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La Lettre, Accessoire De Jeu

Dissertation : La Lettre, Accessoire De Jeu. Recherche parmi 241 000+ dissertations

Par   •  4 Janvier 2013  •  938 Mots (4 Pages)  •  1 498 Vues

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Accessoire récurrent de l’univers romanesque-en particulier au XVIIIème siècle- comme de l’univers théâtral, la lettre constitue l’objet autour duquel se nouent les scènes des comédies de Marivaux et Beaumarchais et celle du drame romantique de Victor Hugo qui constituent le corpus. La lettre va ici de pair avec une intrigue amoureuse et son importance naît probablement moins de son contenu – qui n’est pas nécessairement révélé dans ces extraits- que de l’identité des expéditeur et destinataire. Reste à déterminer la fonction particulière de ces lettres : on verra que si elles contribuent à animer la scène par le jeu qu’elles créent, elles peuvent aussi revêtir une fonction symbolique et dramatique.

De façon évidente et ce dans chaque extrait, tout un jeu scénique s’organise autour de l’objet, ce dont les didascalies témoignent : ainsi Bartholo « prend la lettre qu’il tâche de lire », « lit par derrière le fauteuil » ; la Reine « arrache une lettre froissée » de sa poitrine, la « jette sur la table » ou « se précipite » vers elle. Chez Marivaux, le jeu est plus discret puisque Dorante se contente de chercher du papier mais c’est autour de l’objet que se cristallise l’action. En outre, il permet d’accentuer la tonalité comique dans le Barbier de Séville puisque s’opposent chez Bartholo l’attitude du médecin qui « tâte le pouls » de façon répétitive et ses tentatives pour récupérer la missive du comte- du moins c’est ce qu’il croit.

Hugo est le seul des auteurs du corpus à faire jouer un rôle majoritairement symbolique à la lettre. Associée à la « fleur » et à « la dentelle », elle est métonymiquement la représentation du scripteur, Ruy Blas. La métaphore récurrente qui l’associe au feu : « cette lettre me brûle », « c’est du feu » en fait également l’expression concrète de la passion amoureuse. Enfin, les mouvements de la Reine qui la garde sur son cœur, la jette pour céder finalement à son « attraction irrésistible » fait de la lettre l’image de la tentation. Le personnage est ainsi partagé entre le désir de céder à la passion et le discours de la vertu – qui s’exprime dans l’invocation à la Vierge. Presque personnifiée dans le « Elle est là qui m’attire » ou du moins comparée à un aimant, l’objet est aussi là pour montrer combien la Reine n’est plus gouvernée par sa volonté : si elle prétend « je ne veux plus la lire », elle fait ensuite tout le contraire. La lettre, presque de façon programmatique suggère que le personnage a déjà choisi plus ou moins consciemment de se laisser porter par sa passion.

Chez Marivaux et Beaumarchais, la lettre a une fonction apparemment dramatique puisqu’elle est censée faire avancer l’action : pousser Dorante à une révélation – qui n’en est pourtant pas une ni pour Araminte ni pour le spectateur- ou confondre Rosine. Mais dans les deux cas, l’objet manque ce but. Il faut toutefois percevoir sa particularité ici : dans chacun de ces extraits la lettre constitue un artifice utilisé par un personnage qui se transforme en metteur en scène et spectateur. La présence des apartés dans les deux extraits est significative ; chez Rosine on perçoit ainsi le décalage entre son trouble apparent que marquent les didascalies, le registre tragique dont elle use, -elle se désigne à la troisième personne, se dit « infortunée

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