de l’éducation par l’école, c’est aussi un loisir et une manière pour certains de s’ouvrir, de s’octroyer une pause et s’ouvrir à ce que peut proposer l’imaginaire. C’est là une des fonctions de l’oeuvre littéraire et du roman. Le roman, par la grande liberté qu’il permet à l’auteur, est un genre qui présente une grande diversité. C’est ce qui lui permet de conquérir un large public : ses thèmes, sujets et formes sont variées. Du roman épistolaire au roman historique,  ce genre littéraire peut être caractérisé de genre polyvalent et modelable. Cependant, s’il change de forme à la guise de celui qui le réalise, le roman a un public, qui le lit et l’apprécie plus ou moins. Alors, l’intérêt et le plaisir du lecteur à lire l’oeuvre devient un enjeu majeur pour l’auteur. Comment réaliser un roman qui plaît ? On peut suggérer que plaire, c’est faire vibrer, faire ressentir quelque chose au lecteur. Son imagination est la clé d’un processus d’identification qui fait du protagoniste une passerelle entre l’imaginaire et le réel : le personnage ressemble au lecteur, alors il peut s’imaginer à sa place.

On va se demander si le lecteur a nécessairement besoin de s’identifier au personnage principal et de partager ses sentiments, ou peut-il y avoir d’autres manières de réaliser un roman qui plaît ?

Pour répondre à cette question, il s’agira d’abord de traiter de l’idée d’identification dans le roman, puis de chercher à développer d’autres manières de plaire puis, finalement, d’approfondir le sujet en traitant de la volonté de l’auteur non pas de plaire, mais de se complaire dans sa création.

        Le lecteur, pour partager les sentiments du protagoniste dont il lit les aventures ou mésaventures, a besoin de s’y identifier. C’est-à-dire qu’il a besoin de sentir entre lui et le personnage des points communs, des situations, des sentiments qui leur sont communs. C’est là tout l’intérêt de mettre en scène des personnages qui se rapprochent le plus du public choisi, visé par l’auteur.

Lorsque Flaubert écrit Madame Bovary, il lui donne quelque chose de très humain : la tentation, l’amour, ainsi qu’un lot d’autres sentiments qui font d’elle un personnage auquel on peut s’identifier, mais il lui donne surtout l’imagination, qui sera source de son plaisir ainsi que source de sa douleur. Emma Bovary est un personnage qui représente ce qu’est un lecteur, un mauvais lecteur peut-être : celui qui voudrait faire de ses lectures une réalité dans laquelle se complaire. Flaubert, qui dépeint une réalité dans laquelle il existe de l’adultère, de la tentation qui dépasse les normes du mariage, créé ici un personnage vraiment humain, un personnage qui a des failles. Il est poursuivit en 1857, la même année que Baudelaire pour ses Fleurs du Mal en poésie, procès pour atteinte aux bonnes mœurs dans une société qui veut taire la faiblesse humaine. Cependant, Gustave Flaubert se sert du roman pour faire quelque chose de très particulier : mettre en abyme le lecteur dans sa lecture, face à un personnage qui lui ressemble. Le roman permet des réactions diverses : on le déteste pour les tabous qu’il soulève ou on l’aime pour la même raison.

En 1897 paraît Cyrano de Bergerac, écrit par Edmond Rostand. Il y présente un personnage dont le physique n’est pas idéal, dont on moque l’apparence, mais qui pourtant s’en sort grâce au pouvoir de la parole. C’est un personnage non idéalisé et qui permet donc au lecteur de trouver sa place en temps qu’être humain naturellement doté de défauts. L’espoir d’un monde meilleur à vivre s’il est conté et vécu avec de jolis mots jalonne le texte de Rostand, donnant ainsi au spectateur de quoi s’identifier auprès de thèmes comme l’amour, l’amitié et la timidité, aussi, et de quoi rêver.

Dans Une vie (1883), Maupassant met en scène un sentiment humain universel : l’ennui. Le portrait de Jeanne présente une femme rêveuse, qui échappe à l’ennui par l’entretien de son imagination fleurissante, traduite dans le texte proposé par des énumérations de rêveries. C’est une femme dont la rêverie permet l’escapade, cependant le texte se conclue par un retour au sol, par un retour à la réalité commun à tous les lecteurs une fois que leur livre se clot.

        Si les auteurs peuvent vouloir permettre l’identification à leur personnage, l’auteur peut aussi les faire rêver pour que l’oeuvre leur plaise.

C’est le cas dans les romans fantastiques. On échappe au vraisemblable, à une identification par la ressemblance, et on cherche à faire voyager le lecteur non plus dans des terres battues mais dans quelque chose d’autre, qui n’existe d’ailleurs parfois pas. Boris Vian laisse place à du fantastique dans des œuvres comme L’écume des jours par exemple.

Faire voyager le lecteur, cela peut aussi passer par des horizons nouveaux. Gabriel Garcia Marquez, auteur colombien du vingtième siècle, imagine de nouvelles terres, une ville : Macondo. Le fait même de créer une ville, son nom, son peuple, permet à G. Garcia Marquez de s’évader et de prendre une certaine distance avec le réel, parfois même d’insérer des éléments presque surnaturels dans son œuvre. Dans la même démarche, des auteurs de « sagas » de romans comme J.R.R Tolkien peuvent créer des mondes entiers au fil des parutions. C’est une manière d’absorber le lecteur non plus le temps de quelques pages mais plutôt de lui plaire au fil de tout un monde.

        Enfin, le roman n’a pas forcément pour vocation d’être purement l’objet du plaisir du lecteur. Il peut être objet de création et de délivrance pour l’auteur, objet de revendication, aussi.

Zola, lorsqu’il écrit sa fresque naturaliste des Rougon-Macquart, a pour ambition de représenter la vérité, la société dans toute sa nature. Il cherche à faire du roman un espace d’expérimentation et de prouver sa théorie de l’hérédité, c’est pourquoi il met en scène des personnages dont l’alcoolisme suit la famille, et dont les vies semblent être des cycles répétitifs de père en fils. Dès lors le roman devient un objet d’expérimentation, une preuve pour Zola à sa théorie.

Le roman peut porter une revendication politique. En 1721, lorsque Montesquieu publie ses Lettres Persanes, un roman épistolaire dont les personnages sont des perses, étrangers à la société dont ils érigent une critique à travers l’oeuvre, il cherche à en faire un miroir de la société, à la peindre telle qu’elle est. C’est une ambition qui aurait pu lui valoir quelque procès s’il n’avait pas prit soin de faire du roman une simple correspondance, dont il ne peut donc pas être l’auteur et par laquelle il ne peut donc aps être blâmé. Montesquieu utilise habilement, dès le XVIII ème siècle, la polyvalence du roman pour s’exprimer tout en évitant la censure. Le roman est une manière de parler sans qu’on ne se voit faire taire.

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