Les indépendantistes québécois au XXème siècle
Dissertation : Les indépendantistes québécois au XXème siècle. Recherche parmi 303 000+ dissertationsPar Gérard Boule • 21 Février 2026 • Dissertation • 2 528 Mots (11 Pages) • 9 Vues
Si l’histoire des indépendantistes au Québec est particulièrement ancienne, le discours de Charles de Gaulle du 24 juillet 1967 à Montréal, achevé par le célèbre « Vive le Québec libre ! », permet au mouvement indépendantiste du Québec de connaître l’apogée de sa notoriété. Et si le gouvernement canadien réaffirme la liberté de chaque province, la lutte indépendantiste québécoise est pourtant une problématique de longue date.
Les indépendantistes québécois, parfois aussi appelés souverainistes ou séparatistes, englobent l’ensemble des partisans de l’indépendance de la province du Québec, correspondant sensiblement aux frontières de l'actuelle province. Cette indépendance est symbolisée par une autonomie politique et économique, à l’inverse des autonomistes, pour lesquels la question nationale est très largement identitaire.
Dès les années 1760 et la conquête de la Nouvelle-France, des indépendantistes ont cherché à soustraire leur territoire de la domination britannique. Mais la conquête a amené un côtoiement, puis des tensions entre Canadiens-Français et anglophones venus s’installer sur ces territoires nouvellement conquis. L’acte constitutionnel de 1791 sépare alors un Haut-Canada anglophone d’un Bas-Canada francophone. Mais la rébellion des patriotes de 1837-1838 face aux britanniques, puis l’acte d’Union de 1840 élaborant un Canada-Uni, amorce une assimilation culturelle des Canadiens-Français jugés inférieurs. Finalement, l’Union fédérale de 1867 établit le dominion du Canada et amène à la création de la province de Québec, désormais intimement liée aux provinces anglophones.
Par la suite, entre la toute fin du XIXème siècle, où l’écrivain Jules-Paul Tardivel exhorte les Canadiens-Français à se libérer du joug anglophone, et le référendum de 1995 où la souveraineté du Québec est rejetée de peu, les indépendantistes québécois ont progressivement gagné en importance et sont devenus un enjeu important.
Nous pouvons ainsi nous demander comment le mouvement des indépendantistes québécois s’est développé et s’est structuré au cours du XXème siècle, jusqu’à devenir une problématique majeure ?
À partir du début du siècle apparaissent progressivement les premières velléités indépendantistes au Québec. Puis, un essoufflement lié à la guerre, on assiste à une résurgence des indépendantistes dès les années 1950. Enfin, sur les dernières décennies du siècle, la question indépendantiste, alternant entre succès et échecs, s’est retrouvée au cœur des enjeux canadiens.
On assiste d’abord aux premières velléités indépendantistes du XXème siècle.
Alimenté par la Jeunesse et par le nationalisme, on voit se mettre en place d’un réseau indépendantiste L’un des principaux précurseurs de la pensée indépendantiste est Jules-Paul Tardivel, franco-anglais élevé au Québec. À la fin du XIXème siècle, reprochant l’omniprésence anglaise au sein de la Confédération, il prône l’instauration d’une république franco-canadienne où le Québec jouirait d’une autonomie complète, et non subordonnée à au pouvoir du dominion britannique. Tardivel se distingue ainsi des nationalistes québécois traditionnels, comme Henri Bourassa, qui souhaitent l’autonomie du Canada vis-à-vis du Royaume-Uni. Mais Tardivel estime que l’indépendance canadienne ne serait en rien favorable à des francophones toujours en minorité face aux anglophones. Il prône ainsi « la nation canadienne-française ».
Dans l’entre-deux guerres, l’indépendantisme est évoqué, et un réseau se met en place, notamment porté par les jeunes canadiens. En période de crise économique, ils voient dans le nationalisme radical de l’abbé Lionel Groulx une solution aux maux du Québec.
Plusieurs personnalités prônent individuellement l’indépendance du Québec, tels Georges Boulanger dans La Garde. Progressivement, l’entrée des étudiants dans ce combat contre la Confédération canadienne donne au mouvement indépendantiste un élan significatif. En 1932 est créé le groupe Jeune-Canada qui, s’il réunit d’abord des étudiants dans la défense de la langue française, se positionne dès l’année suivante en faveur de l’indépendance du Québec. Présenté par Lionel Groulx comme le renouveau des Canadiens-Français, le groupe se lie à différents journaux et associations étudiantes. Favorable à une éducation nationale, sous l’influence d’André Laurendeau, Jeune-Canada se détache des simples nationalistes et revendique l’indépendance politique d’un État francophone, la Laurentie, persuadé qu’une réforme de la Confédération ne changerait en rien la situation des francophones. Faisant naître un sentiment national chez les jeunes, qu’il parvient à mobiliser massivement, le groupe crée un véritable réseau indépendantiste par le biais de campagnes de grande ampleur. Mais Jeune-Canada refuse de prendre la tête d’un mouvement social massif et voit son influence diminuer progressivement entre 1934 et 1936.
Progressivement apparaît, dans ce réseau, une influence fasciste qui cause en partie son recul. L’effacement de Jeune-Canada permet l’émergence de nouveaux groupes et associations reprenant les idées d’indépendance. Ceux-ci se regroupent notamment autour de grands journaux, tels que Vivre ou La Nation, qui promeuvent leur combat.
À partir de 1935, un autre groupe indépendantiste commence à prendre de l’ampleur. Fondées à Québec par les frères journalistes O’Leary, les Jeunesses Patriotes regroupent de nombreux étudiants, parmi lesquels d’anciens membres de Jeune-Canada. Influencé par l’idéologie fasciste, le groupe ne vise pas à améliorer le régime politique en place au Canada, mais à le supprimer complètement. Il est ainsi favorable à l’instauration d’un système de corporations, estimant que la démocratie et le libéralisme sont les causes de la crise économique, celle-ci ne pouvant être réglée qu’en obtenant d’abord une autonomie politique. L’indépendance québécoise n’est que le début d’un processus visant la mise en place d’un État autoritaire, opposé au droit de vote et aux partis. Se présentant comme l’« organe du mouvement séparatiste » et comme la solution pour les Canadiens-Français, le réseau indépendantiste fasciste, par l’intermédiaire de La Nation, augmente rapidement son nombre d’adhérents. Pour fédérer les différents mouvements et augmenter sa puissance, en 1936 est créé le Comité central autonomiste, dont la direction est confiée à Paul Bouchard.
Mais le mouvement peine à prendre de l’ampleur au cours des années suivantes.
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