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"Contre les bûcherons de la forêt de Gastine” Commentaire

Commentaire de texte : "Contre les bûcherons de la forêt de Gastine” Commentaire. Recherche parmi 257 000+ dissertations

Par   •  22 Mars 2021  •  Commentaire de texte  •  2 192 Mots (9 Pages)  •  178 Vues

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Ronsard, écrivain du XVIe siècle, défend un sujet qui est tout aussi actuel aujourd’hui : la déforestation. Il écrit donc le poème “Contre les bûcherons de la forêt de Gastine”, en 1584, dans son recueil des Elégies. En effet, il compose ce chant de deuil afin de contester à cette destruction de la nature, qui l’importe aussi bien par son lien personnel avec celle-ci, que pour la protection qu’elle offre aux voyageurs et aux animaux. Le poème est écrit en alexandrins à rimes plates, lui donnant donc un aspect travaillé mais tout de même approchable à tout lecteur, à l’opposé de la poésie savante. Le registre du texte est tragique, particulièrement par la résignation de la dernière strophe, et à cette destruction qui est, au final, inévitable. Le texte contient également des allusions au registre lyrique, par l’expression des sentiments de Ronsard. Dans ce commentaire, nous allons traiter les procédés utilisés par Ronsard, tout au long du poème, afin de transmettre ses émotions et de dénoncer les ravages auxquels la forêt doit faire face. Dans un premier temps, nous allons voir la représentation de ce lieu comme sacré et accueillant envers tous. Ceci sera démontré à travers trois sous parties, une sur l’image d’un refuge idéal, une autre sur une nature humanisée et divinisée, et une dernière sur un lieu qui aide à la créativité. Ensuite, nous analyserons la façon dont Ronsard perçoit l'abattage des arbres, c’est à dire comme un crime, un sacrilège même, et il finira par faire appel à la conscience des bûcherons, et arrivera à une réflexion plus profonde sur les humains. Finalement, j’addresserai la nation d’élégie, habituellement présente à des funérailles, et la signification de ceci. La nature sera en effet évoquée comme une réalité du passé, qu’il regrette. Cette élégie, où les ressentis du poète sont fortements ressentis, laissera place à une acceptation finale, macabre et sombre, mais qui laisse également entendre une maxime philosophique de l’épicurisme.

Tout d’abord, la forêt est décrite comme un havre de paix, une “haute maison des oiseaux bocagers”. Elle est un refuge pour tous les animaux : “Et plus le cerf chez toi ne cachera ses faons” (ligne 40), “Plus le Cerf solitaire et les Chevreuils légers / Ne paîtront sous ton ombre” (lignes 28-29). Non seulement offre elle son hospitalité à sa faune, elle l’offre aussi aux voyageurs : “Plus l’amoureux Pasteur sur un tronc adossé, / [...] Ne dira plus l’ardeur de sa belle Janette”. “Ne dira plus l’ardeur de sa belle Janette” est une périphrase, ici utilisée pour montrer la situation typiquement pastorale du berger, il entretient son amour avec “la belle Janette” au sein de ce cadre idyllique par excellence. Sans cette forêt, son amour, et cette image bucolique que symbolise le berger, ne peut exister, hors il représente l’idéal parfait. L’anaphore de “plus le” est présente à travers la 5ème et 6ème strophe, “Plus du Soleil d’Eté ne rompra la lumière” (ligne 30). Cette anaphore énumère les services rendus par les bois, et les traitent comme des faits du passé, en combinant “plus le” avec des verbes au futur, afin d’exprimer le regret.

Cette nature est également personnifiée, de plusieurs manières. Tout d’abord, le poète s’adresse directement, dès la première strophe, à la forêt : “Quiconque aura premier la main embesognée / A te couper, forêt, d’une dure cognée” (lignes 1-2). Dans les strophes 5 à 9, cette personnification se poursuit, “ ta verte crinière”, “tu deviendras campagne” , “tu sentiras le soc”, “tu perdras le silence”, “Adieu chênes”... Ceci humanise les bois, et renforce l’attachement du lecteur à celle-ci, le sujet devenant donc plus personnel et proche du lecteur. La forêt de Gastine possède également une connection divine, “Tout deviendra muet : Echo sera sans voix” (ligne 35) et “Tu perdras le silence, et Satyres et Pans” (ligne 39). La mythologie grecque tient un grand rôle dans ce texte, et est très présente, sous la forme d’allusions comme celles-ci, ou de personnifications : “le sang lequel dégoute à force / Des Nymphes qui vivaient dessous la dure écorce ?” (lignes 21-22), “Combien de feux [...] / Mérites-tu, méchant, pour tuer des Déesses ?” (lignes 25-26).

Ces références sont également utilisées dans des métaphores, “Où premier, admirant la belle Calliope, / Je devins amoureux de sa neuvaine trope, / [...] Et de son propre lait Euterpe m’allaita (lignes 45-48). Calliope est la muse emblématique de la poésie épique, et Euterpe la muse des arts musicaux, Ronsard explique donc que la forêt lui a fourni ses premiers émois poétiques, comme si ces muses elles-mêmes l’avaient nourri d’idées, d’inspiration, et de créativité. Le lien tissé entre Ronsard et cette forêt est apparent, il utilise même la première personne dans la 7ème strophe, où il fait ses adieux, “Adieu vieille forêt, le jouet de Zéphyre, / Où premier j’accordai les langues de ma lyre” (ligne 41-42). Le poète raconte ses souvenirs personnels, à travers l’anaphore du “où premier”, montrant que la forêt est également un lieu d'initiation à de nouvelles découvertes, et participe au développement de soi-même, “ Où premier j’entendis les flèches résonner / D’Apollon, qui me vint tout le cœur étonner” (lignes 43-44). Apollon est ici la divinité de l’amour, Cupidon, ce qui signifie donc que Ronsard ressent ses premiers sentiments amoureux, au sein de ces arbres.

Puis, Ronsard condamne l’abattage des arbres, traitant cet acte de inhumain, qui mérite punition, et même châtiment. Effectivement, les trois premières strophes débutent sur une malédiction, souhaitée envers quiconque mutilera en premier ces arbres. Dans ces strophes, la nature est personnifiée, afin de faire paraître le crime comme encore plus ignoble et abject : “Quiconque aira premier la main embesognée / A te couper, forêt, d’une dure cognée” (lignes 1-2). Des adverbes intensifs sont aussi employés, “ Et qui, gourmand de tout, de tout insatiable” (ligne 6), “tout son bien à payer” et “que toujours”. Ceci renforce l’impression de surplus et d’excès, que l’on retrouve dans la pléonexie des êtres humains, et d’Erisichton. En effet, la malédiction que lance ensuite le poète se base de l’histoire d’Erisichton, de la mythologie grecque, “ Qu’il puisse s’enferrer de son propre bâton, / Et sente en l’estomac la faim d’Erisichton, / Qui coupa Cérès le Chêne vénérable” (lignes 3-5). Cette allusion à une histoire similaire, prévient un potentiel assaillant du lieu, au sort qui lui est réservé. Il est intéressant de remarquer que Erisichton

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