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Ma bohème, Rimbaud

Fiche : Ma bohème, Rimbaud. Recherche parmi 304 000+ dissertations

Par   •  19 Juin 2026  •  Fiche  •  4 071 Mots (17 Pages)  •  5 Vues

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MA BOHEME ARTHUER RIMBAUD

Paul Verlaine surnomme le jeune poète français du XIXe siècle Arthur Rimbaud « le poète aux semelles de vent », tant celui-ci est épris de liberté. En 1870, ce dernier fugue à deux reprises afin de fuir son foyer familial devenu étouffant. C’est durant ces fugues qu’il écrit un ensemble de poèmes faisant partie du recueil des « Cahiers de Douai », dont le poème « Ma Bohème ». Rimbaud invite le lecteur à suivre son errance, véritable source d’inspiration du poète. On pourrait dès lors se demander dans quelle mesure cette vie de bohème se met au service de son génie littéraire.

Dans une première partie, nous aborderons l’errance physique et psychologique du poète des lignes 1 à 5. Nous étudierons ensuite l’inspiration puisée dans la nature des lignes 6 à 10 avant d’aborder, dans une troisième partie, le thème de la nouvelle voie poétique développée par Rimbaud des lignes 11 à 14.

1ème partie – Une errance poétique et psychologique

Arthur Rimbaud débute son poème par une implication personnelle avec « Je m’en allais » vers 1, qui fait écho au titre « Ma Bohème ».

Il y a une répétition du verbe de mouvement « aller » : « Je m’en allais » vers 1 puis « j’allais » vers 3. Cela souligne le déplacement du poète. L’emploi de l’imparfait dans « je m’en allais » traduit quelque chose qui semble ne pas avoir de fin : une habitude, une durée indéterminée qui renvoie à la bohème et à l’errance. Il s’agit d’une promenade innocente, insouciante, sans véritable but.

L’hypallage « poches crevées » exprime le dénuement du poète. Rimbaud se met à nu et insiste sur son extrême pauvreté.

L’expression « les poings » peut également évoquer une forme de révolte : Rimbaud apparaît comme un poète révolté, dans une posture démunie.

« Mon paletot aussi devenait idéal » vers 2 traduit une attitude nonchalante.

L’adjectif « idéal » est inattendu : la marginalisation devient alors un idéal face à la pensée bourgeoise. La simplicité semble convenir au poète.

Le ciel est personnifié et devient une muse pour le poète. L’exclamation accentue cette apostrophe originale adressée à la nature.

Une muse désigne traditionnellement une femme inspirant le poète. Ici, la nature est personnifiée et devient sa source d’inspiration.

« J’étais ton féal » vers 3 : le tutoiement confirme la personnification de la nature et révèle le dévouement du poète à cette dernière.

« Oh là là » vers 4 constitue une exclamation en décalage avec les règles traditionnelles de la poésie. Elle traduit la forte émotion du poète et son ravissement.

« Que d’amours splendides j’ai rêvées ! » vers 4 constitue une nouvelle exclamation méliorative. Elle crée un décalage avec la réalité et montre que la nature devient un lieu propice au développement des rêveries poétiques.

« Mon unique culotte avait un large trou » vers 5 insiste encore sur la misère et la pauvreté du poète. Il ne possède qu’un seul pantalon, très largement usé.

Il y a un écho avec le vers 1, créant une continuité avec le premier quatrain.

On remarque également une dimension comique : l’originalité du propos tranche avec la forme sérieuse et solennelle du sonnet.

2ème partie – L’inspiration de la nature

Les deux tirets des vers 6 et 8 viennent mettre en valeur les vers encadrés.

« Petit-Poucet rêveur, j’égrenais dans ma course » vers 6 fait référence au personnage des contes des frères Grimm. Cette comparaison infantilise le poète grâce à la métaphore.

Tout comme le Petit Poucet, Rimbaud, jeune poète précoce, sème des rimes. Cette image renvoie directement à son activité poétique et rappelle que son inspiration provient de la nature et de son vagabondage.

« Des rimes » vers 7, placé au début du vers, accentue cette révélation et recentre le texte sur l’activité poétique.

Les possessifs « mon auberge » vers 7 et « mes étoiles » vers 8, ainsi que le complément circonstanciel de lieu « à la Grande Ourse » vers 7, suggèrent que les étoiles représentent sa véritable auberge.

L’assonance en « ou » dans « Ourse » vers 7 et « frou-frou » vers 8 accentue un rythme doux et musical qui rappelle les rimes semées par le poète. Cette dimension sensorielle est surprenante puisque les étoiles ne sont pas censées produire de bruit.

« Et je les écoutais » vers 9.

La dimension contemplative du poème est renforcée par le complément circonstanciel de lieu « assis au bord des routes » vers 9.

Rimbaud exprime, à travers les « bons soirs » de septembre, son bonheur dans cette vie de bohème.

Il invite également le lecteur à partager cette expérience grâce à la proposition subordonnée relative : « où je sentais des gouttes de rosée à mon front ».

On observe une discontinuité entre les quatrains et les tercets grâce à l’enjambement du vers 9, ce qui rompt avec la tradition du sonnet classique.

3ème partie - Une nouvelle voie poétique

« De rosée à mon front comme un vin de vigueur » vers 11 compare les gouttes de rosée au vin, symbole de vie et d’énergie.

Selon Rimbaud, ces gouttes de rosée redonnent de la force, tout comme le ferait le vin.
Encore une fois, Rimbaud présente la nature comme une figure protectrice et bienveillante qui nourrit son inspiration poétique.

Il rappelle son rôle de poète avec « des rimes au milieu des ombres fantastiques » vers 12.

Les « ombres fantastiques » font écho à l’évocation des contes des frères Grimm vers 6 et insistent sur le fait que Rimbaud cherche une nouvelle voie poétique tournée vers l’imaginaire.

Il se compare ensuite à la figure mythologique d’Orphée, considéré comme le créateur mythique de la poésie. Rimbaud reprend donc un modèle antique tout en le renouvelant.
« J’ai tiré des élastiques de mes souliers blessés » vers 14 fait penser au surnom donné par Verlaine : « le poète aux semelles de vent ».

Le registre prosaïque des mots « élastiques » et « souliers » contraste avec la noblesse traditionnelle de la poésie.

Rimbaud accède alors à un décor imaginaire plus large, symbole du pouvoir créateur de la poésie.

Les « élastiques » peuvent également symboliser le processus de création poétique né de la pauvreté et de l’errance.

On peut aussi remarquer qu’en septembre a lieu la récolte du raisin : cela peut être interprété comme une métaphore de la fertilité poétique.

Le front représente l’intelligence ; la rosée fertile nourrit alors l’imagination du poète, sa fantaisie et son originalité. Rimbaud apparaît ainsi ivre de poésie et de découvertes.

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