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Dans quelle mesure Napoléon III s’est-il occupé de la question ouvrière ?

Mémoire : Dans quelle mesure Napoléon III s’est-il occupé de la question ouvrière ?. Recherche parmi 274 000+ dissertations

Par   •  16 Septembre 2013  •  1 551 Mots (7 Pages)  •  878 Vues

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Dans quelle mesure Napoléon III s’est-il occupé de la question ouvrière ?

François Audigier

(Maître de conférences à SciencesPo. Paris)

Le SE est le premier régime durable du XIXème depuis la Restauration à sortir d’un libéralisme strict pour considérer que l’Etat doit jouer un rôle d’arbitre entre des intérêts contradictoires (patronat/prolétariat) et s’engager sur le terrain social en prenant dans le cadre d’une politique volontariste des mesures favorables aux classes populaires. Sont visés surtout les ouvriers dont NAPOLÉON III se veut proche depuis qu’il a rédigé dans l’opposition L’Extinction du Paupérisme. Cette dimension sociale, qui représente une des originalités du bonapartisme, tarde toutefois à se concrétiser durant le Second Empire, dans une France de plus en plus transformée par la RI et où un monde ouvrier assez composite qui connaît des conditions de vie et de travail très difficiles se tourne vers les mouvements syndicalistes et socialistes. C’est seulement dans les années 1860 que l’Empereur prend une série de mesures supposées améliorer le sort des ouvriers. Quelles sont les motivations réelles de cette politique sociale et dans quel contexte politique s’inscrit-elle ? En quoi consistent ces mesures destinées aux ouvriers ? Sont-elles efficaces ? Comment sont-elles perçues par les intéressés et l’opinion ? Quelles sont enfin leurs conséquences politiques à long terme ?

I. UN INTERÊT POUR LES QUESTIONS SOCIALES

A. Napoléon III s’affirme proche du monde ouvrier

Au court de ses deux séjours en Angleterre, consécutifs à ses coups d’Etat ratés sous la Monarchie de Juillet (1836 et 1840, après son évasion du fort de Ham en 1846, LNB s’installera à Londres jusqu’en 1848), le futur NAPOLÉON III observe le sort des ouvriers britanniques et réfléchit à l’amélioration plus générale de la classe ouvrière en France. Cette sensibilité sociale s’était déjà exprimée par la rédaction en prison (1844) de l’essai L’extinction du paupérisme. L’ouvrage (influencé par La colonisation de l’Algérie du saint-simonien Enfantin) est interdit mais sa diffusion clandestine dans les milieux ouvriers pose LNB comme champion de la cause prolétaire. Proudhon le perçoit même comme socialiste… Pourtant l’essai relève plus d’un socialisme utopique romantique et d’une rhétorique vague (« aujourd’hui le règne des castes est fini, on ne peut gouverner qu’avec les masses ») que d’un vrai programme social réformiste.

Quand LNB devient en décembre 48 président d’une République qui a trahi ses promesses sociales lors des journées de juin 48, il prend vite ses distances avec le bourgeois et conservateur parti de l’ordre qui l’a pourtant porté au pouvoir. Pour soigner sa popularité auprès des masses, il critique la révision électorale de mars 1850 qui écarte du SU la plupart des ouvriers sous prétexte de résidence fixe. L’année suivante, il prend la défense du prolétariat lors de plusieurs discours en province, même si dans le temps il rassure les milieux bourgeois par des promesses d’ordre et de prospérité. On mesure déjà toute l’ambiguïté du personnage s’agissant de son positionnement sur la question sociale…. En tout cas, lors du coup d’Etat de décembre 51, les républicains ont du mal à mobiliser les quartiers ouvriers parisiens en dépit de quelques émeutes localisées, le monde de l’atelier et de la manufacture ne veut pas mourir pour un régime qui a fait tirer sur le peuple en juin 48. Il considère avec intérêt le retour du SU et le maintien au pouvoir avec plus d’autorité d’un homme que l’on croit proche du peuple.

B. Mais cette sensibilité sociale ne s’exprime pas totalement au début du Second Empire

Pourtant, la politique sociale mise en place dans la première décennie du SE s’inscrit dans le prolongement de la ligne répressive de la IIème République. NAPOLÉON III, soucieux de donner des gages aux milieux bourgeois et sous l’influence de conseillers conservateurs, permet l’allongement de la durée quotidienne du travail (11h à Paris et 12h en province) et renforce l’obligation du livret ouvrier (mis en place par son oncle…). Les grèves, toujours interdites depuis la Révolution, sont sévèrement réprimées par les tribunaux. Pourtant, quelques mesures sociales sont quand même prises. La loi de 1852 autorise les sociétés de secours mutuels (société qui, en échange d’une modique cotisation, assurait une petite aide financière à l’ouvrier blessé ou malade) et permet même une subvention publique si le président de la société en question est nommé par l’Etat. L’Etat met donc en place des organisations charitables. La politique des grands travaux d’urbanisme, d’inspiration saint-simonienne et dans laquelle s’engage Haussmann à Paris comme en province (Bordeaux, Lyon, etc…) n’est pas dénuée non plus de visée sociale. Il s’agissait de fournir du travail aux chômeurs encore nombreux et de lutter contre l’insalubrité des quartiers populaires en liquidant les taudis. Dans la réalité toutefois, l’aménagement des quartiers centraux en augmentera les loyers et chassera les populations

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