Commentaire du poème J'aime l'araignée de Victor Hugo
Commentaire de texte : Commentaire du poème J'aime l'araignée de Victor Hugo. Recherche parmi 303 000+ dissertationsPar aycadursen • 5 Mars 2026 • Commentaire de texte • 1 645 Mots (7 Pages) • 7 Vues
Analyse du poème XXVII du troisième livre du recueil Les Contemplations de Victor Hugo : « J’aime l’araignée et j’aime l’ortie »
Les Contemplations de Victor Hugo, est un recueil de poèmes d’inspiration autobiographique publié en 1856 qui cherche à couvrir et faire sens avec tout l’éventail du vécu, mais plus particulièrement avec l’expérience de la perte et du deuil. Il s’agit donc d’une œuvre qui vise à nourrir la sensibilité du lectorat face au monde dans sa totalité, sous toutes ses facettes, pour le rapprocher du but ultime poursuivi selon Hugo par la poésie : manifester la présence du divin qui est en toute chose. Dans le poème « J’aime l’araignée et j’aime l’ortie », qu’il s’agisse d’une lecture littérale d’un plaidoyer pour les créatures mal aimées de la nature ou d’une lecture sociale comme une défenses des humains les moins privilégiés, l’intention de tout englober dans l’amour universel est évidente.
Nous opérons des scissions entre les êtres, en termes de valeur que nous leur accordons. C’est sur ce premier constat que s’appuie ce poème et sa versification la reflète de façon limpide. En effet, ses sept quatrains sont tous constitués d’alternances entre des décasyllabes et des pentasyllabes, alternance que l’on retrouve également dans le schéma des rimes croisées. D’une part, cela sépare les vers longs des vers courts, dont les rimes ne se mélangent pas, tout comme nous opérons une scission entre les êtres de « grande » valeur et ce de « moindre » valeur. On peut même aller plus loin en remarquant que les rimes des vers courts sont systématiquement moins riches dans toutes les strophes, sauf dans la sixième, où ils sont d’égale richesse. De le même ordre d’idée, les vers courts ont une métrique impaire, supposée de moindre valeur selon la versification classique, qui préfère l’équilibre apporté par les mètres pairs. Symboliquement encore, l’impair représente ce qui ne peut se conjuguer au reste, puisqu’il reste toujours un quand on le divise par deux, ce qui sied bien à l’idée d’isolement qu’Hugo cherche à produire ici. Même leur mise en forme, avec leur retrait de première ligne, renforce l’aspect « déficient » de ces vers courts, impairs, isolés, « en retrait » du monde. Ils font pourtant partie du poème, lui conférent une sorte de dualité structurelle, tout comme les êtres réputés « déficients » font partie de la création, dans toute sa dualité. Cette coexistence des dualités est une idée chère à Victor Hugo, qu’il exprime dans toute son œuvre. Il ne faut selon lui pas dissimuler l’ombre au nom de la lumière, car c’est leur coexistence, qui les rend, l’une et l’autre, mutuellement existante.
C’est donc déjà par leur présence centrale que ces petits êtres mal-aimés sont mis à l’honneur. En effet, il ne s’agit pas là de thèmes communs en poésie, qui explore plus traditionnellement la « grandeur » et la « beauté », plutôt que la « bassesse » et la « laideur » (v. 19). Ces « petits » êtres sont pourtant ici bien présents, qu’il s’agisse de l’araignée et du serpent, connus notamment par la fréquence des phobies qu’ils provoquent, ou de l’ortie, plante commune et urticante. Ces êtres sont caractérisés par leur infériorité : créatures « chétives » (v. 5), « êtres rampants » (v. 6), « tout bas » (v. 26), dans « les abîmes » (v. 13), à tel point que l’on peut les « écraser » (v. 24). Ils sont caractérisés également par leur supposée malfaisance. Ils se rapportent en effet dans l’imaginaire à la noirceur et au mal. Ils sont de : « noirs êtres » (v. 5), qui « ont l’ombre des abîmes » (v. 13), « De la sombre nuit » (v. 15-16), créatures « obscures » (v. 17), et « loin du jour » (v. 26). Or, l’ombre symbolise « le mal » (v. 20), « la mauvaise herbe » (v. 24) qui est « loin du jour » (v. 26), symbole lui du « Bien », du divin. Le serpent (v. 11) est même un symbole chrétien du « malin ». Réputés loin du « Bien », ces êtres sont tenus dès lors loin de notre amour. Ils sont haïs (v. 2), on les châtie (v. 3), on les maudit (v. 5), on les fuit (v. 14), voire on les détruit (v. 24).
Or, si faute il y a, ce n’est selon le poème pas celle des êtres. Ils sont eux-mêmes « victimes » (v. 15) de leur « sort » (v. 10), de la fatalité de leur condition (v. 7-8). On devine ainsi là la dimension sociale que l’on peut évidemment soupçonner dans une œuvre de Victor Hugo, en particulier dans la partie « Les luttes et les rêves » du recueil, qui, comme son nom l’indique, met en avant la participation aux luttes sociales. Hugo lui-même, on le sait ne s’est pas dérobé à son appel à l’engagement social et politique, bien au contraire. Que ce soit à travers son action politique ou sa création littéraire, il fût un défenseur acharné des personnes opprimées par l’ordre social. Il n’est dès lors pas difficile de lire derrière « les parias » de la création qu’incarnent l’araignée et l’ortie, les parias de l’humanité, ceux que l’on défavorise puis que l’on dévalorise, les « gueux » (v. 12), les « pauvre[s] », (v. 18), ceux que l’on regarde de haut avec un œil « superbe » (v. 25), comprenez, ceux que l’on considère comme inférieurs, ceux que l’on méprise. Et c’est alors tout un plaidoyer en faveur des « petites gens », des « misérables » auquel on assiste avec cette lecture. Le registre argumentatif, la tonalité pathétique et le champ lexical du jugement sont omniprésents, comme on peut l’attendre d’une plaidoirie. Que ce soit l’anaphore de « Parce que », répétée à sept reprises, les verbes à l’impératif qui enjoignent à faire « grâce », à plaindre (v. 19 ; 20) ces « victimes » (v. 15) « captives » (v. 7) de la fatalité de leurs conditions de vie misérables, l’apostrophe au « sort » (v. 10) et aux « passants » (v. 16), figurant évidemment les lecteurs, les outils rhétoriques du tribun chevronné qu’était Hugo sont mis au service de la défense poétique des malheureux, injustement condamnés, puisque victimes eux-mêmes de la misère dont ils sont issus : « tristes captives/ De leur guet-apens » (v.7-8), « elles sont prises dans leur œuvre » (v. 9), l’araignée tissant par ses actions, par les « nœuds » (v. 10) de sa toile, la fatalité de son propre sort (v.10) . Plaidoyer contre le jugement haineux envers les plus faibles, on pourrait dire de façon anachronique que ce poème fait figure de plaidoyer contre le mépris de classe.
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